GUÉRY Louis, René, Marie

Par Geneviève Dermenjian, Bruno Duriez

Né le 18 décembre 1919 à Luché-Pringé (Sarthe), mort le 5 décembre 2016 ; ouvrier peintre puis journaliste ; militant du MPF, responsable national du MLP puis de l’UGS, rédacteur en chef de Monde Ouvrier puis de Tribune du Peuple ; responsable national de Culture et Liberté, directeur de Confronter.

Louis Guéry
Louis Guéry
Communiqué par Roger Barralis

Fils unique d’un artisan tonnelier et d’une artisane couturière, Louis Guéry obtint le certificat d’études primaires. Ayant reçu une éducation chrétienne grâce à sa mère, il entra en sixième dans un collège catholique de La Flèche (Sarthe). Bien que réussissant dans ses études, il décida de quitter le collège à la fin de la classe de quatrième. Apprenti peintre en bâtiment à quatorze ans à Luché (Sarthe), il travailla ensuite, de 1937 à 1939, comme ouvrier peintre chez un artisan de La Flèche. Ayant été ajourné pour le service militaire, il ne fut pas mobilisé en 1939. Sollicité par l’un de ses anciens professeurs, aumônier de la JOC, il devint chef de chantier puis chef-adjoint technique dans un centre d’apprentissage dépendant du ministère de l’Agriculture de Vichy, de septembre 1940 à septembre 1944, à La Marcellière près de La Chartre-sur-le-Loir (Sarthe) puis à La Roussière à Échemiré (Maine-et-Loire). Encadrés principalement par des jocistes, des jacistes et des scouts, ces centres accueillirent notamment des jeunes juifs et des réfractaires au STO. Louis Guéry participa également à une filière d’évasion de prisonniers.

Il reprit ses pinceaux en octobre 1944 chez un artisan de Tours où il trouva une chambre dans un foyer de jeunes travailleurs créé par la JOC. Celle-ci lui demanda de prendre dans cette ville la responsabilité du Loisir populaire (« branche masse » de la JOC) et le fit entrer au comité fédéral jociste. Appelé au Mans (Sarthe) pour y effectuer son service militaire au printemps 1945, il eut la responsabilité du Foyer du soldat de sa caserne jusqu’à sa libération en janvier 1946. De retour à la vie civile, il devint directeur du Foyer de jeunes travailleurs de Tours jusqu’en 1948. Il reprit alors son métier de peintre dans une entreprise de Tours. Il se maria en mai 1946 avec Ninon Mauny, fédérale JOCF à Tours. Ils adhérèrent alors au MPF dont il devint en 1948 secrétaire de la fédération d’Indre-et-Loire. Suite à une action « squatters » du MPF à Tours, il fut condamné à un mois de prison et à cinq ans de privation de droits civiques (et amnistié trois ans plus tard).

Ses articles dans Monde Ouvrier, le journal du MPF, devenu en 1950 le MLP, ayant été appréciés, les responsables du journal l’appelèrent comme rédacteur à Paris. Il y fut embauché le 2 janvier 1951 et fut élu au secrétariat national du MLP. Dès mai 1951, il devint, à la suite de Paul Rodi*, le rédacteur en chef de Monde Ouvrier. Sa femme et ses enfants le rejoignirent alors à Paris ; ils furent logés boulevard Garibaldi au siège du mouvement jusqu’en 1958, date à laquelle, sur l’indication de Philippe Viannay*, ils trouvèrent un appartement en location à Bagneux, au sud de Paris.

Lors de la fusion du MLP dans la nouvelle UGS en décembre 1957, il fut permanent national du nouveau parti, membre de son bureau national et rédacteur en chef de Tribune du Peuple. À ce titre, et précédemment comme responsable de Monde Ouvrier, il fit l’objet de dix-sept inculpations à la suite de la publication d’articles notamment sur le trafic de piastres en Indochine et sur la répression et la torture en Algérie. Il fut quatre fois condamné à des amendes. Lorsque l’UGS entra dans le PSU le 3 avril 1960, il abandonna toute responsabilité nationale. Il créa une section PSU à Bagneux. Vivant difficilement les tensions internes dans sa section, il quitta ce parti après le congrès d’Alfortville (janvier 1963).

Sollicité par Claude Bourdet et Gilles Martinet*, qu’il avait côtoyés à l’UGS, il fut embauché en 1960 par France-Observateur comme secrétaire général de la rédaction. Contacté par Philippe Viannay*, il enseigna au Centre de formation des journalistes dont il devint permanent en 1961. En 1969, il fut le premier directeur du Centre de perfectionnement des journalistes, jusqu’à sa retraite en 1984. Il publia plusieurs ouvrages sur la technique du journalisme.

Il participa avec Dominique Alunni aux activités du Centre de culture ouvrière et enseigna à l’Institut national de formation d’animateurs de collectivités dont il fut membre du conseil d’administration. Lors de la fusion du CCO et du MLO en 1970 dans Culture et Liberté, il fut membre de son conseil d’administration et il dirigea la rédaction de sa revue, Confronter, de 1969 à la disparition de celle-ci en 1977.

Administrateur du journal Le Monde comme personne qualifiée puis au nom de l’Association Beuve-Méry, il fit partie également de 1984 à 1993 du conseil d’administration des Éditions ouvrières. Il fut l’un des responsables du Groupement pour la recherche sur les mouvements familiaux (GRMF) créé en 1982.

Ninon et Louis Guéry eurent quatre enfants de 1947 à 1951. Ils revinrent habiter dans la maison familiale à Luché-Pringé en 1984. Louis Guéry consacra alors du temps à des publications d’histoire locale. Il fut fait chevalier dans l’ordre national du Mérite.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article88395, notice GUÉRY Louis, René, Marie par Geneviève Dermenjian, Bruno Duriez, version mise en ligne le 8 juillet 2010, dernière modification le 17 février 2017.

Par Geneviève Dermenjian, Bruno Duriez

Louis Guéry
Louis Guéry
Communiqué par Roger Barralis

ŒUVRE : Peuples enchaînés, un document sur la répression dans les territoires d’outre-mer, Paris, Éditions du Monde ouvrier, 1955. – Avec Manuel Bridier, Claude Estier, Louis Houdeville, Les maîtres de l’UNR, Paris, Éditions du Monde ouvrier, 1959. – Le secrétariat de rédaction des périodiques, CFJ-Éditions, 1965. – Manuel de secrétariat de rédaction. De la copie à la maquette de mise en page, CFPJ-Éditions, 1973. – Quotidiens régionaux. Les connaître, les utiliser à l’école, CFPJ-Éditions, 1986. – Précis de mise en page, CFPJ-Éditions, 1988. – Comment créer et animer une publication, CFPJ-Éditions, 1989. – La presse régionale et locale, CFPJ-Éditions, 1992. – Dictionnaire des règles typographiques, CFPJ-Éditions, 1994. – Visages de la presse : la présentation des journaux des origines à nos jours, CFPJ-Éditions, 1997. – Broutilles… Aventures vécues et anecdotes recueillies au cours d’une longue carrière, 2002.

SOURCES : Geneviève Poujol, Madeleine Romer, Dictionnaire biographique des militants, L’Harmattan, 1996. – Les Cahiers du GRMF, dont Monde Ouvrier, une presse libre pour des temps difficiles, 1937-1957, n° 4, 1986. – Jean-François Kesler, De la gauche dissidente au nouveau parti socialiste, Privat, 1990. – Informations données par Louis Guéry.

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