POLITZER Maïe [née Mathilde, Marie LARCADE]

Par Nicole Racine

Née le 15 août 1906 à Biarritz (Basses-Pyrénées, Pyrénées-Atlantiques), morte en déportation à Auschwitz le 6 mars 1943 ; sage-femme ; militante communiste  ; épouse de Georges Politzer.

Maïe Politzer vers 1935
Maïe Politzer vers 1935
Collection famille Cattanéo

D’après Charlotte Delbo qui fut sa compagne de déportation, elle était fille unique d’un grand cuisinier installé à Biarritz après avoir été chef du roi d’Espagne Alphonse XIII. Elle eut une enfance choyée, fit ses études secondaires dans une école religieuse, puis entra à l’École des sages- femmes à Paris. Elle avait rencontré en vacances dans le Pays basque le philosophe Georges Politzer, qu’elle épousa le 5 mars 1931 à la mairie du XXe arr. de Paris. Georges Politzer lui fit découvrir le marxisme et le militantisme. Elle était membre du Parti communiste depuis octobre 1930 et secrétaire du maire communiste d’Arcueil Marius Sidobre.

On n’a que peu de renseignements sur l’activité militante de Maïe Politzer avant la guerre  ; quelques informations sur sa vie privée sont contenues dans les archives de police reproduites dans son dossier au ministère des Anciens combattants. Pendant l’Occupation, elle joua un rôle clandestin important aux côtés de Georges Politzer (voir la biographie de Georges Politzer).

« Les époux Politzer sont connus aux archives de la direction des RG et des jeux en raison de leur activité politique avant et après les hostilités. (…). Sa femme est représentée comme une militante active du même parti ayant, dans la clandestinité, assuré la liaison entre son mari et le responsable politique du CC. »

Sa femme est connue à ces mêmes archives pour avoir fait l’objet d’un rapport de la Brigade mondaine en date du 26 février 1936.

Arrêtée avec Georges Politzer par la brigade spéciale, le 15 février 1942, 170 bis rue de Grenelle, en même temps que Danielle Casanova*, venue leur porter du charbon. Envoyée à la Santé, remise aux autorités allemandes, transférée en août 1942 au fort de Romainville, elle est déportée à Auschwitz le 24 janvier 1943 dans le même convoi que Danielle Casanova, Marie-Claude Vaillant-Couturier, Hélène Solomon*, Charlotte Delbo. Danielle Casanova la fit entrer au revier (infirmerie) comme médecin (en fait elle était sage-femme)  ; elle y attrapa le typhus et mourut le 6 mars 1943. La nouvelle de la mort de Maïe Politzer et de Danielle Casanova parvint en France par une lettre de Marie-Claude Vaillant-Couturier et inspira à Aragon les vers suivants qu’il rajouta à un poème du Musée Grevin qui paraît en août 1943, sous la signature de François la Colère, dans la première publication clandestine de la Bibliothèque française :

"Hélas les terribles semailles

Ensanglantent ce long été

Cela dure trop Écoutez

On dit que Danielle et que Maïe

Ah déferont-ils maille à maille

Notre douce France emportée".

Après la Libération, la mention « mort pour la France » fut accordée le 18 mai 1946 à Maïe  ; un certificat d’appartenance à la Résistance intérieure française, au titre du Front national, fut notifié en 1950 par le secrétariat d’État aux forces armées, après le rapport du liquidateur du mouvement, Marcel Mugnier, attestant qu’elle fut : « …une des plus actives patriotes ayant contribué à la formation du Front National. Elle fut, par les liaisons qu’elle établit, l’organisatrice du premier réseau clandestin. Collabora efficacement avec son mari, développa les groupes d’intellectuels du Front national dans les milieux universitaires avec Jacques Solomon*, Daniel Decourdemanche, Pierre Maucherat.(…) déportée à Auschwitz, elle fit preuve du plus grand dévouement en y soignant, avec Danielle Casanova, ses compagnes de lutte et de souffrances. Elle y mourut le 6 mars 1943 de maladie contractée dans sa noble tâche » (20 mars 1950). Cependant, le Ministère des Anciens combattants et des victimes civiles refusa par deux fois à Hélène Larcade, mère de Maïe, tutrice de Michel Politzer, fils de Maïe et de Georges Politzer, d’attribuer le titre d’interné résistant aux époux Politzer (décision du 25 janvier et du 21 juin 1954) ; la Commission nationale des déportés et internés résistants ne retint que le statut et le titre de déporté politique. Cette décision provoqua des protestations (lettre de Henri Wallon au président du Conseil, Joseph Laniel, 9 avril 1954 ; question écrite à la Chambre des députés de A. Malleret-Joinville, 13 mai 1954). À la suite d’une requête de Hélène Larcade, le Tribunal administratif de Paris, dans un jugement rendu le 5 juin 1954, reconnut à Georges et Maïe Politzer la qualité d’interné et déporté résistant.

Elle avait un fils, Michel, Jack, Politzer, né à Biarritz, le 24 août 1933 qui fut un artiste plasticien.

La centre de santé d’Arcueil porte son nom de même que quelques rues, associée à Georges Politzer.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article88368, notice POLITZER Maïe [née Mathilde, Marie LARCADE] par Nicole Racine, version mise en ligne le 4 juillet 2010, dernière modification le 19 septembre 2010.

Par Nicole Racine

Maïe Politzer vers 1935
Maïe Politzer vers 1935
Collection famille Cattanéo

SOURCES : RGASPI, 495 270 2871. — Archives du Ministère des Anciens Combattants et des victimes civiles de la Guerre (renseignements dossier 2987 du Ministère des Anciens Combattants pour demander l’attribution du titre d’interné résistant à Georges Politzer). — Charlotte Delbo, Le convoi du 24 janvier, Éditions de Minuit, 1965.

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