GUEUSQUIN Albert, Paul [dit Bob]

Par Jean-Pierre Besse

Né le 7 avril 1921 à Paris (XIIIe arr.), fusillé le 9 juillet 1943 au stand de tir du ministère de l’Air à Paris (XVe arr.) ; chauffeur ; militant communiste ; résistant ; responsable national du service F des FTPF.

Albert Gueusquin
Albert Gueusquin
Arch. Préfecture de Police

Albert Gueusquin perdit son père très jeune, « des suites de la guerre 1914-1918 », et fut élevé par sa mère qui exerçait la profession de couturière. Lors de sa naissance son père était charron et sa mère ménagère. Il fut adopté par la Nation en vertu d’un jugement du tribunal civil de Paris le 9 octobre 1935. Avec sa mère, ils vécurent d’abord avenue d’Italie puis 187 bis rue de Tolbiac. Titulaire du certificat d’études primaires, il travailla avant-guerre comme chauffeur aux établissements Boudy.
De retour d’exode, il reprit son travail chez Boudy mais comme vélo taxi. Fin 1940, « en désaccord avec [sa] mère », il s’installa 114 rue de la Glacière. Il utilisa ses relations au sein des Auberges de la jeunesse pour recruter des jeunes en vue de la propagande clandestine. Lors de ses interrogatoires, il déclara, ce qui était banal, n’avoir jamais appartenu au PCF et aux JC avant guerre et avoir été responsable, dans la clandestinité, du travail de propagande d’abord sur le XIVe arrondissement puis d’un secteur comprenant les Ve, XIIe, XIIIe, XIVe et XVe arrondissements.
En contact dès août 1941 avec Pierre Georges, il était chargé de « passer les JC à l’OS » et toujours selon ses déclarations passa Maurice Feld, Karl Schoenharr, Georges Tondelier, Émile Tardif et Gilbert Brustlein.
À partir de la fin 1941 ou du début 1942, il fut appointé par le PCF. En mars 1942, il quitta son poste de recruteur et rejoignit Émile Besseyre (Camille) et Henri Douillot (Dumas). Il était chargé de la récupération du matériel et de l’organisation des dépôts dans l’interrégion parisienne. Après l’arrestation de Douillot, il dut partir en province pendant trois mois et cessa alors ses activités professionnelles.
Revenu à Paris, il reprit contact avec les FTP par l’intermédiaire de sa fiancée Raymonde Salez. Il fut nommé peu après responsable national du service F, service de récupération, et devait à ce titre repérer les emplacements de terrains favorables aux parachutages d’armes. Il travaillait sous la responsabilité de Georges Vallet (Raoul) et de Roger Linet (Rivière). Un rapport de la préfecture de police antérieur à son arrestation le décrivait ainsi : « 1 m 72 à 1 m 75, visage rond et coloré, cheveux châtains foncés ondés (sic), susceptible de porter des lunettes et des moustaches, fume souvent la pipe ».
En novembre 1942, il organisa et reçut le premier parachutage de matériel anglais envoyé pour les FTP, dans la nuit du 21 au 22 novembre au milieu de la forêt au Duc à deux kilomètres au sud de Quarré-les-Tombes dans l’Yonne. Ce premier parachutage était le résultat des contacts établis depuis quelques mois entre le BCRA, en la personne du colonel Rémy, et un représentant du Parti communiste, Georges Beaufils (Joseph). Cinq hommes réceptionnèrent ce parachutage. Albert Gueusquin déclara avoir été accompagné d’un responsable gaulliste. Dans le témoignage de Jean Longhi, qui participa à ce parachutage, recueilli par Joël Drogland, cette présence n’est pas mentionnée. Bob assura par la suite le transport d’une partie des armes et du matériel vers Villeneuve-Saint-Georges, selon lui en compagnie de Victor Rousseau (Martin, Dupré, Baudry), Pincon, Jean Debrais et Barrachi. En janvier 1943, il prépara un nouveau parachutage au hameau de Chaon, près de Lamotte-Beuvron, mais l’avion ne vint pas.
Le 9 mars 1943, alors qu’il se rendait chez Marguerite Boyeldieu-Pohier, agent de liaison entre le Centre (comité militaire national) et le comité militaire de l’interrégion 22, 55 rue Saint-Jean à Dreux (Eure-et-Loir), il fut arrêté par la 21e Brigade régionale de police de sûreté, celle d’Orléans, et la 5e Brigade régionale de la police judiciaire. Marguerite Boyeldieu-Pohier ayant été arrêtée le 7 mars, une souricière avait été tendue à son domicile. Le 12 mars, fut arrêté dans les mêmes circonstances l’interrégional militaire Édouard Gaire.
Lors de son arrestation Gueusquin avait sur lui « des documents importants » et 15 745 francs représentant ses appointements d’avance. Transféré dans les locaux de la préfecture de police, il subit de la part de la BS2 plusieurs interrogatoires. Ses différents domiciles clandestins et planques (rue de la Glacière, 2 rue Le Regrattier, 5 avenue Courteline) furent plusieurs fois perquisitionnés. La police y découvrit 29 ampoules d’un produit que le laboratoire de la préfecture de police identifia par la suite comme « un liquide fortement lacrymogène », un parabellum, un pistolet, deux revolvers, divers documents relatifs à la fabrication d’engins, un feuillet signé Denis, un code chiffré, trois emplacements de points de chute, quatre documents relatifs à des points de chute...
Lors de ses interrogatoires, il livra la cache du matériel récupéré lors du parachutage de novembre dans l’Yonne et le 16 mars les polices française et allemande mirent la main sur le matériel qui était encore enterré. Il parla aussi souvent de sa fiancée Raymonde Salez avec qui il avait vécu rue de la Bidassoa, qui avait été arrêtée le 18 juin 1942 et déportée le 24 janvier 1943 et mourut le 9 mars 1943 à Auschwitz-Birkenau.
Remis aux autorités allemandes, Albert Gueusqui fut condamné à mort le 27 mai 1943 en même temps que Georges Vallet, fusillé au stand de tir du ministère de l’Air et inhumé au cimetière d’Ivry.
André Ouzoulias attribua plusieurs actions à Albert Gueusquin. Jean-Marc Berlière et Franck Liaigre ne mentionnent jamais le nom de Gueusquin dans le tableau récapitulatif des actions des Bataillons de la jeunesse mais reconnaissent par deux fois que son rôle fut « essentiel » et « capital », soulignant qu’il était l’un des quatre hommes présents lors de l’attentat de Pierre Georges contre un officier allemand au métro Barbès. Outre lui et Pierre Georges, Gilbert Brustlein et Fernand Zalkinov participèrent à cette opération.
Personnage un peu oublié de la résistance communiste, Albert Gueusquin joua cependant un rôle important, comme le prouve son action dans l’OS, les Bataillons de la jeunesse et surtout à la tête du service F. Son nom, orthographié de différentes façons, apparaît d’ailleurs dans plusieurs départements.
La date de son arrestation est souvent erronée. Un document dans son dossier au Bureau Résistance donne même le 1er mars 1943. Un « état des arrestations opérées dans le département d’Eure-et-Loir par les autorités d’occupation au 25 mars 1943 » donne le 16 mars.
Il fut homologué sous-lieutenant FFI le 18 janvier 1947.
En 1948, sa mère habitait à Cormeilles-en-Parisis.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article88102, notice GUEUSQUIN Albert, Paul [dit Bob] par Jean-Pierre Besse, version mise en ligne le 19 mai 2010, dernière modification le 15 février 2018.

Par Jean-Pierre Besse

Albert Gueusquin
Albert Gueusquin
Arch. Préfecture de Police
Albert Gueusquin après ses interrogatoires
Albert Gueusquin après ses interrogatoires

SOURCES : Arch. PPo, BS2, carton 24, Gb 116. – DMPA, Bureau résistance, dossier 16 P 275877. – DAVCC, Caen, L-A 15 353. – Albert Ouzoulias, Les Bataillons de la jeunesse, Livre club Diderot, 1969. – Charlotte Delbo, Le convoi du 24 janvier, Les Éd. de Minuit, 2002. – J.-M. Berlière, F. Liaigre, Le sang des communistes, Les Bataillons de la jeunesse dans la lutte armée, automne 1941, Fayard, 2004. – Colonel Passy, Mémoires du chef des services secrets de la France Libre, Odile Jacob, 2000. – ARORY et AERI, La Résistance dans l’Yonne (fiches de Joël Drogland sur Gueusquin et le premier parachutage), CDrom, 2004. – État civil.

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