HENRY André, Armand

Par Claude Vieira

Né le 15 octobre 1934 à Fontenoy-le-Château (Vosges) ; instituteur dans les Vosges, puis inspecteur général de l’administration de l’Éducation Nationale ; militant syndicaliste du SNI et de la FEN, secrétaire général de la section des Vosges du SNI, secrétaire national du SNI , secrétaire général de la FEN ; militant socialiste ; ministre du Temps libre ; délégué général à l’économie sociale ; président de la Caisse nationale de l’énergie ; vice-président de la Mission laïque française ; président de l’Association laïque pour l’éducation, la formation professionnelle des adolescents.

Fils unique d’Alice Henry, éclusière à l’écluse n° 31 du canal de l’Est, au lieu-dit « La Manufacture », (son père, qui gérait un établissement de bains, ne le reconnut pas et ne s’occupa pas de lui. Sa mère lui en révéla le nom en 1949) André Henry reçut le baptême catholique. Il fréquenta la classe unique de l’école primaire du village, puis le cours complémentaire de Bains-les-Bains. Il fut élevé par sa grand-mère, elle aussi éclusière, sa mère travaillant comme femme de ménage à l’écluse 29 puis à Montmorency (Seine-et-Oise).
Reçu au concours d’entrée à l’École normale d’instituteurs de Mirecourt en 1951, Henry fut nommé instituteur à Fontenoy-le-Château en 1955, puis, à la rentrée 1956, à l’école primaire de garçons Gohypré à Thaon-lès-Vosges. En novembre 1956, il partit au service militaire à la base aérienne 121 d’Essey-les-Nancy où il resta plus de 26 mois, le terminant avec le grade de sergent.

De janvier 1959 à 1969, Henry retrouva son poste d’instituteurs à Thaon-les-Vosges. De 1950 à 1956, il pratiqua assidûment le football comme gardien de but à Bains-les-Bains, puis de 1959 à 1961 à Thaon-lès-Vosges.

André Henry se maria en avril 1956 à Girmont-Thaon, avec Odile Olivier, institutrice, Le couple eut une fille et un garçon.

À l’école normale, André Henry montra un intérêt pour le militantisme syndical. Il participa aux journées fédérales de la Jeunesse organisées par la FEN en 1954 à Paris et fut désigné comme délégué du SNI pour sa promotion en 1954-1955. À ce titre, il participa activement au conseil syndical et à la commission exécutive de la section des Vosges du SNI où il fut élu en 1955. À son retour du service militaire, il retrouva ses responsabilités syndicales et devint responsable du SNI du canton de Châtel-sur-Moselle (1959-1963). Il participa comme délégué vosgien au congrès national du SNI à Grenoble en 1956 puis à tous les congrès du SNI et de la FEN à partir de 1962. Élu secrétaire général adjoint de la section en 1961, il en devint le secrétaire général en septembre 1963 et entra au bureau national du SNI en décembre 1965.

Parallèlement à ses mandats syndicaux vosgiens, Henry fut membre du conseil d’administration, puis secrétaire général adjoint de la section vosgienne de la Mutuelle générale de l’Éducation nationale. Fondateur de l’amicale laïque de Thaon-lès-Vosges en 1960, il marqua un intérêt très fort pour la défense de la laïcité, notamment contre la loi Debré de 1959 et assura de 1963 à 1969 le secrétariat du Comité départemental d’action laïque.

André Henry quitta la section vosgienne du SNI en janvier 1969 pour entrer au secrétariat permanent national du syndicat (1969-1974). Il y occupa les fonctions de secrétaire de la commission des jeunes, puis de responsable des affaires administratives et de l’enfance handicapée. Il s’intéressa aussi aux questions pédagogiques et présenta, conjointement avec Guy Georges*, au congrès de 1970, un rapport intitulé « une nouvelle conception de l’éducation et de l’école ». Sur cette base, le projet d’« école fondamentale de la maternelle à la fin du collège » devint la base revendicative du SNI. En même temps, il assura la charge de réorganiser la majorité nationale « Unité, Indépendance, Démocratie » du syndicat. Il fut un des animateurs de la réforme des structures du SNI en 1970, au moment où une crise interne amena un changement de secrétaire général, André Ouliac* remplaçant Jean Daubard*. Il s’engagea aussi dans une politique de redressement du SNI car les minorités (« Unité et Action » et « École émancipée ») menaçaient la majorité puisque le rapport moral en 1969 avait été adopté par 51,35 % des mandats et que l’orientation UID avait recueilli 50,35 % des mandats.

Élu secrétaire de la commission « culture, jeunesse, loisirs » de la FEN et membre du bureau fédéral en 1971, Henry accéda, au départ de James Marangé*, le 12 décembre 1974, lors d’une réunion du conseil national de la FEN, au poste de secrétaire général. Il donna une priorité forte au redressement de la majorité nationale, qui gagna 5,46 % en trois congrès (Grenoble en 1976, Nantes en 1978, Toulouse en 1980). Au-delà du SNI, noyau dur de cette majorité, il s’appuya, comme son prédécesseur, sur les petits syndicats de la FEN, et surtout impulsa le développement des sections départementales. Il organisa la FEN en secteurs d’activités sous la responsabilité d’un secrétaire national.

Reconnue par le gouvernement de Jacques Chirac en 1975 comme organisation représentative, la FEN reçut dès lors à ce titre des crédits d’État. Elle entra dans de nombreux organismes et un vaste programme de stages de formation militante fut mis en place pour créer un vivier militant qui participa à la montée en puissance des sections départementales et renforça l’image de la FEN dans l’opinion publique.

À la tête d’un secrétariat national, élargi en nombre grâce à une augmentation importante du nombre de décharges de service à titre syndical (4 permanents en 1968, 26 en 1980) qui bénéficia également aux sections départementales, Henry, reconnu pour son acharnement au travail et sa maîtrise des dossiers, engagea la FEN dans trois chantiers majeurs :

- l’adhésion au Secteur professionnel international de l’Enseignement entraînant l’entrée d’organisations de nombreux autres pays ;

- la construction d’une base fédérale pédagogique et éducative avec le projet de « l’École de l’éducation permanente » ;

- l’accession progressive de la FEN au rang des centrales syndicales ouvrières. Cette reconnaissance, visible lors des manifestations publiques, ne se traduisait pas dans les négociations interprofessionnelles. Menant des actions communes régulières avec la CGT et la CFDT, la FEN garda de bonnes relations avec la CGT-FO et constitua, dans la fonction publique, le trait d’union des sept fédérations de fonctionnaires.

Partisan des accords salariaux, Henry les décrivait comme des « compromis sans compromission ». Dans le même temps, la FEN s’opposa à la réforme Haby dans l’Éducation nationale. Le conflit devint parfois violent et en 1978, il demanda discrètement mais clairement le départ du ministre. Avec son successeur, il signa en 1979 les premiers accords (FEN-Beullac), également négociés avec le patronat (CNPF, CGPME), sur l’ouverture de l’école vers les entreprises par la création des « séquences éducatives en entreprise » ouvrant la voie au futur baccalauréat professionnel.

André Henry, dès son élection comme secrétaire général de la FEN, cessa de participer, comme le SNI l’y invitait pourtant, aux réunions du secrétariat permanent de son syndicat afin de ne pas compromettre la confiance des autres syndicats sans lesquels la politique qu’il souhaitait mener devenait impossible. Cette attitude provoqua quelques tensions internes.

La montée en puissance de la FEN entraîna des conflits de plus en plus vifs avec les syndicats à direction « Unité et Action » (SNES, SNESup, SNCS, SNEP). Mais la prééminence de la FEN dans le syndicalisme enseignant créa aussi des tensions avec le SNI-PEGC. Dans le même temps, il créait les conditions pour que la FEN se dote d’un centre de documentation et d’archives qui devint le Centre fédéral, futur centre Henri Aigueperse.

André Henry contribua aussi aux convergences qui s’établirent entre les analyses pédagogiques du SNI et de la FEN et le Parti socialiste pour élaborer un programme éducatif du PS. Il fut notamment avec Guy Georges et Jean Battut au cœur de ce rapprochement pour lutter contre les avancées prises en ce domaine par le Parti communiste français.

André Henry adhéra au Parti socialiste en décembre 1974, le jour même de son accession au secrétariat général de la FEN. Conformément aux statuts de la FEN, militant de base à Créteil (Val-de-Marne) où il habitait, avec sa famille, depuis 1969, devenu ministre, il ne se présenta pas, sur les conseils du Président de la République, François Mitterrand, à la députation, en juin 1981, à Épinal, comme les socialistes vosgiens le lui avaient proposé.

En mai 1981, André Henry devint ministre du Temps libre (jeunesse et sports- tourisme) avec, sous sa responsabilité, une ministre-déléguée à la Jeunesse et aux Sports Edwige Avice avec qui il eut, parfois, de vives discussions, et un secrétaire d’État au tourisme. Sous son ministère furent créés les chèques-vacances et le conseil national de la vie associative. Le corps des professeurs d’éducation physique et sportive fut rattaché à l’Éducation nationale ; les diplômes d’éducateurs des centres de loisirs furent rénovés. Il tenta en vain de faire voter une loi sur la reconnaissance d’utilité sociale pour les associations. Il affirmait souvent être avant tout « un instituteur, militant syndicaliste, devenu ministre par le hasard de l’histoire ». Cette nomination fit débat parmi les militants de la majorité fédérale et fut l’objet de critiques lors des rapports difficiles de la FEN avec le gouvernement de gauche après 1984. Non issu de milieu politique, il donna souvent l’impression de s’intégrer difficilement dans le gouvernement et d’avoir un cabinet pas assez politique.

Cessant d’être ministre, André Henry devint en 1983, le délégué général à l’économie sociale puis en 1984, le président de la Caisse nationale de l’Energie jusqu’en 1988. Il fut chargé en janvier 1989 d’une mission sur les relations parents-enseignants par le Ministre de l’Éducation nationale Lionel Jospin* puis il fut nommé Inspecteur général de l’Administration de l’Éducation nationale en juillet 1989. En janvier 1995, il fit valoir ses droits à pension civile et se consacra dès lors à ses responsabilités au sein de la Mission laïque française (vice-président depuis 1990) et au sein de l’Association laïque pour l’éducation, la formation professionnelle des adolescents (APEFPA) devenue l’Association laïque pour l’éducation, la formation, la prévention et l’autonomie des personnes en situation de handicap dont il fut le vice-président en 1997 puis le président (2001-2006), assumant le redressement administratif et financier de l’organisation, avant d’en devenir le président d’honneur.

Sur le terrain politique, André Henry fut, pendant quelques mois, en 1983-1984, conseiller municipal minoritaire d’Épinal, la liste où il se trouvait en troisième position ayant été battue par celle de Philippe Seguin. Candidat pour la forme au poste de conseiller général de Champigny en 1988, il fut battu par le candidat communiste.

Initié à la franc-maçonnerie au Grand Orient de France en 1963 (Fraternité vosgienne), Henry, membre de la loge « l’Europe maçonnique » à Paris (1969-1990) et de la loge « Condorcet 89 » à Créteil à partir de 1990, en assura à deux reprises le vénéralat.

Son épouse, née Odile Olivier, institutrice jusqu’en 1977, fut mise à la disposition de 1977 à 1984 du Comité d’accueil des écoles publiques, puis fut chargée de mission au ministère du Tourisme de 1984 à 1991. Elle entra ensuite à la Fédération des pays d’accueil touristiques qu’elle dirigea de 1994 à 1998. Membre de la Grande loge mixte de France, elle devint Grand Maître de l’obédience de 1998 à 1999 puis de 2000 à 2003.

André Henry était Commandeur dans l’Ordre national du Mérite (1984), Chevalier de la Légion d’honneur (1986) et chevalier des Palmes académiques (1989).

André Henry témoigna à deux reprises sur son expérience militante (« De l’école fondamentale du SNI au projet éducatif de la FEN », « La FEN et l’action interconfédérale dans les années 1970 ») dans le séminaire organisé entre le Centre fédéral, devenu centre Aigueperse de la FEN puis de l’UNSA-Education, et le Centre de recherches d’histoire des mouvements sociaux et du syndicalisme de l’Université de Paris I. Il fut pendant quelques années membre du jury du prix Maitron. Il écrivit plusieurs ouvrages sur le monde enseignant et son expérience sociale.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article88087, notice HENRY André, Armand par Claude Vieira, version mise en ligne le 17 mai 2010, dernière modification le 2 novembre 2018.

Par Claude Vieira

ŒUVRE : Dame l’école, Paris, Ramsay, 1977 ; Serviteurs d’idéal, 2 tomes, Paris, L’instant (FEN), 1987 ; Conquérir l’avenir : la FEN de 1974 à 1981, Paris, CIEM, 1992 ; Le ministre qui voulait changer la vie : une politique du temps libéré, (entretien avec Annette Ardisson), Orléans, Corsaire éditions, 1996.

SOURCES : Archives de la FEN. — Presse syndicale. — Renseignements fournis par l’intéressé. — Notes de Luc Bentz et de Jacques Girault. — Sources orales.