JERRAM Guy, Mérédith

Par Yves Le Maner

Né le 7 mars 1896 à Paris (VIIIe arr.), mort le 4 juillet 1951 à Neuilly-sur-Seine (Seine) ; employé, représentant de commerce, correcteur typographe ; militant communiste puis socialiste ; secrétaire de la Fédération du Nord de l’ARAC, secrétaire, puis secrétaire général de cette organisation ; secrétaire, puis secrétaire général de la Fédération du Nord du PC (1923-1924) ; membre du comité exécutif de l’IC, membre du Comité central du PC de 1924 à 1935 ; secrétaire de la 3e région du PC (Lorraine) de 1925 à 1930 ; exclu du PC en 1935, il adhéra à la SFIO en 1944.

Fils de Henry, John Jerram, coupeur et de Susannah Wells, sans profession, Guy Jerram, nanti d’une solide instruction secondaire, a eu une activité syndicale dès 1912 à Valenciennes.

Il fut appelé sous les drapeaux le 13 avril 1915. Incorporé au 69e régiment d’Infanterie, il fut ensuite affecté au 139e régiment de la même arme, puis à la 13e section du COA. Démobilisé le 1er septembre 1919, il prit part à la création de la Fédération du Nord de l’ARAC dont il devint peu après le secrétaire.

Comptable dans l’administration de l’armée à Valenciennes, il fut choisi par les sections socialistes de cette ville pour figurer au sein de la délégation de la Fédération du Nord au congrès du Parti SFIO à Tours (décembre 1920), porteur d’un mandat en faveur de l’adhésion à la IIIe Internationale. Jerram fit donc partie avec Delaune, Hentgès, Brodel et Bonte du noyau fondateur du Parti communiste dans le Nord et il contribua de façon décisive à l’implantation du jeune parti dans le Valenciennois. De 1919 à 1930 il dut membre à Lille du Syndicat des employés (Valenciennes, Croix et Lille). Révoqué de son poste de fonctionnaire à l’issue des grèves de 1920, il était devenu représentant de commerce et assurait, dès avant la scission, les fonctions de rédacteur-correspondant de l’Humanité à Valenciennes. Il avait été par ailleurs correcteur au Prolétaire du Nord (Lille) à partir d’août 1922. Il a également travaillé pour L’Enchaîné du Nord, Travail de Lyon, la Lorraine ouvrière et paysanne (Nancy), Le Réveil des combattants et Le Mutilé parisien.
Organisateur de premier ordre, il avait fait preuve d’une remarquable faculté d’adaptation en condamnant les grèves des brasseries et chocolateries lilloises au cours de l’été 1920 en tant que délégué de la Fédération de l’Alimentation. Faisant preuve d’une activité débordante, il devint, en janvier 1921, secrétaire du comité de l’arrondissement de Valenciennes dont il fut le représentant au comité fédéral provisoire du Nord. Lors du congrès constitutif de la Fédération, il présenta le rapport sur les statuts et fut élu à la commission administrative avec la responsabilité de la propagande et du Prolétaire, l’organe officiel de la Fédération du Nord du PC. Au début de l’année 1922, il créa le syndicat CGTU des Métaux de Valenciennes dont il assuma quelques mois le secrétariat ; ce fut sa dernière responsabilité syndicale car il se consacra dès lors exclusivement à l’action politique.

Au cours du congrès fédéral du 16 juillet 1922, Jerram fut officiellement nommé directeur du Prolétaire (qui devint l’année suivante l’Enchaîné) et secrétaire fédéral avant de prendre, en 1923, le secrétariat permanent. Cette même année, il contraignit Louis Brodel* à la démission et s’empara des fonctions de secrétaire général de la Fédération du Nord de l’ARAC au sein de laquelle il s’efforça de limiter l’audience du leader socialiste Roger Salengro*. Membre du Comité central de l’ARAC depuis 1921, il y apparaissait comme l’un des éléments moteur ainsi que l’attesta son rôle au cours du congrès national de l’association qui eut lieu à Clermont-Ferrand en juillet 1923. Choisi comme secrétaire de la 1re Région du PC après la fusion des Fédérations du Nord, du Pas-de-Calais et de la Somme qui intervint en octobre 1924, il était entré au Comité directeur du PC lors du congrès de Lyon (janvier 1924) où il était intervenu pour critiquer la décision du Comité directeur de maintenir des sections aux côtés des cellules d’usine. Président de séance le 22 et le 23, il présenta une résolution critique à l’égard de l’Humanité et prononça l’allocution de clôture. Délégué à Moscou au Ve congrès de l’IC (juin-juillet 1924), il fut élu délégué suppléant au comité exécutif de l’Internationale communiste. Cette rapide promotion l’obligea à s’installer à Paris et, dès novembre 1924, il abandonna ses fonctions à la tête de la Fédération du Nord, au profit de Cadeau, après avoir été condamné à quinze jours de prison avec sursis pour « violences et voies de fait à magistrat ». Il conserva cependant les fonctions théoriques de responsable du rayon de Valenciennes et de secrétaire fédéral à l’« Agit-Prop » (voir Devernay Edgar*) jusqu’en 1926. Absorbé par sa tâche d’organisation, Jerram s’était refusé à faire campagne lors des élections organisées dans le Nord depuis 1921, à l’exception des municipales de 1925, pour lesquelles il figura sur la liste du Bloc ouvrier et paysan à Valenciennes.

En mai 1925, il avait été désigné pour occuper un « emploi de confiance » auprès de l’administration du Comité central du PC. Celle-ci le chargea, peu après, du secrétariat de la 3e Région du PC et il s’établit à Nancy. Réélu membre du Comité central au congrès de Lille en juin 1926, il partageait alors son action entre Nancy, Paris et Valenciennes où il conservait de solides attaches. Il semblerait qu’il ait alors animé dans cette dernière ville un courant hostile à la tactique « classe contre classe » qui s’exprima ouvertement au bureau régional par l’intermédiaire de Jacob et de Porreye ; de plus, il s’était attiré la condamnation du CC pour avoir présenté une liste commune avec la SFIO à l’occasion des municipales partielles à Valenciennes. Selon A. Vassart, il fut un des treize militants qui votèrent contre la tactique classe contre classe au Comité central clandestin de Choisy-le-Roi en janvier 1928 (Mémoires, op. cit.). Toujours très actif au sein de la direction de l’ARAC, il s’attira à plusieurs reprises les foudres de la justice pour « propagande antimilitariste » : déjà condamné le 3 février 1928 à trois mois de prison par le tribunal de Lille pour avoir diffusé des chants antimilitaristes édités par les Jeunesses communistes, il fut à nouveau condamné le 29 juin 1928, cette fois par le tribunal de Douai qui leur infligea six mois de prison et 100 F d’amende pour « provocation de militaires à la désobéissance ». La peine fut réduite en appel, mais Jerram fit l’objet d’une surveillance policière renforcée. Alors qu’il participait à un meeting à Montchanin (Saône-et-Loire) en tant que secrétaire de la Fédération de Meurthe-et-Moselle durant l’emprisonnement de Minard* qu’il remplaçait, il fut arrêté le 12 octobre, transféré à Chalon-sur-Saône mais relâché au bout de quelques heures. Il subit une nouvelle détention de quelques heures le 18 octobre suivant, puis purgea une autre peine de prison au début de l’année 1929 pour « violences à agent » ; il fut libéré le 17 mars. Très satisfaite de son travail à la tête de la Fédération de Meurthe-et-Moselle, la direction du PC oublia momentanément les échos de dissidence venant de Valenciennes et rappela Jerram à Paris en 1930 pour lui confier la direction de la section centrale de lutte contre les adversaires du Parti parmi lesquels figuraient au premier rang trotskistes, socialistes et « popistes » (militants du Parti ouvrier-paysan). Il n’occupa cette fonction que quelques mois, car le Comité central le chargea de la réorganisation de l’ARAC qui connaissait alors de sérieuses difficultés. Secrétaire technique à la propagande depuis la fin de l’année 1930, il fut élu au poste de secrétaire général de l’ARAC en novembre 1931 et fut à l’origine du lancement du journal Le Réveil du Combattant. Candidat sous cette étiquette aux élections législatives de mai 1932 dans le 1er arr. de Paris, il fut désigné la même année comme secrétaire provisoire du Bureau international du comité mondial de lutte contre la guerre impérialiste. Réélu à la tête de l’ARAC au congrès d’avril 1933, il figura bientôt parmi les instances dirigeantes du Comité national de lutte contre la guerre et le fascisme et, le 20 août 1933, il fut désigné au secrétariat du comité Amsterdam-Pleyel pour la France.

L’année 1934 devait marquer le début de la procédure de divorce entre Guy Jerram et le PC. Il entra en effet en désaccord avec les autres dirigeants de l’ARAC, notamment les frères Duclos, auxquels il s’opposait sur la question de la politisation de l’organisation qu’il estimait, lui, devoir rester indépendante du PC. Il n’est pas exclu que ces divergences aient caché un désaccord beaucoup plus profond qui remonterait à la fin des années 20 lorsque Jerram avait pris position contre les directives du bureau politique.

N’ayant pas été reconduit dans ses fonctions de secrétaire général lors du congrès de 1934, Jerram quitta l’ARAC lorsque la section de Saint-Denis, sous l’influence de Jacques Doriot, se rendit autonome. Les frères Duclos eurent alors beau jeu de l’associer à Jacques Doriot en le traitant de « scissionniste ». Cette expression servit de motif à l’exclusion de Jerram du PC en juin 1935, puis de l’ARAC en octobre de la même année ; il dut également quitter les comités national et mondial de lutte contre la guerre et le fascisme. Alors qu’il voulait assister à une réunion de la 10e section de l’ARAC tenue le 4 décembre 1935, il fut violemment pris à partie et contraint de quitter la salle. Pour répondre à ses détracteurs, il fonda peu après cet incident le journal La Grande Tribune qu’il s’efforça de diffuser parmi les sections de l’ARAC. Dans le courant de l’année 1935, il animait une Association amicale de la région des Alpes à Paris, proche de Jacques Doriot, et que l’historien Antoine Prost estime influente dans les milieux d’anciens combattants. Après avoir accepté en 1936 les fonctions de secrétaire de l’association franco-italienne des Anciens combattants, il reprit l’année suivante son métier de correcteur typographe, mais cette fois aux services du Journal Officiel. Il semblerait que Jerram se soit alors rapproché de ses anciens camarades de l’ARAC passés au PPF, mais aucune certitude n’a pu être obtenue quant à son adhésion à ce parti. Il milita par contre activement au sein de la Fédération ouvrière et paysanne des associations de mutilés de guerre (FOP) dont il devint membre de la « commission de paix » et de la « commission technique » en avril 1938. En février 1939, il fut élu secrétaire adjoint de la Fédération de la région parisienne de la FOP. Placé en affectation spéciale au Journal Officiel lors de la mobilisation de septembre 1939, Guy Jerram fut muté en cette même qualité à Vichy en juillet 1941. Bien que son activité politique ait alors été nulle, il accepta de prendre, en juillet 1942, les fonctions de secrétaire de l’association « Paix et Travail » qui avait remplacé la FOP avec l’accord du gouvernement de Vichy.
Guy Jerram adhéra au Parti socialiste SFIO en 1944 et fut choisi comme Grand électeur de ce parti en novembre 1946, en vue des élections sénatoriales. À son décès, il était chef des correcteurs du Journal Officiel et exerçait d’autre part les fonctions de secrétaire du 1er secteur législatif de la SFIO et de délégué aux « liaisons Anciens combattants » du Mouvement français pour les États-Unis d’Europe.

Guy Jerram mourut le 4 juillet 1951. Il fut inhumé au Père-Lachaise (84e division). Jerram avait épousé Élisabeth Chaloux, née le 1er janvier 1895 à Saint-Étienne-de-Rouvray (Seine-Inférieure), dont il eut deux fils : Jean, né en 1928, et Guy, né en 1929.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article87895, notice JERRAM Guy, Mérédith par Yves Le Maner, version mise en ligne le 4 mai 2010, dernière modification le 14 août 2016.

Par Yves Le Maner

SOURCES : IISG carton 126. - Arch. Nat. nombreux cartons de la série F7. — Arch. Dép. Nord, M 154/191, M 154/195c, M 154/199 et M 595/58. — Arch. Dép. Meurthe-et-Moselle, 1 M 651. — Mairie du VIIIe arr., 28 novembre 1986. — Arch. Jean Maitron (Batal). — Le Cri du Nord, 26 mars 1920. — L’Humanité, 30 octobre 1935. — La Lorraine ouvrière et paysanne. — H. Iéria, Mémoire de Maîtrise, Lille III, 1974, op. cit.

Version imprimable Signaler un complément