JOLIS Henri

Par Yves Le Maner

Né et mort à Denain (Nord), 8 juin 1893-18 août 1971 ; ouvrier métallurgiste ; militant syndicaliste et communiste du Nord ; secrétaire du syndicat des Métaux et de l’Union locale CGT de Denain.

Fils d’un ouvrier mineur, Henri Jolis fut embauché aux usines Cail de Denain à l’âge de treize ans sans avoir pu obtenir son CEP. Il se syndiqua immédiatement à la CGT et fut licencié après quelques mois de travail pour avoir fait grève un 1er Mai.
Mobilisé en 1914, il fut fait prisonnier mais parvint à s’évader et à se réfugier dans le Midi de la France où il fit la rencontre d’une jeune paysanne qui devint peu après sa femme. Il termina la guerre comme instructeur à Bordeaux.
Dès son retour à Denain en 1919, il se lança hardiment dans le combat syndical. Pendant vingt ans, il allait mener une existence difficile marquée par une grande instabilité professionnelle provoquée par des licenciements répétés. Entré comme ouvrier mineur à la fosse Blignière à Denain, il fut le seul gréviste de son puits lors d’un mouvement déclenché par Eugène Rossy, secrétaire du syndicat du bassin d’Anzin, et connut un licenciement immédiat. Il occupa pendant quelques mois un emploi de plombier avant d’être réembauché aux usines métallurgiques Cail. Mais, en raison de la faiblesse des rémunérations, il décida de s’installer dans le Midi, au pays de sa femme, comme artisan réparateur de tracteurs.
Malheureusement, une forte sécheresse clairsema la clientèle et il dut se résoudre à regagner la grisaille du bassin minier nordiste. Il réintégra à nouveau les usines Cail, mais décida d’adhérer à la CGTU, déçu par la trop grande modération de la CGT. Congédié pour fait de grève en 1924, il s’établit à son compte comme plombier-zingueur et ouvrit un café pour accroître les revenus de la famille qui s’agrandit bientôt de quatre enfants. Mais, la réputation de militant de Jolis, qui était alors secrétaire et trésorier de l’une des cellules du Parti communiste de Denain et secrétaire de la section locale des Amis de l’URSS, dissuadait de nombreux clients et ce fut l’amitié du socialiste Burette, l’un des dirigeants de l’Union des coopératives, qui lui permit d’obtenir un travail mieux payé et plus stable. Malgré tout, les deux hommes se livraient régulièrement à de violentes joutes oratoires au cours de réunions contradictoires.
Secrétaire du syndicat CGTU des Métaux depuis 1924, Henri Jolis connut une rapide ascension au sein de la hiérarchie syndicale. Désigné en 1933 comme secrétaire de l’Union locale unitaire de Denain, il prit la direction du puissant syndicat unique lors de la fusion de 1935 et fut, la même année, nommé délégué suppléant des syndicats de la « 3e région » (Douai-Valenciennes) à la commission administrative de l’Union départementale CGT unifiée.
Cette même année, il fut choisi comme conseiller prud’homme et fut élu conseiller municipal de Denain sur la liste du PC. Troisième adjoint au maire, il consacra une grande activité aux camps de vacances pour les enfants.
Élu en 1937 secrétaire général du syndicat des Métaux (il n’avait jusqu’à cette date que le titre de secrétaire), il accéda l’année suivante à la direction de la Bourse du Travail et de l’Union locale de Denain qui regroupait alors dix-sept syndicats. Henri Jolis, qui avait participé au congrès national de la CGTU en 1935, participa également aux congrès nationaux de la CGT en 1936 et 1938. Arrêté par la police française en avril 1940, il fut interné à Seclin (Nord) avant d’être embarqué pour l’Angleterre d’où il fut transféré en Afrique du Nord. Ayant obtenu une libération heureuse grâce à l’aide de son beau-père, il regagna Denain en 1941. Repris, il fut incarcéré à Doullens (Somme). Relâché, il participa à la Résistance jusqu’à la Libération. Sollicité en 1944 par le Comité de Libération pour occuper le siège de maire de Denain, il déclina cette offre sur la demande de sa femme, éprouvée par l’instabilité professionnelle de son mari et par les difficultés qu’elle avait eues pour élever ses enfants.
Par la suite, il n’occupa plus de responsabilités importantes, à l’exception de la présidence de l’ARAC de Denain. Lorsqu’il prit sa retraite, Henri Jolis ne put faire valoir que vingt années de travail, il en avait sacrifié quatorze à son idéal de militant syndicaliste.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article88121, notice JOLIS Henri par Yves Le Maner, version mise en ligne le 23 mai 2010, dernière modification le 23 mai 2010.

Par Yves Le Maner

SOURCES : Arch. Nat. F7/13129. — Arch. Dép. Nord, M 595/35, M 595/41, M 595/58, M 595/67, M 595/69 et M 154/200. — M. Iéria, Mémoire de Maîtrise, Lille III, 1974, op. cit.

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