HOUDRÉ Marie, Charlotte, Alexandrine

Par Gaston Prache

Née le 11 juin 1883 à Orléans (Loiret) ; institutrice, membre de la franc-maçonnerie, docteur en médecine ; militante socialiste et coopératrice, militant du sport féminin, en particulier du rugby.

Marie Houdré eut comme précepteur, jusqu’en 1895, son père, homme de grande culture qui tint à donner à sa fille « le goût de savoir et de comprendre ». En 1895, elle entra à l’EPS d’Orléans, bientôt transformée en lycée et y resta jusqu’à l’âge de dix-neuf ans. Ayant perdu son père en 1902, elle dut renoncer aux études supérieures pour gagner sa vie : d’abord institutrice dans une école maternelle, elle exerça ensuite quelques mois dans un collège de filles à Toul. Elle se présenta alors avec succès au PCN, et entra en 1re année de médecine (1903). En février 1914, elle soutint sa thèse de doctorat. Assistante du professeur Broca aux Enfants malades, elle le fut aussi de 1914 à 1916 dans les hôpitaux et ambulances militaires.

Membre du Parti socialiste depuis 1910, Marie Houdré appartenait depuis 1912 au secrétariat de l’École socialiste avec Texcier, Le Bec et Marquet, devenant ensuite avec Alfred Bonnet la collaboratrice de Charles Andler avec qui elle resta liée d’amitié. Elle était en relation avec Albert Thomas et sa famille, avec Paul et Laura Lafargue, non sans heurts parfois, mais qu’elle fut la dernière sans doute à voir chez eux au cours de la soirée qui précéda le suicide du couple.

En 1912, elle faisait partie du Comité d’éducation coopérative créé par la FNCC et, quelques années plus tard, de son Office technique. Les milieux de la coopération parisienne lui étaient devenus familiers, elle militait au sein de l’UDC, rencontrant fréquemment Poisson, Yung, Marcel Martin, Guillevic, les conseillant et les aidant lors de la fondation d’une clinique et d’une Maison de santé de la coopération parisienne dont elle fut pendant quelques années la directrice médicale.

Marie Houdré suivit les congrès coopératifs nationaux, y prenant souvent la parole sur les aspects sociaux de la coopération. Membre puis présidente, avec Mme Vimeux, de la Guilde des coopératrices de 1937 à 1939, elle avait antérieurement milité au sein de la Ligue des coopératrices avec Alice Jouenne. Elle se prodigua en maintes conférences sur la coopération et la santé dans la région parisienne ainsi qu’en province (Nord, Aisne, Normandie, Limousin, Creuse...) Elle collabora au Coopérateur de France. Sur le plan professionnel, elle avait été en 1923 nommé médecin-chef au sanatorium de Kerpape (Morbihan) mais elle décida de revenir à Paris en 1930. Convaincue de la supériorité de la médecine de groupe, elle en fut une ardente propagandiste. Médecin des écoles de la région parisienne, notamment à Villejuif, elle continua d’exercer ces fonctions pendant la guerre et l’Occupation.

En 1946, sur le point de se séparer de son mari, l’architecte Albert Bernet, elle décida d’aller se fixer au Maroc où elle avait famille et amis. Elle ouvrit un cabinet médical à Casablanca, à clientèle surtout indigène et, passionnée de botanique, participa activement aux travaux de la Société régionale d’horticulture dont elle devint vice-présidente. En 1965, octogénaire, elle céda aux instances des siens qui, habitant Nogent-sur-Marne, la décidèrent à venir loger, avec sa dame de compagnie, dans un pavillon de leur propriété. Elle put dès lors reprendre contact avec ses vieux amis de la région parisienne, notamment les professeurs Ernest Labrousse, Marois, Jean Gaumont et André Gourdon. C’est alors qu’elle remit à Gaston Prache la totalité de ses archives, regroupées dans un fonds spécial. En 1975, un changement de domicile de sa famille l’amena à habiter avec eux en Normandie, près de Rouen, à La Neuville-Chant-d’Oisel.

Marie Houdré avait été trois fois mariée : 25 août 1906 à Paris (Ve arr.), 10 juillet 1926 à Paris (VIIIe arr.) et 13 avril 1935 à Sermaises (Seine-et-Oise).

On doit au Dr Houdré d’avoir introduit en France, à partir de 1920, la pratique du rugby féminin.

Alors membre active du Femina Sports (dont elle sera rapidement la présidente), premier club féminin parisien, elle adapta les règles du rugby (12 joueuses, pas de jeu au pied, placages aux hanches) ainsi rebaptisé "barette".

Elle contribua activement au développement du rugby féminin dans la décennie (équipes à Lille, Bordeaux, Toulouse... création d’un championnat de France). Le rugby féminin disparut au début des années 1930 pour renaître dans la forme qu’on lui connait dans les années 1960

En mars 2019, la FFR a honoré Marie Houdré en faisant d’elle le premier joueur à inscrire son nom sur leur nouveau "Mur des Légendes" (en compagnie de Yves du Manoir et Jean-Pierre Rives)

Au delà du rugby, Marie Houdré joua un rôle de premier plan dans la promotion et le développement du sport féminin en France. Elle dirigea la commission médicale de la Fédération des sociétés féminines sportives de France (Alice Millat).

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article87761, notice HOUDRÉ Marie, Charlotte, Alexandrine par Gaston Prache, version mise en ligne le 26 avril 2010, dernière modification le 12 janvier 2020.

Par Gaston Prache

ŒUVRE : Concernent principalement les questions de santé. — Nombreux articles dans le Coopérateur de France et la Revue de la santé. Manuel d’hygiène scolaire et La femme et l’enfant (éd. Nathan). — Ma doctoresse (deux volumes, éd. Quillet). — Notre santé (Paris éd. FNCC 1936). — Notes sur la Guilde des coopératrices (regroupées dans le Fonds Gaumont-Prache).

SOURCES : Collection des comptes rendus des congrès annuels de la FNCC, de 1925 à 1940. — Fonds d’archives Jean Gaumont-Gaston Prache. — Fonds d’archives de Marie Houdré, confié à Gaston Prache, fonds qui comprend notamment : Mémoires (1892 à 1970), Journal (pages éparses 1913 à 1970), Correspondance de Charles Andler 1909-1930 (copies, les originaux ayant été donnés antérieurement vers 1963 au Professeur Labrousse), Notes diverses sur l’École socialiste, Activités de la Mutualité générale des coopérateurs de Paris (1932-1936) et conférences médicales ; Essais. Poèmes et croquis. — Pas de mention, de décès sur l’acte de naissance, 31 octobre 1986. — Notes de Frédéric Humbert, sur le sport féminin.

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