GUYARD Jacques, Marius

Par Jacques Girault

Né le 19 novembre 1937 à Paris (VIe arr.) ; professeur ; syndicaliste, militant socialiste ; maire d’Évry (Essonne, 1983-1999), député (1981-2002) ; secrétaire d’État (1991-1992).

Jacques Guyard
Jacques Guyard
Assemblée nationale, Notices et portraits

Issu d’une famille ouvrière (père cuisinier), Jacques Guyard entra à l’École normale d’instituteurs de la Seine en 1953. Élève en classe préparatoire (École normale supérieure de Saint-Cloud) au lycée Chaptal, il réussit le concours d’entrée à l’Institut de préparation à l’enseignement secondaire. Il obtint une licence de géographie à la Sorbonne avec son ami Stélio Farandjis. Après avoir obtenu l’agrégation d’Histoire (1962), nommé professeur aux lycées de Châlons-sur-Marne (Marne) puis Arago à Paris, il commença une thèse en histoire moderne et entra comme assistant d’histoire moderne à la Sorbonne à la rentrée de l’année universitaire 1968-1969. Il choisit d’enseigner à l’Université de Paris I, où il devint maître-assistant puis maître de conférences. Il soutint sa thèse de troisième cycle en 1972, Un voyage à Rome au milieu du XVIIIe siècle.

Guyard se maria en mai 1963 à Paris (Ve arr.) avec Marie Serre, professeur de Lettres classiques, fille d’instituteurs, originaire des Pyrénées-Orientales. Le couple eut deux enfants. Son épouse mourut dans un accident de la route à la fin des années 1970. Remarié en mai 1980 à Évry avec Bernadette Cliquet, père d’un enfant, il divorça et se remaria en juin 2002 à Paris (XXe arr.) avec Béatrice Goldman.

Guyard adhéra au Syndicat national des instituteurs à l’école normale, puis au Syndicat national de l’enseignement secondaire en entrant aux IPES en 1958. Membre de la commission exécutive de la section académique (S3) de Paris pour la tendance « autonome » en 1960, il participa à la cogestion entre tendances. En 1962, il fut élu au secrétariat national du SNES, en charge des catégories jeunes (ENS, IPES, CPR, MI-SE) et de la formation. Après la coupure du service national, il fut élu, sur la liste A, membre de la première commission administrative du SNES (classique, moderne, technique) en 1966 et réélu en 1967. Il signa avec Claude Dupont d’une part et avec Jean-Jacques Marie* et Pierre Roy* (pour la tendance « École émancipée ») une tribune libre dans L’Université syndicaliste en avril 1967 pour justifier le système des tendances et des exécutifs homogènes. Dans les débats internes du SNES et lors du congrès de 1967, il apparut souvent comme un des porte-parole du courant « autonome » contre la nouvelle direction « Unité et Action ». En janvier 1968, il approuva, avec quelques autres dirigeants du courant « autonome », le soutien donné par les dirigeants du SNES à l’appel des intellectuels en faveur du Vietnam. Lors des événements de mai 1968, membre du bureau du S3, il fit adopter par les syndiqués de la Fédération de l’éducation nationale de son lycée, regroupés en comité de liaison, un appel pour la formation d’un « comité national de coordination des organisations en lutte » et la « constitution d’un gouvernement provisoire issu des forces populaires et des élections générales ». Lors d’une réunion du bureau du S3, le 23 mai 1968, il proposa l’organisation d’une manifestation centrale à Paris contre la proposition de Gérard Alaphilippe qui souhaitait une initiative commune aux syndicats et aux partis de gauche.

Par la suite, devenu membre du Syndicat national de l’enseignement supérieur, Guyard fut élu membre de la commission administrative nationale au congrès de mai 1970 sur la liste présentant la motion d’orientation « Pour un syndicalisme actif et démocratique », tendance proche de la majorité de la FEN. Pour le colloque de 1971 sur la recherche en lettres et sciences humaine, il proposa une contribution « Esquisse d’un catalogue des besoins ». Pour le congrès de juin 1971, il fut un des signataires de la motion « Pour un syndicat représentatif des enseignants du supérieur » et fut élu comme suppléant. Il signa à nouveau la motion « Démocratie et Action » pour le congrès de 1972 où il ne fut pas réélu. Pendant ces années, il participait au bureau de la section syndicale d’Histoire de l’Université de Paris I, dirigée par des militants du courant « Action syndicale ». . Toutefois, en 1973, il soutint la création de la tendance « Unité et Rénovation » dans le SNES qui devait, selon lui et le Centre d’études, de recherches et d’éducation socialiste, supplanter le manque de dynamisme des militants « autonomes » dans leur opposition aux dirigeants « Unité et Action », opération menée en accord avec les dirigeants du SNI.

En effet, Guyard, membre de la Convention des institutions républicaines, se consacrait à la construction du nouveau Parti socialiste. Il soutenait, avec le conventionnel André Labarrère*, en juillet 1970, lors du congrès d’Issy-les-Moulineaux, le courant minoritaire du CERES. Dès 1971, il devint premier secrétaire de la fédération socialiste de Paris et le resta jusqu’en 1974. Sur le plan du Parti, il s’opposait au courant « Démocratie et Université » animé par des militants qui, dans le syndicat, appartenaient au courant « Unité et Action », dont Stélio Farandjis. Proche du secrétaire pédagogique, futur secrétaire général du SNI Guy Georges, gagné à la doctrine pédagogique du SNI préconisant « l’école fondamentale », il participa avec ce dernier à la définition d’une politique scolaire du Parti socialiste favorable à l’école fondamentale. Ils rédigèrent un « manifeste École et Socialisme », présenté à la presse, le 13 février 1973, pour renforcer le groupe « École et Socialisme » créé à l’initiative des militants du CERES. Après une longue lutte interne au Parti socialiste, où il préconisa notamment la création d’un corps unique d’enseignants de la maternelle à la fin du lycée, proposition qu’il reprit pour l’enseignement supérieur où il se montra partisan d’un corps unique. Rapporteur au colloque de Cachan organisé par « École et Socialisme » (22-23 février 1974), sous le titre « Quelle école pour le socialisme ? », il participa à l’organisation d’une commission de l’enseignement du Parti socialiste et fut coresponsable, comme rédacteur en chef, avec Jean Battut*, du bulletin puis de la revue École et Socialisme à partir de novembre 1975, dans lequel il rédigeait une rubrique régulière « Si l’histoire de l’éducation m’était contée ». Il exerça cette responsabilité jusqu’en 1994. Il fut ainsi au cœur, pendant une vingtaine d’années, de l’élaboration de la politique éducative du Parti socialiste.

En 1974, en désaccord avec les dirigeants du CERES en particulier sur la politique européenne, Guyard et d’autres militants quittèrent ce courant pour rejoindre la majorité mitterrandiste. Il préféra, cette année, aller habiter à Évry, alors en plein développement, ville administrée par une municipalité de droite. Il s’implanta politiquement en Essonne, en pleine croissance démographique, où l’évolution politique favorisait la gauche, et surtout le Parti communiste français (trois députés communistes sur les quatre sièges aux élections législatives de 1978) et où des perspectives de conquêtes électorales s’annonçaient. En mars 1978, candidat aux élections législatives dans la deuxième circonscription (Arpajon-Étampes), il arriva en troisième position avec 25 752 voix sur 145 621 inscrits. Il se désista pour la candidate communiste qui, bien que réunissant la « quasi-totalité » des voix de gauche, fut battue de 508 voix par le candidat du RPR Bernard Pons.

Après mai 1981, la dissolution de l’Assemblée nationale amena une « vague rose » et Guyard en fit partie, élu dans la même circonscription. En tête de la liste socialiste lors des élections à la proportionnelle en mars 1986, il fut réélu. Après le retour au scrutin d’arrondissement en juin 1988, il retrouva son siège, mais le laissa à son suppléant en raison de sa nomination comme secrétaire d’État auprès du ministre de l’Éducation nationale chargé de l’enseignement technique dans le gouvernement dirigé par Édith Cresson (mai 1991-avril 1992). Il conduisit la rénovation pédagogique des lycées et initia les premières formations sous statut d’apprenti dans l’enseignement supérieur. Il fut réélu député en mars 1993, avec 134 voix d’avance au deuxième tour, au terme d’une campagne électorale difficile (commission des affaires culturelles, familiales et sociales, commission sur les aides à l’emploi de mars 1996 à avril 1997, commission chargée du projet de loi d’orientation pour le développement du territoire de juin 1994 à avril 1997). Le groupe socialiste étant fortement réduit, il vit ses responsabilités parlementaires s’accroître. Porte-parole des socialistes sur les questions de logement, de transport, d’éducation, des postes et télécommunications, il fut le vice-président puis le président de la commission supérieure des services publics des postes et télécommunications. Il conserva son mandat en juin 1997 (commission de la production et des échanges, commission d’enquête sur les droits de l’enfant en France, les conditions de vie des mineurs et leur place dans la cité en janvier-février 1998, commission spéciale pour examiner la loi organique de finances d’octobre 2000 à juin 2002). Rapporteur du budget de l’Éducation nationale, il présenta des rapports sur la gestion des enseignants du second degré, sur l’enseignement scolaire en Guyane. Il ne se représenta pas à la fin de la législature.

À l’Assemblée nationale, de 1997 à 2002, Guyard, qui avait été nommé pour trois ans à l’Observatoire interministériel des sectes créé en mai 1996, fut rapporteur de la première commission d’enquête sur les sectes (1995), dont il avait demandé la création, puis président de la commission d’enquête sur la situation financière, patrimoniale et fiscale des sectes, leurs activités économiques et leurs relations avec les milieux économiques et financiers (décembre 1998-juin 1999). Interviewé à ce titre sur France 2, il qualifia de « secte » le mouvement anthroposophe. Trois associations se réclamant de cette approche, dont la Fédération des écoles Steiner et la Nouvelle économie fraternelle, se portèrent partie civile. Le Tribunal correctionnel de Paris condamna Guyard, le 21 mars 2000, à 20 000 francs d’amende et à 90 000 francs de dommages et intérêts. Il fit appel. Le 6 septembre 2001, le Tribunal, estimant qu’il n’était que le porte-parole d’une commission parlementaire, débouta les associations. Il fut alors l’objet de multiples attaques émanant notamment de l’Église de Scientologie.

À la veille des élections municipales, en octobre 1976, Guyard contribua à donner aux militants des neuf villes nouvelles françaises une orientation commune et présida, de 1978 à 2001, l’Association française des élus des villes nouvelles. Il participait à diverses actions des habitants d’Évry où il habitait et où le Parti socialiste se développait, associant anciens et nouveaux militants. En deuxième position sur la liste d’union de la gauche, élu conseiller municipal puis premier adjoint au maire socialiste d’Évry, il présida le Syndicat communautaire d’aménagement de l’agglomération de 1977 à 1983. Il conduisait la liste d’union de la Gauche aux élections municipales d’Évry en 1983 et devint le maire de la ville-préfecture en plein développement. Régulièrement réélu avec une bonne majorité mais en 1995, avec seulement 46 % des voix en raison du maintien de trois autres listes au deuxième tour, il contribua au développement urbain de la ville, à son aménagement (construction d’un hôtel de ville, des divers équipements, université, chambre de commerce, palais de justice, entre autres) dont il rendait compte dans le bulletin municipal Une ville, ma ville. Il présida le Syndicat d’agglomération nouvelle (SAN) d’Évry qu’il avait contribué à créer en 1984-1985. Pendant cette période, il fut l’objet de mises en examen, notamment, avec de nombreux élus locaux, lors de l’affaire du bureau d’études SAGES au début des années 1990. Les diverses enquêtes n’aboutirent pas à son inculpation en dépit des investigations des juges et des nombreuses attaques, notamment de celles financées par des milieux certainement liés aux sectes. Il décrivit son expérience de responsable de l’aménagement de sa ville dans un ouvrage de souvenirs de son engagement à Évry.

Désigné pour siéger au conseil régional d’Ile-de-France, Guyard y présida le groupe socialiste (1982-1986). Aux élections régionales de 1992, il conduisit la liste socialiste Essonne, mais démissionna du conseil régional en 1993 pour éviter le cumul des mandats. Sur le plan régional, il contribua à la création du Comité interprofessionnel du logement de la région Ile-de-France en 1982 qu’il devait présider dans les années 1990.

Après un accident de santé en 1996, pour éviter le surmenage, Guyard cessa ses fonctions de maire, le 31 janvier 1999, pour reprendre la présidence du SAN en train de devenir communauté d’agglomération et négocier le retour au droit commun des collectivités locales. Il en démissionna en juillet 2000 et ne se représenta pas aux élections municipales de 2001.

Guyard affirma à plusieurs reprises qu’il fallait contribuer à donner à cette banlieue en construction un sens en rappelant son histoire. Aussi écrivit-il un ouvrage, en 1985, utilisant, pour cinq communes, les monographies communales composées par les instituteurs pour l’exposition universelle de 1899.

Par la suite, Guyard consacrait une partie de ses activités à des réflexions sur la formation professionnelle en France et en Europe et sur le nécessaire enracinement territorial de l’éducation. En 2008, il était le secrétaire de l’association pour la Promotion des initiatives sociales dans les milieux éducatifs (PRISME).

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article88044, notice GUYARD Jacques, Marius par Jacques Girault, version mise en ligne le 15 mai 2010, dernière modification le 15 novembre 2013.

Par Jacques Girault

Jacques Guyard
Jacques Guyard
Assemblée nationale, Notices et portraits

ŒUVRE : Le miracle français, Paris, Le Seuil, 1965. — Les Révolutions industrielles. L’ombre de l’argent, Saint-Cloud, Éditions du Burin-Martinsart, 1972. — C’était en 1900 : Bondoufle, Courcouronnes, Évry, Lisses, Ris-Orangis, Paris, Association des éditeurs franco-genevois, 1985. — 1789, 10 000 citoyens prennent la parole. Les cahiers de doléances de la région d’Évry-Corbeil, Paris, Association des éditeurs franco-genevois, 1988. — Évry : ville nouvelle, 1960-2003 : la troisième banlieue, Évry, Espaces Sud, 2003.
En outre, collaboration à : Anticolonialistes et anti-esclavagistes : les défenseurs des droits de l’homme, Romorantin, Martinsart, Les Grands Révolutionnaires, 1978 (Georges Washington). — Naissance d’une autre école, Paris, La Découverte, 1984. — La réussite scolaire, un enjeu pour la ville, Paris, Association des éditeurs franco-genevois, 1989.

SOURCES : Presse syndicale et politique. — Divers sites Internet. — Renseignements fournis par l’intéressé. — Jean Battut, Itinéraire militant d’un instituteur socialiste nivernais, thèse, Université de Paris 13, 2009. — Alain Dalançon, Histoire du SNES. Les années tournant (1967-1973), t. 2, Paris, IRHSES, 2007. — Frédéric Theulé, Intercommunalité et gouvernement d’agglomération en ville nouvelle : le cas de Saint-Quentin-en-Yvelines, 1965-2004, thèse, Université de Paris 13, 2011.

rebonds ?
Les rebonds proposent trois biographies choisies aléatoirement en fonction de similarités thématiques (dictionnaires), chronologiques (périodes), géographiques (département) et socioprofessionnelles.
Version imprimable Signaler un complément