JANETTI Maurice

Par Jacques Girault

Né le 1er mars 1933 à Seillons-Source-d’Argens (Var), mort le 22 juillet 1999 à Saint-Julien-le-Montagnier (Var) ; instituteur ; syndicaliste, militant socialiste du Var ; maire de Saint-Julien-le-Montagnier (1965-1999), conseiller général (1973-1998), conseiller régional (1978-1992, 1998-1999), sénateur (1978-1986) puis député (1986-1988, 1996-1999).

Fils d’un berger devenu cultivateur d’origine italienne, marié avec une jeune fille de Seillons-Source-d’Argens, naturalisé, d’opinions de gauche, Maurice Janetti reçut tous les sacrements catholiques. Élève de l’École normale d’instituteurs d’Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône) de 1951 à 1955, il enseigna à Trets (1955-1956) et obtint son exeat pour le Var (classe unique à Moissac 1956-1957). Il devint directeur à Salernes (1957-1958) puis obtint le poste de directeur de l’école mixte à deux classes à Saint-Julien-le-Montagnier (1959-1968).

Janetti se maria religieusement en juillet 1955 à Draguignan (Var) avec Suzanne Olivier, institutrice, fille d’un employé des postes, militant syndicaliste. Leurs trois fils reçurent les premiers sacrements catholiques.

Militant dans les milieux laïques, Janetti fut détaché à la Fédération des œuvres laïques du Var comme directeur administratif des classes de neige créées par le Conseil général dans le cadre du Comité varois des classes de neige de l’enseignement public, en décembre 1967, intégré en 1972 dans l’Office départemental d’éducation et de loisirs. Titulaire du CAPASE en 1974, il fut détaché alors comme conseiller technique pédagogique à la Jeunesse et aux sports, poste qu’il abandonna quand il devint sénateur en 1978.

Janetti militait aussi dans le Syndicat national des instituteurs. Après avoir appartenu au courant de pensée « École émancipée », candidat au conseil syndical de la section départementale en décembre 1961 sur la « liste majoritaire pour un syndicalisme indépendant, réaliste et constructif », il fut élu, deux ans plus tard, sur une liste analogue, confirmé dans son mandat en 1964 (liste « majoritaire. Pour un SNI puissant, au service de tous, dans l’unité, l’indépendance et la démocratie »), en décembre 1967 (liste « de la majorité départementale. Pour un syndicalisme efficace, dans l’unité, l’indépendance et la démocratie »), en 1969 et en 1971.

Une résolution du conseil syndical, le 15 décembre 1966, le visait personnellement. Membre de la commission exécutive de l’assemblée constitutive de la Fédération de la gauche, il devait se conformer à l’article 14 des statuts de la section départementale du SNI et choisir entre mandat politique et mandat syndical.

Maire de son village depuis 1965, élu avec 58 % des votants, Janetti fut régulièrement reconduit avec des majorités larges mais variables (91 % en 1971, 88 % en 1977, 78 % en 1983, 82 % en 1989, 74 % en 1995).

Élu conseiller général du canton de Rians le 23 septembre 1973, au premier tour avec 1629 voix, Janetti fut constamment réélu aux diverses élections, au deuxième tour en 1979 avec 72,9 % des voix, au premier tour le 10 mars 1985 avec 65 %, au deuxième tour le 29 mars 1992 avec 2774 voix sur 6197 inscrits et 4281 suffrages exprimés (64,8 %) après être arrivé en tête, le dimanche précédent avec 2154 voix. Il contribua à la transformation de son canton, associant son épouse devenue maire de Rians en 1975. Il pratiquait la chasse, comme de nombreux habitants de la partie septentrionale du département.

Au sein du conseil général, dans la désignation des activités, des modifications se produisirent, ce qui rend difficile une présentation générale. Janetti exerçait surtout des responsabilités dans les organismes du conseil général en relations avec le Var rural, la protection de l’environnement, l’enseignement, les questions sociales, l’aménagement du territoire, les transports, le tourisme. Il se signalait souvent à ses collègues et aux fonctionnaires par une connaissance des dossiers qu’il n’aimait pas traiter sans en référer aux populations concernées. Le passage d’une majorité de gauche à une domination de droite en 1985 ne s’accompagna pas d’une mise à l’écart de ses diverses responsabilités dont il nous faut dégager les principales :

- membre du bureau et secrétaire (1977-1979), vice-président (1982), de la commission départementale (1977), de la commission permanente (à partir de 1992), de la deuxième commission (1977), de la commission des affaires sociales et de la santé (1982), de la commission de l’agriculture et de l’aménagement rural (1985), de la commission des affaires scolaires (1988, devenue en 1992 commission de l’enseignement), puis à partir de 1992, des commissions des transports (complété par le comité départemental des transports), de l’aménagement et des relations extérieures, de la commission sociale (dédoublée à partir de 1994 entre établissements, organismes sociaux et action sociale), enfin à partir de 1994, de la commission des travaux publics et des marchés

- représentant entre autres du conseil général aux comités de coordination des affaires culturelles (1977-1985), d’encouragement à l’agriculture qu’il présida (1977-1982, 1992), puis, à partir de 1992, aux conseils de prévention de la délinquance, d’éducation nationale de l’académie de Nice, au syndicat mixte pour l’Université, aux commissions de surveillance de l’enfance, du revenu minimum d’insertion, de l’insertion sociale, au conseil d’administration de l’association des amis et parents d’enfants inadaptés, au comité des retraités et personnes âgées (1994).

- membre entre autres des comités du tourisme (1977-1979), d’éducation sanitaire et sociale (1977-1979, à partir de 1992), de Promovar (1977-1988), du conseil d’administration de la Faculté libre de Droit (1977-1982 devenu centre d’études juridiques du Var en 1988), des commissions de l’équipement (1977-1979), d’adjudication des travaux et fournitures (1977), des hôpitaux et hospices (du canton de Rians 1977-1994, du centre de pneumologie de Pierrefeu en 1992), du conseil départemental de l’enseignement du premier degré (1979-1982), puis de l’éducation nationale (1988-1994), du syndicat mixte d’aménagement de la région du Verdon (1979-1994), responsabilité prolongée à partir de 1992 par les commissions pour la création du parc naturel régional du Verdon et du comité de gestion des gorges du Verdon, du conseil des rivages des lacs en 1988, de la SAFER Provence-Alpes-Côtes d’Azur (1982), de la commission chargée de définir les options et les orientations du programme d’aménagement du bassin de l’Argens (1982-1988), du comité d’aide à la construction (1985, 1992), des commissions d’examen en vue du recrutement du personnel départemental (1988), des personnels départementaux de catégorie C (1992), du comité technique paritaire départemental (1988), de l’association régionale pour les économies d’énergie (1988), du conseil d’administration de la société du canal de Provence et d’aménagement de la région provençale (à partir de 1988), des commissions de visite des terrains (1988), de la protection civile (1988), de la société d’économie mixte pour l’application d’un schéma informatique des services départementaux (1988), du centre pour l’insertion sociale (1988), de la taxe professionnelle et des évaluations cadastrales (1992), des services de l’incendie (1992), d’appel en matière d’aide sociale (à partir de 1992), du syndicat des communes du littoral varois (1992), du centre informatique et télématique du Var (1994).

- secrétaire du comité technique des transports (1977-1982), puis du comité départemental des transports (1988), des conseils du rivage méditerranéen (1977-1979), des établissements publics du second degré (en 1988, Barjols et Saint-Maximin, en 1992, Barjols), de la santé mentale (1992), des commissions des services d’incendies (1982), d’aménagement foncier (1982), du centre départemental de gestion des personnels des collectivités territoriales (1988), de la taxe professionnelle (1992), des évaluations cadastrales (1992), de la sécurité routière (1992), des services publics dans les zones de montagne (1992), d’adjudication et d’appel d’offres pour le compte du département (à partir de 1992), du comité des matériels du parc et des subdivisions territoriales (1992),
- secrétaire aussi, de l’entente pour la protection de la forêt provençale contre l’incendie (1988) et, à partir de 1992, de structures interdépartementales pour la taxe professionnelle, pour les travaux publics.

Janetti représentait aussi le conseil général à l’agence régionale de l’énergie en 1992 qu’il avait contribué à créer et qu’il présida de 1980 à 1986, restant administrateur par la suite. Divers projets furent menés à bien dans le cadre de l’ARENE sous sa direction notamment la désulfuration de la centrale thermique de Gardanne en 1984 et le plan énergétique régional. Il fut dès lors un des principaux spécialistes des questions énergétiques dans la région et son action laissa des traces dans différentes instances électives ou administratives.

Janetti consacra une partie de son action locale à la création de syndicats intercommunaux dont il présida la plupart jusqu’à son décès. Il commença par ceux concernant la protection de l’environnement, l’électrification du Nord-Ouest varois (SIENOV, président de 1968 à 1995), l’alimentation en eau du nord-ouest varois pour amener l’eau potable dans les hameaux (SIANOV, 1968), les ordures ménagères (syndicat à vocation multiple de la zone du Verdon, regroupant 17 communes, 1971). Ce dernier assura la régie des transports qui reprit l’exploitation de la ligne privée d’autobus Saint-Maximin-Manosque en 1979. Il permit aussi la création d’une Permanence accueil information orientation en 1983. Parmi les autres regroupements qui rayonnaient dans le Haut-Var, présidé par le maire de Saint-Julien, se distinguent l’école de musique et de danse du Haut-Var (président de 1975 à 1989), le Comité d’aménagement rural des œuvres sociales (CARPOS, 1968), la résidence de retraite municipale "Le Verdon" (1974), le développement des vacances rurales (SIDEVAR, 1969), le syndicat mixte des pays du Verdon (président de 1986 à 1999), les syndicats intercommunaux du collège d’enseignement secondaire de Barjols (président de 1980 à 1999), de la radio locale "Radio Verdon" (1985) à la présidence duquel il ne se représenta pas en mars 1998. Il présida aussi l’Association syndicale pour l’aménagement et le développement de l’irrigation des zones sèches.

Janetti participa au lancement des classes de neige organisées dans le département par l’Office départemental d’éducation et de loisirs. Il occupa diverses fonctions de conseiller en liaison avec ses anciennes activités enseignantes (ainsi celle de conseiller technique régional en écologie auprès de la direction régionale de la Jeunesse et des sports à Nice), locales (ainsi celles de censeur de la société du canal de Provence ou de vice-président de l’association des maires du Var) ou de ses compétences (conseil d’administration de l’agence et du comité national de l’eau). En outre il participa à la fondation en 1965 de l’association départementale pour le transport des élèves de l’enseignement public (ADATEEP) et la présida. Dans Le Monde, le 10 février 1972, Jean Rambaud consacrait un long article à Saint-Julien, avec en sous-titre "Monsieur le Maire n’est pas raisonnable". Il montrait les réalisations du maire, mettait l’accent sur ses techniques de gestion (11 commissions, un bulletin, des assemblées générales, un foyer où se discutent toutes les affaires de la commune, l’appel au volontariat pour la restauration de l’église romane par exemple), sur son investissement personnel (120 000 kilomètres par an accomplis dans sa voiture de sport pour « s’en aller harceler » les différentes instances susceptibles de contribuer au financement).

Janetti, pendant quelques années, militait au sein du Parti socialiste dans le courant du CERES qu’il anima dans le département de 1971 à 1988. Contacté par les amis de Michel Rocard, il opta pour le courant animé par Jean Poperen qu’il organisa dans le Var et qui l’emporta, dans la fédération, lors du congrès de Rennes (mars 1990). Il entra alors au cabinet de Poperen, ministre des relations avec le Parlement comme chargé de mission (1988-1992). Il devint au début des années 1990 le secrétaire général de la Fédération des élus socialistes et républicains et conserva cette responsabilité pendant quelques années. Vice-président de cette Fédération nationale, il en présidait la fédération varoise.

Janetti devint sénateur à la suite du décès de Pierre Gaudin* en janvier 1978 dont il était le suppléant. Vice-président du groupe socialiste, membre de la commission des affaires économiques, il fut le rapporteur du budget de l’aménagement du territoire, membre suppléant du Conseil de l’Europe, des Fonds nationaux d’urbanisme commercial et d’adduction d’eau.

Élu député, le 18 mars 1986, en tête de la liste du Parti socialiste lors du rétablissement du scrutin proportionnel, Janetti devait perdre son siège, avec le rétablissement du scrutin d’arrondissement, au deuxième tour, le 12 juin 1988, dans la sixième circonscription réunissant 48,3 % des voix. Il devint au début des années 1990 le secrétaire général de la Fédération des élus socialistes et républicains. Pourtant en 1996, après l’élection au Sénat d’Hubert Falco, député de la circonscription correspondant à l’Ouest varois qui l’avait battu en 1988, Janetti, candidat unique de la gauche au deuxième tour, l’emportait, le 17 mars (50,5 % des voix), devenant le seul élu national de gauche du Var dans une circonscription qui avait été taillée pour une victoire d’un représentant de la droite, s’étalant du Sud-Ouest au Nord-Ouest du département. Après la dissolution de 1997, il retrouvait son siège à l’issue d’une triangulaire au deuxième tour de juin, obtenant 49,7 % des suffrages exprimés. Il siégeait à la commission de la production et des échanges et à la commission des affaires sociales. À la Chambre, il siégea à la commission des Affaires culturelles, familiales et sociales et fut le vice-président de la commission chargée de l’application de l’article 26 de la Constitution sur l’immunité parlementaire. Membre de divers groupes d’amitiés avec le Québec, l’Albanie, la Russie, Cuba, les États-Unis, il présidait le groupe France-Hongrie et appartenait à plus de vingt groupes parlementaires (dont ceux de l’économie sociale, la montagne, la lutte contre l’illettrisme, la formation alternée en milieu rurale, l’espace, la forêt, le bois, le meuble, le Sahara occidental, le Tibet). Il signalait aussi son appartenance aux clubs des parlementaires tintinophiles et des fumeurs de havane.

D’autre part, Janetti appartenait au conseil de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur depuis 1978, d’abord au titre de parlementaire (il fit partie de son bureau), puis comme élu en 1986. Le 22 mars 1992, alors que de 17 socialistes se ralliaient à la liste "Énergie Sud" patronnée par Bernard Tapie, conduite par Daniel Hechter, des négociations échouèrent. N’admettant pas que des socialistes puissent renoncer aux valeurs essentielles du socialisme, il prit la tête d’une liste du Parti socialiste, « liste nouvel espace socialiste » et ne retrouva pas son siège. Il conserva une profonde amertume devant le comportement de ses camarades. En 1998, élu sur la liste de la « gauche plurielle » qui obtint dans le Var 29,4 % des voix, la région étant maintenant dirigée par les partis de gauche, il devint le vice-président de la commission de l’agriculture, des forêts et de la mer. Son activité au Conseil régional s’exerçait dans diverses commissions (aménagement et développement durable des territoires et de la montagne, politique décentralisée des transports et de l’énergie, environnement, impôts directs locaux du Haut-Var) et dans diverses instances (entre autres, Parc naturel régional du Verdon au bureau duquel il siégea, conseil des rivages des lacs de la région, du conservatoire de l’espace littoral et des rivages lacustres, comité technique d’attribution des aides régionales, commission locale d’information de Cadarache, Agence régionale de l’énergie qu’il avait contribué à fonder en tant que membre du bureau du conseil régional).

Janetti mourut brutalement à son domicile d’une rupture d’anévrisme, selon la presse.
Le nom de Maurice Janetti fut donné au lycée de Saint-Maximin-la-Sainte-Baume.

Son épouse, Suzanne, Andrée, Alice, fille du militant socialiste SFIO et CGT de Draguignan (Var), Germain Olivier*, employé des postes, originaire de Rians, née le 2 juillet 1931, après avoir obtenu le baccalauréat Philosophie, devint institutrice tour à tour à Bagnols-en-Forêt, à Aups et à Salernes. Devenue directrice de l’école mixte de Saint-Julien, elle fut candidate au conseil syndical de la section départementale du SNI en décembre 1971 sur la « liste présentée par la majorité autonome pour un syndicalisme efficace dans l’unité, l’indépendance et la démocratie ». Elle demeura responsable du syndicat dans le canton jusqu’en 1983.

Suzanne Janetti, membre du Parti socialiste, devint à la suite d’élections municipales partielles, conseillère municipale puis maire de Rians en 1975. Réélue en 1977 et en 1983, battue en 1989, elle demeura conseillère municipale jusqu’en 1995 et ne se représenta pas. Elle occupait toujours en 2000 la présidence de la maison de retraite de Rians.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article87959, notice JANETTI Maurice par Jacques Girault, version mise en ligne le 10 mai 2010, dernière modification le 23 août 2010.

Par Jacques Girault

SOURCES : Arch. Office départemental d’éducation et de loisirs. — Presse syndicale. — Presse locale. — Sites Internet de l’Assemblée nationale et du Sénat. — Sources orales. — Renseignements fournis par l’intéressé, par son épouse et par Pierre Guigonnet. — Maurice Janetti. Du Verdon au Palais Bourbon, Itinéraire d’un laïque républicain, Patrimoine et Libertés, 2003.

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