ROUSSEAU René, Charles, Marie

Par Marc Giovaninetti

Né le 18 septembre 1906 à Paris (XIIIe arr.), mort le 28 décembre 1964 à Paris (XIIIe arr.) ; comptable ; militant communiste parisien ; secrétaire de la FST, président de la FSGT.

Ce militant, qui s’est essentiellement distingué à la FST et à la FSGT après être passé par les JC, ne doit pas être confondu avec son quasi-homonyme Rousseau René, Clément, Eugène, né comme lui en 1906 à Paris et membre comme lui du Parti communiste français. René Rousseau est né au domicile de ses parents, avenue des Gobelins, fils d’un épicier, Henri Rousseau, et d’une cuisinière, Eugénie Poirier. Il grandit avec sa sœur dans le quartier de la Butte-aux-Cailles, où ses parents avaient pris une loge de concierge. Scolarisé à l’école de la rue du Moulin-des-Prés, il était très bon élève, mais il arrêta sa scolarité après le certificat d’études. À douze ans, son premier emploi de télégraphiste lui permit de réaliser son rêve, s’acheter un vélo, qu’il paya à crédit pour faire ses tournées. Le jeune Parisien adhéra en 1920 à la FST, la Fédération sportive du travail qui se scinda en 1923 entre socialistes et communistes. Il y participa aux réunions de la commission cycliste. René Rousseau avait une réputation de « sportif éclectique », mais il se distingua particulièrement en cyclisme dans le club du « Croissant 5e ».

Il occupa divers autres emplois, apprenti bijoutier, manutentionnaire à la Samaritaine, parfois renvoyé quand son appartenance politique était découverte. Il avait en effet adhéré aux Jeunesses communistes dès 1921, et à l’âge de 19 ans, pendant la lutte contre la guerre du Rif, il aurait été élu dans ses organes dirigeants nationaux, plus sûrement dans ceux de la 4e entente, celle de la région parisienne. Ses goûts et aptitudes sportives, associées à son engagement politique, le poussèrent vers la direction de la FST, cette organisation satellite du Parti communiste désormais étroitement contrôlée par l’appareil dirigeant des JC alors en pleine phase « sectaire ».

Au retour de son service militaire, il travailla comme permanent au siège de l’organisation sportive, hébergée par la CGTU avenue Mathurin-Moreau, et en mars 1928 il fut placé à son secrétariat, sous la tutelle de Raymond Guyot, puis de Charles Nedelec, les secrétaires des JC en charge des sportifs. Il siégeait alors es qualité aux réunions du bureau national de l’organisation de jeunesse. À compter de cette accession à un poste de responsabilité, plutôt qu’un sportif engagé politiquement, il apparaissait comme un cadre politique du mouvement sportif essentiellement destiné à servir les intérêts de son parti. Très impliqué dans les discussions et polémiques qui précédèrent et suivirent la première spartakiade organisée à Moscou au cours de l’été 1928 sous l’égide de l’Internationale communiste, il relayait à la FST les tenants d’une ligne dure, majoritaires à la JC, qui refusaient toute autonomie au mouvement sportif travailliste et qualifiaient de renégats non seulement les rivaux de l’USSGT, de mouvance socialiste, mais aussi les « opportunistes » qui en son sein renâclaient face à cette inféodation du sport à la politique.

La crise politique et financière qui frappait les Jeunesses communistes françaises obligea René Rousseau à retourner travailler en usine à la fin de l’année 1928, la FST ne gardant qu’un seul permanent. Mais il était aussi envisagé de le passer à la rédaction de L’Avant-Garde, l’organe hebdomadaire des JC, ses qualités de rédacteur ayant probablement déjà été distinguées. Finalement, c’est à Moscou qu’il travailla pendant presque toute l’année 1929, en tant que représentant de la FST à l’Internationale rouge sportive (IRS), dont il avait intégré le secrétariat au congrès de l’été précédent.

À Moscou, René Rousseau fit la connaissance d’une dactylo française de dix ans son aînée, mère de deux enfants, Lucienne Marrane née Ducaud. Rentrés à Paris, les deux militants communistes lièrent leurs destins quelques années plus tard. Ils s’installèrent dans le XVIIIe arrondissement, y animant l’Union sportive ouvrière du XVIIIe. Ils se marièrent en 1938.

Dès la fin de 1929, René Rousseau avait repris ses activités à la direction de la FST, et lors du calamiteux congrès de janvier 1930 à Ivry, il en devint le plus politique des quatre secrétaires. Mieux que l’autre homme de confiance des dirigeants JC à la FST, H. Moret, et avant l’éclosion d’Auguste Delaune ou Robert Mension, René Rousseau se pliait aux directives qu’imposait l’appareil dirigeant des Jeunesses. En mars 1930, René Rousseau, invité en Suisse par « l’organisation sportive révolutionnaire » qui s’y constituait, fut brièvement arrêté à Bâle.

Le secrétaire des JC Charles Nedelec, ébranlé en 1930 et accusé à son tour d’opportunisme, se justifia dans un long rapport adressé à sa hiérarchie, où il accusait Rousseau, avec quelques autres, de « suivisme ». En cette fin d’année 1930, René Rousseau était décrit par les dirigeants des JC comme ayant sombré dans le « pessimisme », à l’instar de beaucoup d’autres jeunes communistes. C’est lui qui semblait depuis un an être l’unique rédacteur de la rubrique sportive de L’Avant-Garde, sous le pseudonyme de R. Leroux. Sous son vrai nom, n’étant pas comme d’autres contraint à la clandestinité, il participait aussi à l’occasion comme orateur à des meetings plus spécifiquement JC ou PCF, par exemple en 1930 aux côtés de Jacques Doriot, qui venait d’être nommé à la présidence de la FST en remplacement du « renégat » Jean Garchery, ou de Benoît Frachon et Georges Charrière en 1931. Au cours de cette même année, il fut un des principaux animateurs du congrès de Lyon de la FST, et dirigea la délégation française aux deuxièmes spartakiades à Berlin.

Comme pour confirmer le manque de détermination de son positionnement politique, Rousseau ne semble pas avoir été menacé lorsque tous les tenants de la ligne dure furent écartés des responsabilités du PCF et des JC dans la deuxième moitié de l’année 1931, au cours de l’affaire dite du « groupe de la jeunesse », ni deux ans plus tard quand une grande partie de la direction des JC fut encore mise à l’écart pour « opportunisme » derrière Charrière. Pourtant il était désigné parmi ceux qui, « à l’exception de Delaune », auraient à la FST été influencés par « le groupe », en la personne notamment de Robert Lozeray, le frère cadet d’un des principaux mis en cause, qui tenait la trésorerie de l’organisation sportive.

René Rousseau continua par la suite à se maintenir parmi les cadres dirigeants de la FST, mais dans une position davantage en retrait, essentiellement investi de la responsabilité de la presse. C’était lui, déjà, qui avait été chargé de lancer l’Écho sportif du Travail, par deux fois, en 1928 et en 1930. La revue ne put tenir que quelques numéros. Il continua néanmoins à consacrer toute son énergie à la FST, gagnant sa vie en vendant des lampes, tout en parcourant la France pour constituer des clubs sportifs.

Fin 1933, alors que le tournant « frontiste » du PCF commençait à se dessiner, il fut chargé de relancer une revue sous une nouvelle appellation, Sport. Il en resta rédacteur en chef et gérant, dans son local du 32 rue des Petits-Hôtels, jusqu’à son interdiction en 1939, consécutive au Pacte germano-soviétique. La revue s’était maintenue sous le même titre après la fusion des deux fédérations sportives travaillistes en décembre 1934 sous la nouvelle appellation de FSGT. Rousseau fut, avec Alfred Lallement, Delaune et Mension, un des principaux artisans de cette fusion du côté de la FST, et il présenta le rapport sur la presse lors du congrès d’unification. Il resta membre de la commission exécutive de l’organisation unifiée, le socialiste Albert Guillevic partageant le secrétariat général avec Auguste Delaune à partir du congrès de Lille de décembre 1935.

Mobilisé en 1939, René Rousseau fut capturé en 1940 et passa toute la guerre en détention en Allemagne, au commando 982 de Hambourg, où il aurait participé à « organiser la résistance dans son camp ».

À la Libération, il reprit la direction de Sport, le continuateur de Sport libre paru dans la clandestinité, devenu quotidien avant de bientôt disparaître en 1946. Il rédigeait aussi La Vie de la FSGT, l’organe de la fédération sportive qui renaissait dès février 1945 ; la revue prit en 1953 le titre de Sport et Plein air – appellation qu’elle conserve toujours en 2015.

Pour le PCF, pour les JC, la FSGT ne représentait plus après-guerre un enjeu aussi important que pendant les années 1920. L’affiliation aux clubs « bourgeois » était désormais la norme, mais la FSGT gardait une bonne implantation dans les municipalités communistes – elle s’y maintient encore de nos jours tout en ayant diversifié ses domaines d’intervention et résilié ses liens d’allégeance. René Rousseau retrouva sa place au secrétariat de l’organisation, et présida son comité d’Île-de-France. Il anima en mai 1948 le Rassemblement sportif international à Paris.

En 1953, opéré d’une maladie qui allait l’emporter dix ans plus tard, René Rousseau renonça à ses diverses responsabilités. Mais en février puis avril 1954, sollicité par le PCF, il accepta d’assurer le secrétariat général puis la présidence de la FSGT à la place de Robert Mension qui prenait ses distances avec le PCF. Par la suite, d’après le témoignage de son fils, Mension fut très désappointé d’apprendre que son successeur aurait rendu compte régulièrement à la section des cadres du PCF de ses positions politiques et de ses doutes, alors que dans la vie ils étaient en excellents termes. Cette nouvelle fonction faisait de Rousseau un habitué de la commission sportive du PCF qui se mit en place de façon permanente à partir de 1958.

Alors qu’il continuait à pratiquer le vélo, version cyclotourisme, chaque été avec son épouse, il fut à nouveau hospitalisé, à l’hôpital de la Pitié, en 1963. Il y mourut un an plus tard sans avoir pu participer aux manifestations du 30e anniversaire de la FSGT. À ses obsèques au cimetière d’Ivry, son successeur René Napoléoni* lui rendit hommage au nom de la FSGT, Georges Gosnat pour le Parti communiste et Léon Mauvais pour la CGT. De très nombreuses personnalités du PCF se pressaient autour d’eux, parmi lesquelles Georges Marchais, les prédécesseurs de Rousseau à la présidence de la FSGT Georges Marrane et Robert Mension, un représentant du secrétariat d’État à la Jeunesse et aux sports, des dirigeants de nombreuses fédérations et journaux sportifs, l’ancien rugbyman Alfred Eluère, président du Comité national des sports, qui l’avait distingué quelques mois auparavant pour « services exceptionnels rendus au sport français ». Les articles nécrologiques louaient son infatigable dévouement, sa cordialité sans faille et son dédain des honneurs.

Plusieurs stades ont été baptisés au nom de René Rousseau, à Champigny (Val-de-Marne), Bagneux (Hauts-de-Seine), les Clayes-sous-Bois (Yvelines), le Havre (Seine-Maritime), et une piscine à Stains (Seine-Saint-Denis).

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article88447, notice ROUSSEAU René, Charles, Marie par Marc Giovaninetti, version mise en ligne le 19 juillet 2010, dernière modification le 9 septembre 2015.

Par Marc Giovaninetti

SOURCES : Arch. Nat. F7/13137, 13181, 13184, 13185. ― Arch. du PCF, 3Mi7/33 à 39 (microfilms provenant des archives du RGASPI, fonds de l’ICJ, à Moscou) ; secrétariat du PCF, 1951, 1954. ― L’Avant-Garde, années 1929-1931. ― Sport, 1933-1939 et 1946. ― Sport et Plein air, 1953-1964. ― L’Humanité, du 29 décembre 1964 au 5 janvier 1965. ― Le Monde, 30 décembre 1964. ― Miroir-Sprint, n° 970, 4 janvier 1965. ― France nouvelle, 6 janvier 1965. — Sport et Plein air, n° 69, 15 janvier 1965. ― Deux vies, deux dirigeants, deux exemples, plaquette éditée par la FSGT, novembre 1965. ― Nicolas Kssis, La FSGT. Du sport rouge au sport populaire, Ed. La ville brûle/Sport et Plein air-FSGT, 2014. — Cahiers d’histoire, n° 120, 2013, article de Marc Giovaninetti, et table ronde d’Yvon Adam, René Moustard et Marcel Zaidner. ― État civil.

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