GUIMIER Jean, Émile

Par Gérard Couturier

Né le 23 janvier 1913 à Mayet (Sarthe), mort le 14 août 1975 à Saint-Christol-les-Alès (Gard) ; professeur puis inspecteur d’éducation physique ; militant syndicaliste du SNPEP puis du SNEP ; militant communiste ; militant associatif ; secrétaire général de la Fédération nationale des offices municipaux des sports.

Fils d’un ouvrier charron devenu artisan forgeron et d’une couturière devenue femme de ménage, Jean Guimier entra à l’École normale d’instituteurs du Mans (Sarthe) puis réussit en 1933 le premier concours d’entrée à l’École normale d’éducation physique qui venait d’être créée. Nommé professeur d‘éducation physique à l’ENI d’Arras (Pas-de-Calais) en 1936, membre du Parti communiste depuis 1933, il milita dans des mouvements antifascistes et fut le secrétaire du Comité national contre la tenue des Jeux olympiques à Berlin en 1936. Il anima la conférence internationale pour le respect de l’idée olympique à Paris (6-7 juin 1936) et participa, avec Auguste Delaune, à l’organisation des jeux populaires de Barcelone et à la rédaction du programme de la Fédération sportive et gymnique du travail sur le sport, publié sous le titre « Pour une jeunesse saine, forte et joyeuse » et reprit par le Parti communiste dans la campagne électorale de 1936.

Mobilisé au début de la guerre comme soldat de deuxième classe dans le Génie, fait prisonnier en mai 1940, captif au stalag VIIIC en Silésie, rapatrié, le 4 octobre 1941, pour maladie au Val-de-Grâce, il reprit son métier et rejoignit les forces résistantes dans la région d’Arras puis participa à la libération de Paris.

Guimier se maria exclusivement civilement en janvier 1945 à Saint-Mandé (Seine, Val-de-Marne). Le couple eut trois enfants.

À la Libération, Jean Guimier fut membre du Conseil supérieur d’enquêtes examinant la situation du personnel pendant la guerre. En 1945, le ministre de l’Éducation nationale René Capitant le chargea d’une mission pour mettre en place et réorganiser les centres de formation des cadres (Centres régionaux d’éducation physique et sportive). Auteur d’une note « La croisade pour le sport » en mai 1946, il prépara la tenue d’un congrès national du Sport et du Plein Air au Palais de Chaillot à Paris (19-23 juin 1946). Chargé par la suite par le sous-secrétariat d’État aux Sports de l’inspection des centres régionaux de formation, il assurait aussi les liaisons entre le Secrétariat à la Jeunesse et aux Sports et la FSGT. Estimant qu’on ne lui donnait pas de moyens suffisants, il démissionna en 1948 de la fonction d’inspecteur. Maintenu comme chef de service aux « Écoles et Centres » où il avait été nommé à la Libération, il fut démis de cette fonction au début de 1950. Muté au service des sports de la Seine-et-Oise (circonscription de Mantes), il reprit un poste de professeur d’éducation physique à Paris (XIVe arr.) en 1950-1951, puis au lycée Turgot où il créa, de façon exemplaire, les équipements sportifs (piscine, gymnase…). Il conserva ce poste jusqu’à sa retraite en 1973.

Jean Guimier créa en 1945 le Syndicat des inspecteurs Jeunesse et Sports affilié à la CGT, et en devint le secrétaire général. Il adhéra, à partir de 1950, au Syndicat national des professeurs d’éducation physique de l’enseignement public affilié à la Fédération de l’éducation nationale. Il participa aux activités de la FEN-CGT. Il fut délégué aux congrès du SNPEP à partir de mai 1952. Pour l’élection des directions, à partir de 1952, il conduisait des listes minoritaires qui se réclamaient de l’unité. Il en fut de même les années suivantes, ainsi en 1953, elle s’intitulait « liste d’union pour la défense du corps des professeurs d’EPS et la démocratisation du syndicat » ou en 1961, s’élargissait « liste d’unité Guimier-Lequime pour l’intégration universitaire, l’organisation sérieuse de l’éducation physique, la défense de la démocratie ». Au sein de la commission administrative du syndicat, minoritaire, il défendait une ligne associant des politiques de la jeunesse, de la défense corporative, de l’éducation physique et de l’Éducation nationale. Il se distinguait aussi en mettant l’accent sur les équipements sportifs dans les établissements d’enseignement, scolaires et universitaires. Aussi s’opposa-t-il à la fin de 1958 à la création du Haut-Commissariat à la Jeunesse et aux Sports qui, selon lui, portait atteinte à l’intégrité du Ministère de l’Éducation nationale. Il abandonna la conduite de la liste aux élections à la CA nationale du syndicat devenu SNEP à Marcel Berge en 1965, tout en continuant à faire partie des listes « Unité et Action » jusqu’au renversement de majorité nationale en 1969.

Jean Guimier était membre de la FSGT depuis 1934-1935. Membre influent de l’organisation, il préconisait l’établissement de liens entre les enseignants et le mouvement sportif ouvrier. Après la guerre, il intervint dans les stages de formation de cadres techniques, participa aux réflexions stratégiques et multiplia les apports dans les stages, les colloques et la presse. Il devint membre de la commission exécutive de la FSGT (1944-1953), de son bureau fédéral (1946-1949) et de son conseil national après 1965.

Membre du Parti communiste français, Jean Guimier n’eut pas de responsabilités dans le parti, mais estimait que la politique communiste créait les conditions d’exercice des activités physiques pour tous. Des réunions furent organisées en province en direction des militants communistes de la FSGT et des responsables des organisations communistes. Il accompagnait aussi, au titre de la FSGT, les sportifs des démocraties populaires invitées en France. En 1958, il obtint la reprise d’activité de la commission de travail sur le sport, qui devint commission sportive permanente auprès du comité central. Elle fut chargée d’élaborer des textes législatifs et juridiques pour définir une politique de fond et une stratégie d’ensemble dans le domaine du sport. À cet effet, il participa à de nombreuses réunions avec la direction du Parti sur les questions concernant l’enseignement ou le sport. Ainsi, le secrétariat du PCF, le 14 juin 1961, réorganisait les commissions chargées des relations avec les enseignants et leurs syndicats. Il était chargé de la coordination avec la FEN et ses syndicats regroupant les enseignants en éducation physique. Il participa à la rédaction du chapitre « Activités physiques et sportives » du Programme commun de la Gauche (1971). Parallèlement, il écrivait souvent des articles dans les publications communistes ou dans celles de la FSGT.

Dans le même temps, Jean Guimier organisait l’Office municipal des sports de Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis). À partir de 1962, il devint membre du conseil d’administration, secrétaire général adjoint (1970), puis secrétaire général (1971-1974) de la Fédération nationale des offices municipaux des sports. Il fut, selon Bernard Lacour, « un leader charismatique du mouvement OMS », développant la nécessité de rendre le sport dans la commune indépendant du pouvoir sportif et du pouvoir politique. Il prépara et ouvrit les Assises nationales de l’Éducation physique et sportive, du sport et des activités de plein air à Paris (23-24 mai 1970) qui regroupèrent 600 délégués et une cinquantaine d’associations de toute nature.

Des installations sportives (gymnases, piscines, espaces sportifs) dans de nombreuses villes portaient son nom, témoignage de son impact dans ce domaine.

Lors de son décès, l’Humanité du 15 août 1975 lui consacra un article.
Les archives de Jean Guimier ont été déposées avec celles du PCF aux archives départementales de Seine-Saint-Denis en novembre 2013.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article88034, notice GUIMIER Jean, Émile par Gérard Couturier, version mise en ligne le 15 mai 2010, dernière modification le 3 avril 2019.

Par Gérard Couturier

SOURCES : Arch. Nat., F7/15746 (6578). — Arch. comité national du PCF. — Gérard Couturier, Jean Guimier 1913-1975. Une vision politique et culturelle pour l’éducation physique et le sport, Paris, L’Harmattan, Espaces et temps du sport, 2001, ouvrage qui comprend de nombreux textes de Guimier. — Notes de Jacques Girault et de Nadia Michel.

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