HAMON Marcel. Pseudonyme dans la Résistance colonel Courtois

Par Christian Bougeard

Né le 14 avril 1908 à Plufur (Côtes-du-Nord), mort le 26 février 1994 à Créteil (Val-de-Marne) ; professeur de philosophie ; militant syndicaliste ; militant communiste des Côtes-du-Nord ; député des Côtes-du-Nord (1945-1951 et 1956-1958), maire (1971-1983) et conseiller général (1973) de Plestin-les-Grèves, conseiller régional de Bretagne (1976-1979).

Marcel Hamon dans les années 1940
Marcel Hamon dans les années 1940
Assemblée nationale, Notices et portraits, 1946

Marcel Hamon naquit dans une famille d’ouvriers agricoles du Trégor. Elevé par une mère seule, Elisa Hamon, un temps domestique de ferme, il parvint à mener à son terme ses études secondaires au collège de Lannion et au lycée de Saint-Brieuc. Mais il dut travailler pour payer ses études, notamment comme maître d’internat à Saint-Brieuc, avant d’obtenir sa licence ès-lettres (option : philosophie) et un diplôme d’études supérieures de philosophie à la Faculté des Lettres de Rennes. Son engagement commença par le syndicalisme. Adhérent depuis octobre 1927 (à Saint-Brieuc), il fut élu en octobre 1929 (en poste au lycée de Rennes) secrétaire du syndicat des maîtres d’internat de la Fédération générale de l’enseignement de l’académie de Rennes après avoir été responsable de la section des Côtes-du-Nord. En octobre 1930, il est nommé répétiteur au lycée de Brest.

En août 1930 à Lanvellec (Côtes-du-Nord), Hamon épousa Madeleine Libouban, institutrice communiste, belle-soeur de Tanguy-Prigent*, jeune militant de la SFIO du Trégor finistérien, qui devint conseiller général (1934-1935) puis député de Morlaix (1936). Ils eurent un fils (voir Marcel-Jean Hamon*).

Marcel Hamon adhéra au Parti communiste le 1er janvier 1934 et devint membre du bureau de la cellule de Brest. Il se présenta aux élections cantonales de 1934 à Plestin-les-Grèves (Côtes-du-Nord), obtenant un résultat surprenant de 22,6% des voix au premier tour. La mobilisation de quelques militants communistes et de socialistes contre les ventes-saisies dans le Trégor ne fut pas étrangère aux résultats de l’enfant du pays qui mit son talent oratoire, en breton, au service de ses idées. Il participa à la rédaction de l’hebdomadaire de gauche, La Charrue rouge dirigée par le militant socialiste SFIO Augustin Hamon*. Lors de la campagne des élections législatives de 1936, il traduisit l’Internationale en breton et eut l’idée de faire imprimer les paroles, chantée en cœur lors d’une cinquantaine de réunions et vendues pour collecter un peu d’argent afin de financer sa campagne. Nommé répétiteur au lycée Condorcet à Paris (octobre 1934-octobre 1935), Marcel Hamon milita à Pantin, comme secrétaire de cellule et candidat sur la liste communiste aux élections municipales de 1935. Revenu à Brest, il appartint au bureau de rayon (section) lors de sa création en mai 1936. En avril 1936, il se présenta aux élections législatives dans la circonscription de Lannion obtenant 2054 voix au premier tour, 10,1% des suffrages exprimés, un gain de 9,48 % sur 1932. Il prit des voix au député radical-socialiste sortant Yves Le Gac (18,9%) et même au candidat SFIO, Philippe Le Maux (25,2 %). La campagne du second tour fut très tendue mais la mobilisation unitaire à gauche permit l’élection du socialiste Le Maux (50,54 %) contre le candidat (PDP-droite), l’ancien député Yves Le Cozannet (1930-1932) avec 229 voix d’avance.

A la fin de 1936, Marcel Hamon, nommé professeur de philosophie au lycée de Pontivy, assuma des responsabilités dans la fédération communiste du Morbihan rattachée à celle du Finistère. Jusqu’à la guerre, il fut l’un des principaux orateurs communistes de la région et il venait régulièrement animer des réunions dans les Côtes-du-Nord, en particulier pendant les vacances scolaires. Par exemple, le 28 août 1939, après l’annonce du Pacte germano-soviétique, il devait animer une réunion dans sa commune natale de Plufur, réunion annulée faute de participants ou faute de savoir quelle ligne politique défendre ? Mobilisé comme sergent en 1939 au 19e RI, présent à Guingamp au moment de l’arrivée des Allemands le 19 juin 1940, il fut renvoyé à la vie civile. Pour être intervenu dans une vente-saisie en mars 1939, il avait été muté d’office à Saumur (Maine-et-Loire) où il reprit son enseignement de philosophie à la mi-septembre 1940.

En 1941 ou 1942, Marcel Hamon devint responsable de la Résistance communiste dans le Maine-et-Loire où il mit sur pied en 1942 le premier groupe des FTP. A la mi-décembre 1942, il fut contraint de passer dans la clandestinité. Ses activités lui valurent d’être condamné à mort par contumace, le 10 mars 1943, par le tribunal militaire allemand d’Angers. Sa femme Madeleine était arrêtée par la police de Vichy, selon une courte notice biographique électorale de novembre 1946, par la Gestapo, selon son témoignage confié à Roger Faligot. Elle fut déportée en Allemagne, mais elle rentra des camps.

À partir de janvier 1943, devenu clandestin en région parisienne par l’intermédiaire du futur colonel Rol-Tanguy, Marcel Hamon, avec le grade de colonel, sous le pseudonyme de " Courtois ", participa aux activités du Comité militaire national des FTP, dirigé par Charles Tillon. Il fut chargé du 2e Bureau, en fait le service de renseignements du PCF-FTP, le service B, dirigé par Georges Beyer. Il fut chargé de faire des synthèses des informations parvenues au centre. Il avait alors le contact avec le triangle de direction du PCF clandestin. Des échanges de ces renseignements collectés par les FTP étaient opérés avec le BCRA de la France libre, par l’intermédiaire de Fana (nom donné au service B par le colonel Rémy), mais d’autres éléments pouvaient aussi être transmis à l’OSS américaine, voire parfois aux giraudistes à Alger. Naturellement, des informations stratégiques pour l’Armée Rouge furent transmises aux services soviétiques soit par les ambassades de Londres ou des pays neutres (Suisse, Suède), soit par des radios clandestines dont une fut installée en Bretagne. Après le 6 juin 1944, Marcel Hamon, alias le colonel Courtois, fut désigné pour prendre le commandement des FTP de 14 départements de l’Ouest de la France (région M). Son agente de liaison était Madeleine Dubois, la belle-soeur de Gaston Plissonnier*. Mais son action fut retardée pendant un mois par des difficultés à établir le contact avec les responsables régionaux et départementaux des FTP. Selon Roger Faligot ce contretemps dans l’établissement de liaisons opérationnelles ne fut pas le fruit du hasard. Ce fut un choix délibéré de Georges Beaufils, le colonel « Drumond ». Selon Roger Faligot, Staline n’aurait pas souhaité de soulèvement prématuré des FTP favorisant l’avance américaine en Europe de l’Ouest au détriment de l’Armée Rouge. Mais la Résistance bretonne ne tint pas compte de ces directives et quand Marcel Hamon prit son commandement, l’insurrection battait son plein et, grâce aux parachutistes SAS et aux équipes Jedburgh, les armes tombaient du ciel pour les nombreux maquis bretons. Marcel Hamon sembla donc n’avoir joué qu’un rôle mineur dans les combats de la libération en Bretagne.

Membre du secrétariat de Maurice Thorez, rentré en France, de novembre 1944 à avril 1945 et rédacteur à l’Humanité, Marcel Hamon, lors de la première conférence régionale de la fédération communiste des Côtes-du-Nord, les 24 et 25 mars 1945, reprit des responsabilités militantes dans le département. Dans une direction très rajeunie et totalement renouvelée, formée de militants issus de la Résistance, il fut, avec Pierre Moalic*, le seul cadre communiste formé et il assuma de fait le rôle de secrétaire politique, sans en avoir le titre, écrivant plusieurs éditoriaux dans L’Aube nouvelle. Lors du congrès fédéral, il mit en garde les responsables de la « jeune région » communiste, les appelant à surveiller le flux des nouveaux adhérents (10 500) pour éviter « les agitateurs trotskystes et les gens douteux ». De 1945 à 1966, il siégea au bureau fédéral, dont il fut le plus ancien adhérent, et fut le principal tribun du PCF. Marcel Hamon mena une active campagne de réunions dans le département, critiquant durement la SFIO et attaquant René Pleven, ministre de l’Économie et des Finances, élu lui aussi dans les Côtes-du-Nord.

Marcel Hamon fut député des Côtes-du-Nord en tête de la liste communiste pour l’Assemblée nationale constituante, le 21 octobre 1945. Membre de la Commission de la Justice et de la législation générale et de la Commission des territoires d’outre-mer, il siégea aussi à la Haute Cour de Justice. Il fut réélu à la deuxième Assemblée constituante, le 2 juin 1946. Il retrouva la Commission de la Justice et de la législation générale, fut désigné pour la Commission de grâce amnistiante en Algérie et pour la Commission d’instruction de la Haute Cour de Justice. Elu député le 10 novembre 1946, toujours en tête de la liste communiste, il participa aux commissions de l’Education nationale et de la marine marchande. Juré à la Haute Cour de Justice, il prit part aussi aux travaux de la Commission qui devait proposer des grâces amnistiantes en Algérie et à celle qui devait enquêter sur les événements français de 1933 à 1945.

De la Libération au début des années 1950, Marcel Hamon s’affirma comme la principale personnalité du PCF, organisant de nombreux meetings pour défendre sans complaisance les positions de son parti. La plupart de ses camarades interrogés dans les années 1980 reconnaissaient son sectarisme et une note des RG de décembre 1955 précisait qu’il « était doué d’une violence oratoire peu commune » et qu’il « jouissait d’un ascendant certain sur le PCF ». Toutefois, aux élections municipales d’octobre 1947, Marcel Hamon qui conduisait la liste communiste à Saint-Brieuc (9 élus sur 31) accepta, avec la SFIO et le MRP, d’élire un maire socialiste indépendant pour barrer la route au RPF. Lors des élections législatives de 17 juin 1951, Marcel Hamon (70 944 voix) conduisait la liste du PCF qui obtint 26,6% des suffrages mais l’apparentement de la SFIO avec le MRP et la liste Pleven fit perdre ses deux sièges au PCF.

Entre 1951 et 1956, Marcel Hamon reprit un poste de professeur à Paris au collège Chaptal. Après 1958, il retrouva un poste de professeur de lettres au lycée de filles Le Dantec à Lannion jusqu’à sa retraite en septembre 1960.
Au début des années 1950, Hamon fonda l’Union des sociétés bretonnes d’Ile-de-France (qui remplaçait "les Bretons Emancipés", présidés par Marcel Cachin, dont il était un des proches), association qu’il présida et dont il dirigeait le journal Le Pays breton. Il était toujours, à sa mort, président d’honneur de l’association. Pendant l’été, il prenait la parole dans de nombreuses fêtes champêtres du Parti.

Aux élections législatives du 2 janvier 1956, Marcel Hamon, figurant en deuxième position sur la liste du PCF derrière Guillaume Le Caroff*, redevint député des Côtes-du-Nord. Il fit partie de la Commission de la marine marchande et des pêches, de celle des Territoires d’outre-mer. Il fut nommé juré titulaire à la Haute Cour de Justice et membre de l’Union parlementaire internationale. Candidat dans la cinquième circonscription (Lannion) en novembre 1958, arrivé en tête de la gauche au premier tour avec 13 125 voix, Marcel Hamon fut battu au second (18 450 voix) par Pierre Bourdellès (21 630), ancien député radical-plévéniste (1951-1956). Il se présenta à nouveau aux élections législatives de 1962, obtint, sur 67 459 inscrits, 12 390 voix et fut battu avec 18 864 au deuxième tour. Il fut candidat en 1967 (26,5 % des voix au premier tour, 40,7 % au second) et en 1968 (36,9 % au deuxième tour) sans menacer Bourdellès.

A partir de 1956 et jusqu’en mai 1968, Marcel Hamon fut membre du bureau fédéral du PCF des Côtes-du-Nord, responsable des problèmes d’éducation dans les années 1960, après avoir demandé à plusieurs reprises d’en être retiré. Il était aussi membre du bureau de la section communiste de Plestin-les-Grèves où il demeurait en été. Sur le plan national, il faisait partie de la commission des écoles du PCF.

Retraité, Marcel Hamon fut maire de Plestin-les-Grèves de 1971 à 1977, puis de mars à décembre 1983 tout en restant conseiller municipal jusqu’à la fin du mandat. Candidat au Conseil général dans le canton de Plestin-les-Grèves en 1973, il obtint 2 406 voix au premier tour et fut élu, le dimanche suivant, avec 2 759 voix. Il ne se représenta pas en 1979. Il siégea au Conseil régional de Bretagne de 1976 à 1979.

Chevalier de la Légion d’honneur, Croix de guerre, médaille de la Résistance, Marcel Hamon milita au sein de l’ANACR dont il fut membre du bureau national (déjà en 1956 et en 1964), présidant un temps l’association dans les Côtes-du-Nord dans les années 1960 (1961-1964 et 1968) ainsi que l’ARAC (1961). Il figurait parmi les dirigeants départementaux du Mouvement de la paix et occupait une place de premier plan dans les organisations laïques. En 1980, il appartenait aussi au bureau national de l’Amicale des vétérans du PCF.

L’Humanité, le 1er mars 1994, annonçait son décès et lui consacrait un article. En 2004, le conseil municipal de Plestin-les-Grèves décida de donner son nom à la salle des sports.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article88225, notice HAMON Marcel. Pseudonyme dans la Résistance colonel Courtois par Christian Bougeard, version mise en ligne le 6 juin 2010, dernière modification le 28 novembre 2017.

Par Christian Bougeard

Marcel Hamon dans les années 1940
Marcel Hamon dans les années 1940
Assemblée nationale, Notices et portraits, 1946
Marcel Hamon dans les années 1950
Marcel Hamon dans les années 1950
Assemblée nationale, Notices et portraits, 1956

SOURCES : Arch. Nat, F17/ 27724. — Arch. Dép. Côtes d’Armor, M, Rapports du préfet 1936-1940 ; 1 W 6 et 7. Rapports du préfet (1945-1954) ; 20 W 78, 80, Élections législatives 1945-1946, 1951 ; 1192 W 39, 40, 41, 47 et 49, Élections législatives de 1956, 1958, 1962, 1967, 1968. — Arch. du comité national du PCF, organigrammes des comités fédéraux des Côtes-du-Nord (1953-1968). Fonds CRHMSS-Paris. Sites Internet de l’Assemblée nationale. L’Aube nouvelle, 1944-1946. — Eugène Kerbaul, 1 640 militants du Finistère (1918-1945). Dictionnaire biographique de militants ouvriers, Bagnolet, chez l’auteur, 1985-1988. Notice p. 109-110. — Roger Faligot, Rémi Kauffer, Service B, Fayard, 1985. — Notice DBMOF par Y. Le Floch. — Christian Bougeard, Le Choc de la guerre dans un département breton : les Côtes-du-Nord des années 1920 aux années 1950, thèse d’État, Rennes 2, 1986. —François Guégan, Le Parti communiste, la SFIO et le mouvement paysan et ouvrier de 1930 à 1939 dans les Côtes-du-Nord, Mémoire de Maîtrise, Paris I. — Maud Croc, Marcel Hamon (1908-1994). Une grande figure communiste de Côtes-du-Nord, Mémoire de Maîtrise, Université de Haute-Bretagne Rennes II, 1998. — Renseignements fournis par le fils de l’intéressé à Jacques Girault et notes de J. Girault.

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