HOMBOURGER Émile, Joseph, Nicolas [HOMBURGER Emil, Joseph, Nikolaus].

Par Alain Dalançon, Pierre Petremann

Né le 19 mars 1906 à Hagendingen (Allemagne) [Hagondange, Moselle], mort le 11 juin 1972 à Maisons-Lafitte (Yvelines) ; professeur ; militant syndicaliste, secrétaire général adjoint du SNES (1952-1964), membre du bureau de la FEN (1948-1964), secrétaire général du Comité d’Entente, président puis secrétaire général de la FIPESO.

Émile Hombourger signe la Charte des l’éducateurs à Moscou en 1954
Émile Hombourger signe la Charte des l’éducateurs à Moscou en 1954
Arch. IRHSES

Fils de Nikolaus Homburger, employé des chemins de fer et de Magdelena Reinert, Emil Homburger fut élevé, selon son témoignage, par une mère adoptive, suivant les traditions de la religion catholique, dans la partie de la Lorraine annexée au Reich allemand de 1871 à 1918. Il maîtrisait parfaitement le français et l’allemand, ce qui lui servit plus tard dans ses responsabilités syndicales. Après avoir obtenu le baccalauréat (série mathématiques) en 1926, il fut élève durant une année en classe de mathématiques spéciales au lycée de Metz (Moselle) et poursuivit ses études supérieures aux facultés des sciences de Nancy (licence de sciences physiques en 1928) puis de Strasbourg (diplôme d’études supérieures en 1929).

Le 4 octobre 1930, il obtint du tribunal de Première instance de Metz, la francisation de son nom écrit désormais Hombourger. Tout en étant assistant rectoral à l’observatoire de Strasbourg (1929-1931), il prépara l’agrégation de sciences physiques à laquelle il fut reçu en 1931. Après trois mois de service militaire, il fut réformé en décembre 1931 et fut nommé professeur en Algérie, d’abord au lycée de garçons d’Oran sur un poste provisoire jusqu’à la fin de l’année scolaire 1932 puis, à la rentrée suivante, au lycée d’Alger. Il y épousa, le 29 décembre 1932, Catherine (Katia) Kitaïkova, étudiante en pharmacie, dont il se sépara en 1939 avant leur divorce en 1942. Après un détachement au lycée Carnot de Tunis (Tunisie), il fut muté en 1937 au lycée Condorcet de Paris, établissement qu’il rejoignit après trois semaines d’enseignement en classe préparatoire à l’Ecole Navale au lycée de Cherbourg (Manche), et où il conserva son poste jusqu’à la fin de sa carrière en 1971.

Emile Hombourger fut mobilisé dans le Train des équipages d’avril à juillet 1940, affecté à la recherche scientifique. Il reprit ensuite son poste au lycée Condorcet en commençant à s’intéresser à la formation des maitres : directeur de stage d’agrégation en 1942, il obtint cinq heures d’enseignement au Centre d’enseignement par correspondance de la Sorbonne en mars 1944. Sous l’Occupation, il apporta son aide aux élèves juifs de son lycée et participa à des activités de Résistance en dehors du Front national universitaire. En 1954, il essaya de faire reconnaître ces faits de Résistance à travers une bonification d’ancienneté, ce que lui refusa la commission centrale de l’Office national des Anciens combattants.

En 1944, il participa à la création du Syndicat national de l’enseignement secondaire mais ne commença à y militer au plan national qu’en mars 1948. Il fut élu membre de la commission exécutive et du bureau national sur la liste des « Autonomes », secrétaire de la commission des Affaires internationales, succédant à Louis Guilbert, responsabilité qu’il conserva jusqu’en 1966. Il demeura membre du bureau national du SNES (classique et moderne) de 1949 à 1966 et fut secrétaire général adjoint de 1952 à 1964. De 1948 à 1964, il fit partie en outre du bureau de la Fédération de l’Education nationale et, succédant à Marie-Louise Cavalier, fut chargé du secrétariat de la commission des Affaires internationales et des diverses sous-commissions qui se succédèrent durant la période, liées à l’activité internationale. Il participa aussi à la commission d’éducation sociale.

Son militantisme dans le domaine des relations internationales ne doit pas faire sous-estimer son rôle dans les autres secteurs du SNES et de la FEN. Hombourger fut un vigilant défenseur de la qualité de l’enseignement de second degré. Malgré la multiplicité de ses responsabilités syndicales, il estimait qu’un militant syndicaliste devait avoir « le souci constant de ne jamais porter le moindre préjudice à ses élèves », principe qu’il eut l’occasion de défendre auprès du Directeur de l’enseignement de second degré, Gustave Monod, à la suite d’une seconde autorisation d’absence que ce dernier lui avait accordé « à titre exceptionnel ». Hombourger refusa cette autorisation d’absence accordée comme une faveur et demanda au secrétaire général de la FEN, Adrien Lavergne, de protester par lettre, de sorte que le Directeur répondit par une lettre d’excuses.

Il fut toujours très soucieux du haut niveau de formation académique des maîtres du second degré, en étant attentif à leur formation pédagogique. Il fut en effet un des artisans de combat victorieux du SNES pour obtenir en 1957 la création des IPES (Instituts préparatoires aux enseignements de second degré). De 1957 à 1971, il assuma la fonction de co-directeur du Centre pédagogique régional de l’académie de Paris, organisant stages, conférences et séances de travaux pratiques pour les professeurs stagiaires de sciences physiques.

Défenseur de l’agrégation comme concours de recrutement des professeurs du second degré, il défendit l’unité du corps des agrégés, ce qui l’amena à s’opposer en 1960 à ses camarades du secrétariat général, Pierre Dhombres (secrétaire général) et Ghouti Benmerah (co-secrétaire général adjoint), qui envisageaient d’accepter une échelle fonctionnelle se terminant aux échelles lettres, proposée par le ministre de l’Éducation nationale, Louis Joxe (lui-même agrégé et membre de la Société des agrégés), pour les professeurs des classes préparatoires aux Grandes Écoles ; le congrès du SNES de 1960 suivit Hombourger en refusant une telle disposition.

Il fut également élu à la commission paritaire nationale des agrégés en 1955 et s’occupa notamment des professeurs nommés « hors de France » en lien avec le « secteur étranger » de la FEN et fit de l’étude de ces problèmes un véritable secteur d’activité du SNES.

Partisan de l’autonomie de la FEN, Hombourger estimait cependant que l’autorité de la fédération souffrait de la volonté hégémonique du Syndicat national des instituteurs. Il souhaitait que les syndicats du second degré, notamment le SNES, puissent mieux y faire valoir leurs points de vue et leurs intérêts. À la suite des fortes divergences entre le SNI et le SNES au moment du Comité d’Action Universitaire en 1951-1952, et à propos des projets de réforme de l’École du ministre André Marie en 1952-1953, il fut chargé d’expliquer le vote négatif des trois membres de la direction du SNES du bureau fédéral (sur 10 membres au total), sur le rapport d’activité de la majorité fédérale au congrès de novembre 1953.

Hombourger essaya néanmoins de prendre toute sa place dans l’activité de la fédération, d’abord dans le domaine international. Mais la FEN avait quitté la Fédération internationale des syndicats d’enseignants en 1949 et n’eut plus d’affiliation internationale jusqu’en 1975, laissant cette responsabilité à ses syndicats nationaux. Au titre fédéral, il s’occupa donc des questions de coopération culturelle et anima surtout la « section étranger » de la FEN de 1956 à 1966, visant à favoriser le développement du syndicalisme enseignant dans tous les lieux où exerçaient des enseignants français, afin de défendre le rayonnement de la culture française. Il fit paraître un bulletin bisannuel, L’enseignement français à l’étranger, et organisa la tenue d’assemblées générales annuelles, de plus en plus fréquentées. Il fut nommé en 1956 membre de la commission interministérielle de l’enseignement français à l’étranger ; il y obtint vite un grand crédit auprès des hauts fonctionnaires chargés de la coopération culturelle et des relations internationales.

Un de ses premiers champs d’action fut la mise en route d’une coopération franco-allemande en vue du rétablissement d’une éducation démocratique en Allemagne, en association avec les organisations allemandes d’enseignants. Déjà en 1947, Hombourger avait fait partie d’une délégation de la FEN qui enquêta dans les quatre zones d’occupation sur la situation de l’enseignement. En 1947-1948, il présida au titre de la FEN, une commission internationale d’enquête sur les manuels scolaires, constituée au sein du Département professionnel international de l’enseignement (qui devait devenir la FISE). De 1950 à 1953, il contribua à une étude conjointe franco-allemande des manuels scolaires dans les deux pays.

Dans le même esprit, désireux d’impulser les actions éducatives en vue de développer la solidarité internationale, Hombourger fut à l’origine, en 1949, de l’institution d’une « Journée mondiale des Droits de l’Homme et de la Paix » dans les écoles, le 10 décembre de chaque année. L’idée lancée au nom du SNES, puis de la FEN, reprise par la Fédération internationale des professeurs de l’enseignement secondaire officiel, la Fédération Internationale des Associations d’Instituteurs et le Comité d’Entente, fut officialisée par l’UNESCO.

Par ses fonctions dans le SNES et dans la FEN, Hombourger fut amené à traiter les questions de l’actualité internationale. Il le faisait avec pondération, soucieux de ne pas intervenir en partisan. Dans les congrès du SNES du début des années 1950, il s’attacha à préserver l’indépendance du syndicat à l’égard des « blocs » et des gouvernements. Ainsi en 1950, la motion qu’il présenta sur l’Indochine réclamait l’arrêt des hostilités et la consultation du peuple vietnamien, sous le contrôle de l’ONU, mais non, comme le préconisait Louis Guilbert, la négociation avec Hô Chi Minh car le syndicat n’avait pas, selon lui, à prendre parti pour Hô Chi Minh ou pour Bao Daï.

De même, Hombourger s’opposa aux textes exigeant uniquement l’interdiction de l’arme atomique et proposa que cette interdiction soit incluse dans la réclamation d’un désarmement général. Dans les congrès et à la CA de la FEN, sa prudence fut encore plus flagrante sur les questions brûlantes (Tunisie, Maroc, Algérie, Hongrie, Suez). Sans doute aussi parce qu’il n’était pas insensible à la mission civilisatrice de la France dans ses colonies, bien que membre des différentes commissions de l’Outre-mer, il prit peu part aux débats, aussi bien dans la FEN que dans le SNES, notamment sur la guerre d’Algérie.

En revanche, Hombourger fut toujours en première ligne dans les discussions concernant les relations internationales entre organisations d’enseignants. Du 17 juin au 8 juillet 1947, il fit partie de la Commission préparatoire internationale de l’enseignement (Fédération syndicale mondiale). En 1948, animé par la volonté d’éviter la cassure entre les organisations d’enseignants de l’Est et de l’Ouest et de trouver le moyen de les faire travailler ensemble sur un plan professionnel, il fut la cheville ouvrière de la création en novembre 1948 du Comité d’Entente des fédérations internationales du personnel enseignant. Il fut chargé de son secrétariat (avec Marie-Louise Cavalier comme secrétaire-adjointe) et le fit reconnaître comme représentatif des enseignants par l’ONU, l’UNESCO, le BIT, le BIE en 1949. En liaison avec ces organisations, il favorisa la production d’études et de déclarations qui influencèrent la sortie de plusieurs textes internationaux sur l’enseignement et les enseignants, en particulier la « Charte des éducateurs » (signée à Moscou en 1954), amorce de la « Recommandation sur la condition du personnel enseignant » (UNESCO/BIT, 1966).

Hombourger fut en revanche d’abord réservé à l’égard d’un autre regroupement mondial des organisations d’enseignants, surgi en 1946 sur l’initiative de la National Education Association nord-américaine, la World Organisation of the teaching profession. Dans les négociations entre les délégations de la WOTP, de la FIAI et de la FIPESO à partir de 1949, il montra beaucoup de fermeté, pour obtenir des garanties dans les statuts de la nouvelle confédération. Les fédérations constituantes FIAI et FIPESO demeuraient et gardaient une certaine autonomie, chacune d’elles restant « maîtresse de son organisation interne » et conservant « toute compétence pour étudier et résoudre les problèmes relatifs à son domaine propre et pour entretenir dans ce domaine, ses propres relations extérieures ». Enfin l’existence du Comité d’Entente n’était pas mise en cause, et il était prévu que la WTOP établirait des rapports avec lui. Au bout de deux ans de négociations, Hombourger pensa qu’il avait sauvegardé l’essentiel et pesa de toute son autorité pour que le congrès du SNES (classique et moderne) se prononce en faveur de l’adhésion au projet de Comité mondial des organisations de la profession enseignante (CMOPE). Il se heurta à une forte opposition qui ne fut surmontée qu’au bout de trois années, en 1953 ; mais le référendum auprès des syndiqués n’approuva l’adhésion qu’à une courte majorité : 4 935 oui contre 4 064 non et 3 950 abstentions.

Les garanties auxquelles se fiait Hombourger devaient assez vite se révéler fragiles. Si, dans les premiers temps, une place assez importante fut accordée aux responsables de la FIPESO dans les organismes de la CMOPE (Hombourger lui-même en fut élu vice-président en 1955), la situation fut nettement modifiée à partir de 1957. À l’Assemblée mondiale de Francfort (1957), lors des élections aux comités de la CMOPE, plusieurs membres représentatifs de la FIPESO furent écartés. Hombourger, président de la FIPESO, qui se présentait pour le renouvellement de son mandat de vice-président fut battu, résultats dus à des votes massivement hostiles de la NEA et des associations qu’elle influençait. Mais ce fut surtout l’offensive contre le Comité d’Entente qui l’affecta. Amorcée de façon fortuite à la fin de l’Assemblée de la CMOPE à Manille en 1956, elle fut développée l’année suivante à Francfort, renforcée par la décision de la FIAI (obtenue à une faible majorité) de quitter le Comité d’Entente. Il vit dans cette manœuvre la rupture d’un engagement qui avait été pris en 1950, lors de la constitution de la CMOPE, et qui avait pour une bonne part déterminé son acceptation d’entrer dans cette confédération. D’autre part, un accord conclu à Genève en 1958 entre la FISE et la CMOPE pour constituer un comité de liaison, afin d’assurer une collaboration permanente entre les deux organisations, ne fut qu’un « marché de dupes » selon Hombourger. Le Comité d’Entente disparut donc en 1960.

Dès lors, Hombourger prit ses distances à l’égard de la CMOPE et laissa à son ami Hutchings (Royaume-Uni) le soin de maintenir, en occupant le siège réservé à la FIPESO dans le comité exécutif de la CMOPE, la liaison entre la FIPESO et la confédération.

À partir de 1965, Hombourger concentra toute son activité sur la vie de la FIPESO. Dès 1948, il avait été chargé de missions mais il n’était entré au comité exécutif de cette fédération qu’en 1955. Dès lors, il devint le dirigeant le plus important, fut élu président en 1956, et à l’expiration de son mandat, en 1961, il resta au comité exécutif en tant qu’ancien président ; en 1965, il fut élu secrétaire général et prit en charge la rédaction du Bulletin international. Il anima les activités de la FIPESO de façon plus soutenue et suivie qu’auparavant, en étant attentif aux relations avec les organisations non-gouvernementales, le Conseil de l’Europe et d’autres organismes. Son domicile devint un lieu de rencontres internationales, avec l’aide de Marie-Louise Cavalier.

Hombourger resta en dehors des débats et combats des dernières années de la vie du SNES (classique et moderne) et de la première année d’existence du nouveau SNES (classique, moderne, technique) et admit le passage de sa direction au courant « Unité et action ». Il entretint d’ailleurs toujours d’excellentes relations avec André Drubay, nouveau secrétaire général, dont il favorisa l’élection comme vice-président de la FIPESO en 1969 puis président en 1971.

La mort le surprit le 11 juin 1972, alors qu’il préparait dans sa chambre d’hôpital le congrès de la FIPESO qui devait marquer le 60e anniversaire de cette organisation. Il avait été fait chevalier de la Légion d’honneur en 1957 ; peu avant son décès, il avait été promu officier dans cet ordre.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article88141, notice HOMBOURGER Émile, Joseph, Nicolas [HOMBURGER Emil, Joseph, Nikolaus]. par Alain Dalançon, Pierre Petremann, version mise en ligne le 24 mai 2010, dernière modification le 8 février 2014.

Par Alain Dalançon, Pierre Petremann

Émile Hombourger signe la Charte des l’éducateurs à Moscou en 1954
Émile Hombourger signe la Charte des l’éducateurs à Moscou en 1954
Arch. IRHSES
Émile Hombourger au congrès de la FIPESO en 1952
Émile Hombourger au congrès de la FIPESO en 1952
Arch. IRHSES
Hombourger avec Hutchings lors d’une réunion de l’Organisation internationale du Travail en 1963
Hombourger avec Hutchings lors d’une réunion de l’Organisation internationale du Travail en 1963
Arch. IRHSES
Hombourger avec André Drubay en 1971.
Hombourger avec André Drubay en 1971.
Arch. IRHSES

SOURCES : Arch. Nat., AJ/16/8988 et F17/30325/A. — Arch. FEN (Laurent Frajerman). — Arch. IRHSES (fonds Hombourger). — Biographie par André Drubay dans Points de repères n° 10-11, déc. 1992. — Bulletin international de la FIPESO. — L’enseignement français à l’étranger, bulletin de la FEN (1956-1966). — Allemagne 1947, enquête dans les quatre zones d’occupation par une délégation des syndicats universitaires, 17 juin-13 juillet 1947 (300 pages), éditée par la FEN avec le concours du SUDEL. — Le Comité d’Entente et les fédérations internationales du personnel enseignant, brochure par Émile Hombourger, éditée avec l’aide de l’UNESCO, La Productrice, Paris, 1957. — Pierre Albertini, « Les Juifs au lycée Condorcet », Vingtième siècle, 2006, p. 81-100. .— Notes de Jacques Girault.

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