ICHÉ Maurice, Émile Jacques

Par André Balent

Né le 27 juillet 1906 à Ille-sur-Têt (Pyrénées-Orientales), mort le 16 janvier 2003 à Ille-sur-Têt ; instituteur en cours complémentaire puis directeur du cours complémentaire ; maire d’Ille-sur-Têt (1959-1977) ; animateur de la vie culturelle illoise ; adhérent du Parti socialiste SFIO et du SNI ; animateur du mouvement des Anciens combattants et prisonniers.

Deux érudits du Conflent et du Roussillon : Maurice Iché (à droite) et l’abbé Albert Cazes curé de Villefranche-de-Conflent (à gauche) à l’assemblée générale des Amis du Vieil Ille (1996)
Deux érudits du Conflent et du Roussillon : Maurice Iché (à droite) et l’abbé Albert Cazes curé de Villefranche-de-Conflent (à gauche) à l’assemblée générale des Amis du Vieil Ille (1996)

Maurice Iché naquit à Ille-sur-Têt, dans l’ancienne caserne de la gendarmerie. C’était le fils d’Émile Jacques Iché gendarme à cheval âgé de trente-cinq ans en 1906 et de Malvina Payré. Il grandit à Ille, petite ville du Roussillon, au cœur du Riberal, vaste terroir irrigué où les cultures maraîchères et l’arboriculture fruitière avaient pris leur essor dans la seconde moitié du XIXe siècle contribuant au développement et à la prospérité économiques.

Maurice Iché demeura indéfectiblement lié durant toute sa longue vie à la ville qui l’a vu naître. Il se maria le 6 août 1931 avec Marcelle, Justine, Alphonsine Lloubes dont il eut un fils.

Après sa scolarité à Ille et à l’école normale de Perpignan, il fut nommé en 1924 au cours complémentaire d’Ille-sur-Têt où il fit toute sa carrière. Professeur de mathématiques et de sciences naturelles, jusqu’en 1949, à l’exception des années de la Seconde Guerre mondiale, il devint alors le directeur de l’établissement où il avait exercé et qui devint plus tard le collège « Pierre-Fouché ». Il prit sa retraite en 1962. Pédagogue sévère mais à la pointe de l’innovation, il insuffla au cours complémentaire d’Ille un dynamisme renouvelé, favorisant les méthodes actives, le travail de terrain, l’organisation de voyages scolaires d’été en France et dans divers pays d’Europe. Beaucoup de ses anciens élèves ont raconté tout cela, dans les Cahiers des Amis du vieil Ille et des villages voisins, revue trimestrielle qu’il créa en 1962 et qui existe toujours en 2010. Il impulsa la création d’Aigua clara revue mensuelle composée et réalisée par les élèves du cours complémentaire d’Ille. Cette revue — il était directeur de publication — parut de 1953 à 1962 (soixante-dix numéros de douze à soixante pages) et publia des études qui sont toujours des références pour la connaissance de la vie d’Ille et des localités environnantes.

Mobilisé en 1939, il fut affecté à l’état major de la demi brigade de Morteau comme officier de renseignement, il fut fait prisonnier le 19 juin 1940 et demeura en captivité à l’oflag XVII A près d’Edelbach (Autriche) d’où il ne fut libéré que le 8 mai 1945. Dans ce camp qui regroupait environ six mille officiers, il se lia d’amitié avec le professeur de médecine Étienne Wolff dont il suivit les cours à l’ « université captive » du camp.

Homme de gauche, Maurice Iché demeura toujours un militant effacé des organisations politiques et syndicales auxquelles il adhéra. Il fut membre du SNI et un militant de la SFIO. Élu maire d’Ille-sur-Têt en 1959, il fit trois mandats consécutifs jusqu’en 1977, date à laquelle il fut remplacé à ce poste par Lucette Pla-Justafré (voir Justafré Lucie), sa première adjointe communiste élue avec lui lors des trois scrutins. Son élection en 1959 se fit dans le cadre d’une liste d’union de la gauche dont la constitution qui impliquait l’alliance avec le PCF fut désapprouvée par la SFIO départementale. Désavoué par son parti, Iché semble l’avoir quitté sur la pointe des pieds. En effet, en 1964, les dirigeants communistes le qualifiaient de « socialisant », ce qui laisse supposer qu’il n’adhérait plus alors au Parti socialiste SFIO. Iché présida une municipalité d’union des gauches pendant ses trois mandats. Ses prises de position de 1959 firent de lui un précurseur d’une politique qui fut mise en œuvre par les partis de gauche dans les années qui suivirent.

Le siège de conseiller général du canton de Vinça — dont Ille-sur-Têt est la commune la plus importante — se libérait lors du renouvellement des conseils généraux de 1964, car le conseiller sortant, Henri Conte* (SFIO), ne sollicitait pas le renouvellement de son mandat. Iché caressa un moment de présenter sa candidature mais y renonça finalement, refusant d’entrer en concurrence avec son adjointe communiste, Lucie Justafré qui fut élue.

Pendant les dix-huit ans pendant lesquels il fut maire d’Ille-sur-Têt, Maurice Iché présida à la mutation urbaine de la plus grande commune du Riberal roussillonnais. Il mena à bien d’importants travaux d’adduction d’eau, fit construire la nouvelle école « Louis-Torcatis » et le collège « Pierre-Fouché ». On lui doit aussi les nouveaux bâtiments de la poste et de la perception, la réalisation de nouveaux lotissements, la modernisation de la voirie et d’importants travaux de restauration de l’église baroque Saint-Étienne. Très sensibilisé par le sort du patrimoine architectural d’Ille-sur-Têt, il convainquit le conseil municipal d’acquérir la tour de l’Alexis, bâtiment médiéval. Il fut aussi à l’origine de la transformation de l’antique hospice en maison de retraite. En 1977, ne sollicitant pas le renouvellement de son mandat, il permit à son adjointe communiste de devenir maire d’Ille.

Homme de culture, intéressé par les sciences naturelles, Maurice Iché fut également passionné par l’histoire. Il fonda en 1962 les Cahiers des amis du vieil Ille et des villages voisins, publication trimestrielle dont il fut le directeur de publication jusqu’en 1982. Cette revue publia de nombreuses études consacrées à l’histoire, la littérature et l’ethnographie. Lui ayant survécu, elle est toujours éditée (188 numéros en mars 2010). La bibliographie de Maurice Iché comprend cent quarante-six titres historiques, dont douze posthumes. La plupart ont été publiés dans les Cahiers des amis du vieil Ille. La majorité concernent l’histoire contemporaine (XIXe et XXe siècles). Autour de lui et de la revue, Maurice Iché a su constituer une équipe, composée d’enseignants du collège, d’anciens élèves ou d’Illois curieux du passé de leur ville. Il conserva jusqu’au bout ses facultés intellectuelles, rédigeant jusqu’au dernier moment des articles pour la revue qu’il avait fondée.

Il fut aussi actif dans le mouvement des anciens combattants et prisonniers de guerre. Il fut le président de la section locale d’Ille-sur-Têt de l’ADCPG-CATM (au départ simple section locale des anciens prisonniers de guerre) de 1945 à 1982, président de ADCPG-CATM des Pyrénées-Orientales de 1961 à 1988, membre du conseil fédéral de la Fédération nationale des CPG-CATM de 1962 à 1969. Pendant la guerre d’Algérie, il créa un journal des Illois appelés en Algérie qui publia treize numéros du 1er janvier 1960 au 23 mars 1962. Il fut un collaborateur assidu de Chanteclair, organe des Anciens combattants et prisonniers de guerre des Pyrénées-Orientales. Il écrivit son dernier éditorial pour ce périodique en décembre 2002. Ses obsèques religieuses eurent lieu à Ille 18 janvier 2003.

Maurice Iché était chevalier de la Légion d’honneur.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article87909, notice ICHÉ Maurice, Émile Jacques par André Balent, version mise en ligne le 5 mai 2010, dernière modification le 26 octobre 2014.

Par André Balent

Deux érudits du Conflent et du Roussillon : Maurice Iché (à droite) et l’abbé Albert Cazes curé de Villefranche-de-Conflent (à gauche) à l’assemblée générale des Amis du Vieil Ille (1996)
Deux érudits du Conflent et du Roussillon : Maurice Iché (à droite) et l’abbé Albert Cazes curé de Villefranche-de-Conflent (à gauche) à l’assemblée générale des Amis du Vieil Ille (1996)

ŒUVRES : de nombreux articles plus particulièrement dans les revues mentionnées dans la notice.
SOURCES : Arch. comité central du PCF, consultées par Jacques Girault. — Arch. com. Ille-sur-Têt, état civil, acte de naissance de Maurice Iché. — contributions de Josette Trabis, Janine Ponsaillé, Henri Demay, Roselyne Rongier Come, Louis Soler, au n° 161 des Cahiers des Amis du vieil Ille et des villages voisins, 2003, publiées en hommage après sa mort. — Nombreux articles le concernant dans les Cahiers des Amis du vieil Ille et des villages voisins, 1962-2010. — Olivier Alvarado, « Le décès de Maurice Iché tourne une page de l’histoire locale », L’Indépendant, Perpignan, 17 janvier 2003. — L’Indépendant, 18 janvier 2003.

ICONOGRAPHIE : Maurice Iché (à droite) & l’abbé Albert Cazes, curé de Villefranche-de-Conflent, assemblée générale des Amis du Vieil Ille, 1996. Photo Olivier Alvarado, {L’Indépendant}

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