JAQUET Gérard, Jean, Charles

Par Noëlline Castagnez-Ruggiu, Gilles Morin

Né le 12 janvier 1916, à Malakoff (Seine, Hauts-de-Seine) ; secrétaire du groupe de Paris des Étudiants socialistes de la Seine (1938-1940) ; résistant, fondateur du Comité d’action socialiste de la zone-Nord puis trésorier du Parti socialiste clandestin (1941-44), secrétaire de la fédération de la Seine (1944-1945), secrétaire général-adjoint de la SFIO (1944-1946), membre du bureau du parti (1947-1965, 1966-69), dirigeant de la Gauche européenne et vice-président du Mouvement européen, directeur du Populaire (1961-1965), membre du comité exécutif de la FGDS (1966-1969), du secrétariat national (1971-1975) et du comité directeur (1971-1979) du PS ; député de la Seine (1945-1958), député européen (1979-1984) ; ministre (1956-1958) ; conseiller d’État (1976-1979), membre de la Commission nationale informatique et liberté.

Gérard Jaquet en 1946
Gérard Jaquet en 1946
Assemblée nationale, Notices et portraits, 1946

Gérard Jaquet était issu d’une famille de classe moyenne en voie d’ascension sociale. Alors que son grand-père paternel était ouvrier des PTT et son grand-père maternel cultivateur, son père fut contrôleur des PTT à Paris-Grenelle (VIIe arr.) et sa mère institutrice (elle termina sa carrière comme directrice d’école à Cachan). Politiquement, ses parents se situaient à gauche, sans être militants. Ils avaient notamment accueilli avec joie le triomphe du Cartel des gauches. Élevée dans un milieu catholique corrézien, sa mère était devenue anticléricale. Aussi Gérard Jaquet n’eut-il pas d’éducation religieuse. Après avoir fréquenté l’école primaire de Malakoff, il poursuivit ses études au Lycée Montaigne où il entra directement en classe de 5e et obtint deux ans de suite le prix d’excellence. Il entra deux ans plus tard au lycée Lakanal jusqu’à la Terminale et enfin suivit la classe de philosophie du lycée Buffon. Sur les conseils de ses parents, il poursuivit ses études à la faculté de médecine de Paris.

Parallèlement, il devint très tôt un militant socialiste actif. Gérard Jaquet se rappelait s’être considéré comme socialiste depuis son enfance, certainement depuis l’âge de dix ans. Il commença à lire Le Populaire vers treize ou quatorze ans, l’achetant au retour du lycée. Vivement intéressé par les articles de Léon Blum, il alla l’écouter prononcer une conférence sur Jean Jaurès au théâtre des Ambassadeurs. Fin 1932, il se rendit au siège de la fédération SFIO de la Seine pour adhérer. Suzanne Buisson* le reçu et le renvoya sur la section de Chevilly-Larue où il demeurait alors. Le responsable étant malade, il devint secrétaire de section à seize ans, jusqu’à un déménagement familial à Cachan où il devait retourner provisoirement à la base du parti. Il mena la vie d’un jeune militant actif, vendant Le Populaire à la criée, participant aux manifestations publiques et à la campagne électorale de 1936. Blumiste fervent, il accepta sans réserve l’unité d’action qui conduisit au Front populaire. Adhérent des Étudiants socialistes dès 1932, il ne s’intéressa véritablement à ce mouvement qu’après la conférence de Munich. Il décida en effet de combattre la majorité pacifiste dirigée à Paris par Georges Lustac (dit Georges Léry*). Son courant ayant triomphé, il devint secrétaire du groupe de Paris des Étudiants socialistes qui comptait environ 200 adhérents. Au congrès de Montrouge, en 1938, il se rangea une nouvelle fois parmi les blumistes.

Ses études furent interrompues par la guerre. Il fit son service militaire comme médecin auxiliaire. Mobilisé à Autun, il accomplit ses classes à Rennes, comme élève-officier, participa à la campagne de France, et fut démobilisé à Montauban à l’été 1940. De retour à Paris, il acheva son doctorat en 1942, mais n’exerça que quelques mois. Léon Boutbien étant déporté en Allemagne, il le remplaça à Montgeron (Essonne), sur la demande de la femme de celui-ci, d’août à octobre 1942. Parallèlement, il était devenu un des principaux animateurs de la résistance socialiste en zone nord.

À l’automne 1940, dès son retour dans la région parisienne, Gérard Jaquet, qui était anti-pétainiste depuis l’armistice, prit contact avec des militants de la section du Ve arrondissement : Robert Verdier*, ancien secrétaire, Amédée Dunois, Paul Colliette* et un noyau d’autres militants parisiens décidés à rebâtir le parti et à résister. Ils entreprirent, tout en construisant Libération-Nord, d’impulser le rassemblement des socialistes de la Seine, puis de ceux de la zone nord, pour enfin participer à la constitution du Comité d’action socialiste (CAS), unifiant les différentes zones. Gérard Jaquet fut arrêté une première fois durant l’été 1941, pour avoir fabriqué de fausses cartes d’identité, et subit deux mois d’emprisonnement à la prison du Cherche-Midi. En octobre 1942, ayant le sentiment d’être recherché, il passa complètement à la clandestinité, abandonnant pour toujours la carrière médicale. Il s’occupa des problèmes matériels du CAS : parution du Populaire clandestin, pour lequel il écrivait également des articles, préparation de tracts et de circulaires… Membre du comité directeur du CAS depuis sa formation, il fut coopté, au début 1943, comme secrétaire adjoint du Parti socialiste reconstitué dans la Résistance, en même temps que Robert Verdier. Il assuma par ailleurs les fonctions de secrétaire fédéral de la Seine, puis de trésorier après la mort de Raoul Évrard. Il présida des congrès fédéraux ou régionaux en province, réunissant pour chacun une poignée de cadres. Parallèlement, il représenta le Parti socialiste au Comité parisien de Libération et à des rencontres clandestines avec des responsables du MLN. Ses principaux pseudonymes étaient « Raymond » et « Marmande ».

Son agent de liaison, pris et torturé, indiqua aux miliciens un lieu de rendez-vous précis qui permit son arrestation le 8 mai 1944. Torturé à son tour, Jaquet fut libéré, au bout de deux semaines, par un des miliciens qui tenait certainement à dissimuler à la Gestapo la saisie d’une importante somme d’argent de la Résistance. Il devait le retrouver en uniforme FFI à l’Hôtel de ville, le jour de la Libération de Paris, et le fit arrêter sur le champ.

Gérard Jaquet siégea au Comité Parisien de la Libération et à l’Assemblée municipale provisoire, comme représentant de la SFIO. Il anima, avec Léo Hamon, le courant de ceux qui s’opposaient à l’influence du Parti communiste, lequel contrôlait, avec les organisations para-communistes, 11 sièges sur 28.

Le congrès des fédérations socialistes reconstituées de novembre 1944 confirma la direction clandestine dans ses fonctions. Gérard Jaquet devint donc permanent politique, cumulant toujours les fonctions de secrétaire adjoint, de trésorier du parti et de secrétaire fédéral de la Seine. La Libération confirmait donc son ascension politique. Symbolisant les élites issues de la Résistance, et par là le renouvellement du personnel politique français, il était en fait un militant confirmé, cadre des jeunesses dès l’avant-guerre. Aux élections pour l’Assemblée nationale constituante d’octobre 1945, il se présenta sur une liste commune SFIO-UDSR dans la 6e circonscription de la Seine, correspondant au secteur Est de la banlieue parisienne, dominé par les communistes. Seul élu de la liste, il intégra la section de Vincennes et représenta le secteur électoral au Parlement sans interruption jusqu’au mois de novembre 1958. Hostile au cumul des mandats, Gérard Jaquet ne fut jamais un élu local. À l’Assemblée, il fut nommé président de la commission d’enquête sur les événements de 1933 à 1945. Il présida par ailleurs « Juin 1944 », association culturelle impulsée par le Parti socialiste, qui disposait d’une tribune à la radio d’État et organisait des spectacles et des réunions publiques. Il adhéra à la Ligue des droits de l’Homme après 1945, mais ne fut jamais un militant actif de cette organisation.

Membre du Comité d’entente avec le PCF depuis 1944, il fit des réserves sur le processus de réunification proposé par le Parti communiste et sur les réponses de la direction socialiste à ces propositions. Il appartenait aussi au Comité d’entente avec l’UDSR, élu au congrès de 1945. Au congrès de 1946, il se trouva en désaccord avec le courant qui se rassembla derrière Guy Mollet. En séance, après avoir rappelé son attitude favorable à l’unité en 1934 et 1938, il annonçait qu’il reconsidérait son jugement à la lumière de l’attitude du PCF sous l’occupation. Il se déclarait foncièrement hostile à toute idée d’unité organique. Aussi ne se représenta-t-il pas au comité directeur. Peu de temps auparavant, au congrès fédéral de décembre 1945, la direction de la Seine avait été gagnée par les pivertistes. Ceux-ci avaient été regroupés par Charles Lancelle* en décembre 1945, avant même le retour du Mexique de l’ancien leader du PSOP. Animateur principal de la minorité fédérale, il pratiqua une opposition constructive. La plupart des décisions, comme la désignation en 1950 au secrétariat fédéral de Mireille Osmin* pour remplacer Marceau Pivert, étant prise en concertation entre les deux courants.

Gérard Jaquet réintégra le comité directeur au congrès de Lyon, en 1947. À la fin de l’année, il fut désigné, avec Marceau Pivert et Gilbert Zaksas*, pour représenter le parti au bureau exécutif de la Troisième force. Il n’en était pourtant pas moins réservé sur la politique du gouvernement Schuman, puisque le 12 mars 1948, il participa, avec Georges Archidice et Gilbert Zaksas, à une délégation auprès de Vincent Auriol qui lui demanda au nom d’un grand nombre de parlementaires socialistes de changer de gouvernement. Cette opposition à l’action des gouvernements de Troisième force ne fit que se renforcer puisqu’il signa avec Marceau Pivert des motions prônant l’arrêt de la participation ministérielle. L’accord politique existant entre les leaders de la fédération de la Seine portait par ailleurs sur la question européenne.

Gérard Jaquet fut sensibilisé aux idées européennes peu avant le congrès de La Haye en 1948. André Noël, député MRP du Puy-de-Dôme, et René Courtin, professeur d’économie à la Sorbonne, directeur de la Revue d’économie politique, par ailleurs journaliste au Monde, le mirent en contact avec Duncan Sandys, gendre de Churchill, qui cherchait à associer des responsables politiques français à ses efforts de construction du Mouvement européen. À l’issue d’une entrevue de plusieurs jours en Angleterre, ils décidèrent de préparer conjointement le congrès international de La Haye. Mais le comité directeur s’opposa à la participation de ses membres. Ramadier, qui n’appartenait pas à l’organe dirigeant de la SFIO, put présenter le rapport général, mais Gérard Jaquet et André Philip*, signataires de l’appel, ne purent donc se rendre à La Haye. Longtemps, Guy Mollet temporisa afin de ne rien créer d’irréparable avec le Labour Party qui refusait tout projet fédéraliste et désirait torpiller le Mouvement européen de Churchill. Jaquet et Philip, souhaitaient eux aller de l’avant et passer outre aux objections anglaises, estimant que les Anglais adhéreraient lorsque l’Europe aurait commencé à se construire.

Devenu un des leaders du courant pro-européen et fédéraliste de la SFIO, Gérard Jaquet siégea dans de nombreuses instances internationales, officielles ou partisanes. Il fut désigné par le Parlement pour siéger à l’Assemblée consultative du Conseil de l’Europe, où il demeura de 1949 à 1958, et appartint à l’Assemblée de la Communauté européenne du charbon et de l’acier (1952-1956). Il entra au comité directeur du Mouvement socialiste pour les États-Unis d’Europe, qui se transforma ensuite en Gauche européenne. Le but de ce mouvement, dont il fut le président de la section française jusqu’en 1984, était de convaincre la SFIO de la nécessité européenne en organisant des réunions d’information et en diffusant une propagande adaptée au milieu. Il représenta la sensibilité politique socialiste au Mouvement européen dont il fut vice-président jusqu’en 1989. Il représentait aussi régulièrement la SFIO à des réunions de l’Internationale socialiste (IS) où il défendait les positions fédéralistes pro-européennes. C’est ainsi qu’à l’opposé des Travaillistes et du SPD, il lança un vigoureux appel à la reconnaissance de la Communauté européenne de défense (CED) comme « un moyen efficace de la sécurité européenne » à la conférence des PS européens de l’IS, réunie à Bruxelles les 27-28 février 1954. Quatre ans plus tard, à la conférence des PS européens de décembre 1958, contre l’offensive libre-échangiste lancée par les Travaillistes, les Suédois et les Autrichiens qui dénonçaient l’Europe à six et son caractère capitaliste, il défendit la CEE, en rappelant que son élargissement était possible.

Progressivement, la question européenne permit le rapprochement avec le secrétaire général de la SFIO, Guy Mollet. Les rapports entre les deux hommes demeurèrent bons jusqu’en 1958. Au bureau du parti, Jaquet, Albert Gazier et Christian Pineau*, qui se trouvaient très souvent sur les mêmes positions politiques entre 1947 et 1969, jouaient un rôle clé dans l’équilibre politique du parti.

Gérard Jaquet devint membre du Grand Orient en 1951. Il fut reçu par Arthur Groussier à la Loge Bienfaisance et Progrès de Paris. Il appartint aussi, dans les années 1960, au Cercle Arthur Groussier, dont Georges Bérard Quelin était secrétaire général, présida le cercle Ramadier et obtint le grade de Rose-Croix. Appréciant l’atmosphère des loges et la possibilité de formation et de discussion libre de celles-ci, il devait y participer jusqu’à la fin des années 1980.

La victoire relative du Front républicain, suivie de l’investiture de Guy Mollet en janvier 1956, conduisit Gérard Jaquet pour la première fois dans un ministère. Secrétaire d’État à la Présidence du Conseil du gouvernement Mollet (février 1956-mai 1957), chargé de l’information, il fit voter le statut de l’Agence France Presse et proposa un statut de la Radiodiffusion qui ne vit pas le jour, du fait de la chute du gouvernement. Gérard Jaquet soutint la politique de la SFIO en Algérie jusqu’à l’été 1958, à la fois par accord avec le triptyque de Guy Mollet et par solidarité gouvernementale. Pourtant, progressivement, ses espoirs de négociation avec le FLN disparaissaient et ses inquiétudes croissaient. À la lecture de l’hebdomadaire socialisant Demain (1955-1957), l’idée d’autodétermination lui apparut de plus en plus familière. En 1955, il avait été à l’initiative de la création de ce journal, avec André Philip, Albert Gazier, le docteur Jacques Robin, Gérard Rosenthal, André Ferrat et le ministre socialiste belge, P.H. Spaak. Cet hebdomadaire qui concurrençait France-Observateur et surtout L’Express, garda une vue critique sur la politique algérienne de Guy Mollet et appuya la politique de construction européenne.

Au gouvernement, il se trouva dans une position de plus en plus difficile. Les journalistes, surtout ceux du domaine public, radio et télévision en plein essor, l’accusaient de brimer les libertés, alors que Robert Lacoste et Guy Mollet lui reprochaient de ne pas assez intervenir, lui demandant de remettre en cause sa conception du statut (lettre de Guy Mollet du 3 décembre 1956, cité par Denis Lefevbre).

Après la chute du gouvernement Mollet, en mai 1957, Gérard Jaquet fut ministre de la France d’Outre-mer des gouvernements Bourgès-Maunoury et Gaillard (mai 1957-mai 1958). Il y poursuivit l’application de la loi-cadre Gaston Defferre sur l’Afrique, tentant de lui faire franchir une nouvelle étape en transférant les fonctions du gouverneur général aux élus locaux, le gouverneur ne conservant qu’une fonction de représentation. La chute du gouvernement Gaillard fit avorter ce projet, qu’il représenta en vain comme proposition de loi après le retour au pouvoir du général de Gaulle.

La rupture avec Guy Mollet se fit à l’occasion des événements de mai 1958. Gérard Jaquet vota contre le retour au pouvoir du général de Gaulle à l’Assemblée nationale, le 1er juin 1958. Il présenta au congrès socialiste d’Issy-les-Moulineaux la motion appelant à voter « Non » au référendum de septembre 1958, avec ses amis Albert Gazier et Christian Pineau* et des militants provinciaux, issus surtout du Nord et de la Seine-et-Oise. Elle recueillit 1 176 mandats, contre 2 786 au texte Ramadier soutenu par Guy Mollet. Les minoritaires regroupés autour d’Édouard Depreux*, Alain Savary et Robert Verdier — qui devaient faire scission et créer le PSA quelques heures plus tard — l’avaient soutenu. Gérard Jaquet et ses amis ne se solidarisèrent pas avec eux et demeurèrent à la SFIO.

Battu aux législatives en novembre 1958, Gérard Jaquet se représenta en vain en 1962. Il redevint permanent politique, tout d’abord comme délégué général du mouvement européen (1958-1961), puis comme administrateur et directeur du Populaire (1961-1965). Il passa ensuite dans le secteur privé, comme délégué général des éditions Rencontre.

Favorable au soutien à la politique algérienne du général de Gaulle et à l’utilisation de l’article 16 contre les ultras, Gérard Jaquet accepta de se rapprocher de Guy Mollet en 1959. La réconciliation était conjoncturelle.

La guerre d’Algérie achevée, Gérard Jaquet appuya les efforts de renouvellement de la gauche et de la SFIO. Il fut un des organisateurs et rapporteurs aux Colloques socialistes qui permettaient la rencontre entre les membres dispersés de la gauche non communiste. Au congrès de la SFIO de 1963, il participa avec Gaston Defferre, André Chandernagor, Léon Boutbien, Georges Brutelle, Maurice Deixonne et Francis Leenhardt*, à la formation du courant « révisionniste » qui se prononçait pour un régime présidentiel. L’année suivante, il soutenait la candidature Defferre, puis, après son échec, fut l’un des artisans de la candidature de François Mitterrand* en 1965. Gérard Jaquet, qui avait fait la connaissance du leader de la Convention des institutions républicaines (CIR) dès 1945, s’était lié avec lui dans le gouvernement Guy Mollet. Il assura souvent le lien direct entre la CIR et la SFIO. Après le succès inattendu du candidat de la gauche aux présidentielles de 1965, il participa à l’offensive des minoritaires qui demandèrent à Guy Mollet de préparer sa succession au comité directeur du 22 décembre. La majorité refusant, la minorité remis sa démission collective et Gérard Jaquet renonça à la direction politique du Populaire.

Les minoritaires ayant réintégré la direction en 1966, il fut désigné par celle-ci pour participer au comité exécutif de la FGDS et pour présider la commission des affaires internationales de la SFIO. Il était également délégué à divers organismes, comme le Comité national contre la force de frappe. En 1969, il constitua un groupe autour de Pierre Mauroy* qui travailla pour l’accès de celui-ci au secrétariat du nouveau Parti socialiste en vue du congrès d’Alfortville. L’opération ayant échoué, il joua un rôle majeur dans la préparation du congrès d’Épinay qui aboutit à l’accession de François Mitterrand à la direction du nouveau Parti socialiste en 1971. Des réunions de préparation du congrès se déroulaient régulièrement dans son appartement. Elles réunissaient, outre Mitterrand, Gaston Defferre, Pierre Mauroy, Robert Pontillon*, Roland Dumas et Georges Dayan. Il fut un des deux rédacteurs du texte de la majorité, avec Georges Fillioud, lors de la convention socialiste qui proposa le texte en vue de la ratification du programme commun de gouvernement avec le PCF et les radicaux de gauche.

Gérard Jaquet poursuivit au Parti socialiste l’action internationale qu’il menait à la SFIO. Lorsque François Mitterrand fut invité par le président Senghor à se rendre à Dakar afin de discuter de l’entrée du Parti socialiste sénégalais dans l’Internationale socialiste, il prépara avec Jean-Pierre Biondi cette visite, qui eut lieu en mai 1975.

Membre de la direction du Parti socialiste – du comité directeur de 1971-1979 et du secrétariat national de 1971 à 1975 –, il intégra le Conseil d’État en 1976 sur proposition de François Mitterrand, le président Giscard d’Estaing pratiquant une politique « d’ouverture ». En 1979, à l’occasion de la première élection du Parlement européen au suffrage universel, il fut élu député européen. Il fut par ailleurs vice-président à l’Assemblée des communautés européennes de 1979 à 1984 et siégea à la Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL).

Gérard Jaquet prit définitivement sa retraite à la fin de son mandat parlementaire en 1984. Il continua à militer à la Gauche européenne et au Mouvement européen, jusqu’à la fin des années 1980, cessant progressivement toute activité.

Il s’était marié en 1943 avec Micheline Priol (décédée dans un accident automobile en 1947), avec laquelle il eut deux enfants – Claude (né en 1944) et Danièle (née en 1945) –, puis se remaria en décembre 1950 avec Geneviève Yanievitcheff.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article88633, notice JAQUET Gérard, Jean, Charles par Noëlline Castagnez-Ruggiu, Gilles Morin, version mise en ligne le 6 août 2010, dernière modification le 8 octobre 2018.

Par Noëlline Castagnez-Ruggiu, Gilles Morin

Gérard Jaquet en 1946
Gérard Jaquet en 1946
Assemblée nationale, Notices et portraits, 1946
Gérard Jaquet en 1956
Gérard Jaquet en 1956
Assemblée nationale, Notices et portraits, 1956

ŒUVRE : Gérard Jaquet collabora à la presse socialiste (Populaire, Populaire-Dimanche, Revue Socialiste) et à la presse du mouvement européen. Nombre de ses discours ont été publiés en brochures.

SOURCES : Dossiers biographiques de l’Assemblée nationale et de l’OURS. — Témoignage de Gérard Jaquet au Comité d’histoire de la Seconde Guerre mondiale, 7 octobre 1946. — Entretiens avec Gérard Jaquet en juin et septembre 1995. — Bulletin du Centre Guy Mollet, n° 16, juin 1990. — Daniel Mayer, Les socialistes dans la Résistance, Paris, PUF, 1968. — Édouard Depreux, Souvenirs d’un militant, Paris, Fayard, 1971. — Vincent Auriol, Journal 1948, Paris, Armand Colin, 1974. — Olivier Duhamel, La Gauche et la Ve République, Paris, PUF, 1980. — Marc Sadoun, Les Socialistes sous l’occupation, Paris, FNSP, 1982. — Denis Lefebvre, Guy Mollet, le mal aimé, Paris, Fayard, 1992. — Guillaume Devin, L’Internationale socialiste, Paris, Presse de la FNSP, 1993. — Philippe Nivet, Le Conseil municipal de Paris, de 1944 à 1977, Paris, Publications de la Sorbonne, 1994. — Charles Riondet, Le Comité parisien de la Libération 1943-1945, PUR, 2017. — État civil.

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