JACQUET Michèle, Éliane [épouse REY puis EGG]

Par Alain Dalançon

Née le 28 septembre 1934 à Limours-en-Hurepoix (Seine-et-Oise, Essonne) ; professeure ; militante syndicaliste et associative, secrétaire nationale du SNES (1975-1987).

Michèle Jacquet à la tribune du congrès du SNES en 1971.
Michèle Jacquet à la tribune du congrès du SNES en 1971.
Arch. IRHSES.

Fille d’un couple d’instituteurs syndiqués au Syndicat national des instituteurs, politiquement proches du Parti socialiste SFIO, Michèle Jacquet fut élevée avec son frère et ses deux sœurs suivant une éducation laïque ouverte. Après l’école communale de Fontenay-le-Vicomte (Seine-et-Oise), elle fit ses études secondaires de 1945 à 1952 au lycée Victor Duruy de Paris comme interne et obtint en 1952 le baccalauréat (B philosophie). Elle prépara ensuite durant deux années, au lycée de jeunes filles de Versailles, le concours d’entrée à l’École normale supérieure de l’enseignement technique (ENSET) qu’elle intégra en 1954. Cette année-là, le 16 octobre à Fontenay-le-Vicomte, elle contracta un premier mariage avec Claude Rey, dont elle eut une fille et divorça le 31 mars 1960.

De 1954 à 1957, Michèle Jacquet fut élève professeur à l’ENSET dans la série G (Histoire-Géographie-Français) et obtint le certificat d’aptitude au professorat de l’enseignement technique en 1957. Les enseignements de Pierre Goubert, de Pierre George et de Jean Dresch, en pleine guerre d’Algérie, l’influencèrent politiquement et confirmèrent son goût pour l’Histoire-Géographie.

Michèle Jacquet exerça comme professeur certifiée, successivement au lycée technique de jeunes filles de Dreux (Eure-et-Loir) (1957-1961), au lycée technique d’État de Corbeil (Seine-et-Oise) (1961-1966), au lycée technique Bonsecours de Nancy (Meurthe-et-Moselle) (1966-1969), au lycée technique Loritz de Nancy (1969-1974) et enfin à l’École nationale de commerce de Paris, boulevard Bessière, où elle termina sa carrière en octobre 1994.

Syndiquée au Syndicat national de l’enseignement technique dès l’ENSET, Michèle Jacquet commença à militer dans les bureaux des sections syndicales (S1) des lycées de Dreux et de Corbeil dans le courant « Union pour une action syndicale efficace » (UASE). Elle rencontra alors deux militants qui exercèrent sur elle une grande influence et avec lesquels elle noua de l’amitié : Étienne Camy-Peyret et Georges Innocent, principaux dirigeants du courant UASE, et futurs secrétaires généraux du SNES pour le premier et du SNESup pour le second, qui étaient en poste au lycée technique de Creil.

Après la création du nouveau Syndicat national des enseignements de second degré en 1966, Michèle Jacquet poursuivit son militantisme dans le courant « Unité et Action » dans l’académie de Nancy puis de Nancy-Metz, dans son S1 et dans la commission administrative et le bureau de la section académique (S3) où elle fut élue de la nouvelle majorité U&A de 1969 à 1974. D’abord responsable de la commission pédagogique dans le bureau, elle ne tarda pas à devenir en outre dès l’année 1969-1970 secrétaire académique adjointe dans un secrétariat hétérogène aux côtés de Robert Genton (secrétaire général U&A), et de Bernard Zussy (U&A) et Jean Duseux (Unité, indépendance et démocratie), également secrétaires adjoints. Après la création de la nouvelle académie de Nancy-Metz en 1972, la cogestion avait cessé dans le secrétariat du S3 toujours dirigé par Genton ; elle resta secrétaire académique adjointe et Roland Remer, représentant le département de la Moselle, fut élu autre secrétaire adjoint. Elle était en outre commissaire paritaire académique des certifiés et s’occupait des problèmes de l’auxiliariat ; elle siégeait à la CA départementale de la Fédération de l’Éducation nationale de Meurthe-et-Moselle dirigée par des militants de la majorité fédérale UID.

Parallèlement, Michèle Jacquet militait depuis le début des années 1960 jusqu’en 1974 dans le réseau d’associations d’éducation populaire « Peuple et Culture » (animatrice de stages), puis dans celui des Maisons de jeunes et de la culture (membre de la CA nationale de la fédération). Elle avait adhéré au Parti communiste français en 1968 mais n’y milita localement qu’à Nancy. Plus tard elle apporta son concours durant plusieurs années à la rédaction de la revue L’École et la Nation.

Mutée à Paris en 1974, Michèle Jacquet fut appelée à collaborer à la direction nationale du SNES par Camy-Peyret et Jean Petite. Élue à la CA nationale et au bureau national, secrétaire nationale durant une douzaine d’années (1975-1987), en charge des questions pédagogiques pour les enseignements technologiques et professionnels, puis pour l’ensemble des formations de lycée, d’abord dans l’équipe dirigée par Jean Petite puis, après 1981, comme responsable du secteur second cycle et membre du collectif permanent de la direction nationale, elle joua un rôle important dans la définition des mandats du SNES sur la réforme démocratique du système éducatif, s’attachant en particulier à mieux faire reconnaître la valeur des enseignements technologiques, aussi bien longs que courts.

Michèle Jacquet eut à défendre les positions du SNES dans la FEN à la CA fédérale où elle siégea de 1975 à 1987, en opposant au projet éducatif de la majorité fédérale la dynamique du projet d’« École progressive » du SNES. Elle contribua à faire évoluer ce dernier en faisant progresser l’idée de diversification des voies, y compris dans le second cycle long dès la classe de seconde, pour une « école de la réussite pour tous », et travailla afin que le SNES soit en mesure de faire des propositions précises d’organisation des formations, des contenus et des méthodes, en ne se limitant pas à des positions générales. Elle s’investit dans le soutien aux expérimentations pédagogiques et dans le domaine de la formation des maîtres notamment dans les Écoles normales nationales d’apprentissage, en lien avec Jean Sclafer et Louis Weber ; elle apporta une grande attention aux enseignements et débouchés des écoles d’ingénieurs.

Michèle Jacquet défendit ces propositions au Conseil de l’enseignement général et technique et au Conseil supérieur de l’Éducation nationale, où elle siégea de 1978 à 1987, et auprès des directions du ministère, faisant preuve d’un esprit d’ouverture reconnu par ses interlocuteurs. Après 1981, elle était partisane de pratiquer un syndicalisme constructif tout en restant vigilant. En 1983, elle reconnut les aspects positifs du rapport sur « Les lycées et leurs études au seuil du XXIe siècle » d’Antoine Prost, tout en pointant ses insuffisances ; en 1985, satisfaite que le ministre Jean-Pierre Chevènement ait repris l’idée défendue par le SNES de porter 80 % d’une classe d’âge au niveau du baccalauréat, elle aurait souhaité que le syndicat eût une position plus ouverte sur la création des bacs professionnels mais ne fut pas suivie par la majorité du secrétariat et du bureau national et dut écrire un article dans L’Université syndicaliste (15 juin 1985) qualifiant ces nouveaux diplômes de « baccalauréats en trompe-l’œil ».

Estimant qu’elle avait toujours de la difficulté à faire partager une approche plus pédagogique et pragmatique des problèmes éducatifs, souvent en désaccord avec la secrétaire générale Monique Vuaillat, Michèle Jacquet décida en 1987 de quitter la direction nationale et de reprendre un service complet d’enseignement. [Rosette Spire->, qui avait le même niveau de responsabilité au secteur collèges et dans le collectif permanent, fit de même. Retraitée, elle n’était plus syndiquée.

Michèle Jacquet s’était remariée le 18 juillet 1983 à Paris (XIe arr.) avec son compagnon Georges Egg. Michèle Jacquet-Egg s’éloigna progressivement du PCF, le quitta puis adhéra en 2002 au Parti socialiste. Depuis 1994, elle participait à la vie du « Picoulet », Centre social du XIe arrondissement de Paris dont elle était membre du conseil d’administration et, depuis 2003, elle participait à l’animation de la vie municipale de cet arrondissement en coordonnant les activités du conseil de quartier Belleville-Saint-Maur.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article88200, notice JACQUET Michèle, Éliane [épouse REY puis EGG] par Alain Dalançon, version mise en ligne le 1er juin 2010, dernière modification le 31 décembre 2018.

Par Alain Dalançon

Michèle Jacquet à la tribune du congrès du SNES en 1971.
Michèle Jacquet à la tribune du congrès du SNES en 1971.
Arch. IRHSES.

SOURCES : Arch. IRHSES (SNET, SNES : nombreux dossiers,CA, Bn, congrès, affaires pédagogiques, L’Université syndicaliste, Revue Unité et action). — Renseignements fournis par l’intéressée. — Témoignages oraux.

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