PLACE Henri [PLACE Louis, Joseph, Henri dit VERLET Henry]

Par Jean Maitron

Né le 7 janvier 1847 à Moulins (Allier) ; journaliste parisien, militant blanquiste, membre de l’Internationale et de la franc-maçonnerie  ; officier sous la Commune  ; socialiste vaillantiste.

Le père d’Henri Place était un libraire qui fut poursuivi en 1851 comme imprimeur républicain, sans qu’on lui imputât des faits précis. Le jeune homme fit ses études au lycée de Moulins, puis, bachelier ès-lettres à dix-sept ans, entreprit à Tours (Indre-et-Loire) un apprentissage d’ouvrier typographe au Moniteur d’Indre-et-Loire où il publia ses premiers articles signés Henri Place.

Vers 1867-1868, il appartenait déjà aux cadres de la petite armée révolutionnaire blanquiste et, en 1869, il se peut qu’il ait été initié à la Loge Les Amis de l’Ordre. Il écrivit cette même année une brochure, Le Peuple et la Révolution. L’Athéisme et l’Être suprême, qui contenait le programme des Libres penseurs parisiens. Il fut délégué avec Regnard à l’Anti-Concile de Naples, décembre 1869. En 1870, il signa avec Albert Regnard, Alfred Breuillé, Paul Lafargue, Frédéric Charrassin et Charles Gouhier le texte Le Plébiscite et la Libre Pensée.

Henri Place habitait Paris lorsque la guerre éclata — il appartenait alors à l’Internationale et, sur recommandation de Lafargue, Marx aurait proposé au Conseil général de lui attribuer pleins pouvoirs à Paris (12 avril 1870) — cf. Minutes..., op. cit., t. II. Il voulut s’engager, mais on refusa, parce qu’il était maladif, de l’inscrire parmi les gardes mobiles de l’Allier ; il s’engagea pourtant dans la Garde nationale et servit, durant le Siège, de secrétaire à l’officier-payeur du 138e bataillon. Il donnait des articles réguliers à la Patrie en Danger où il était chargé des « faits et nouvelles » et exprimait ses idées : « Tous ensemble, partisans de la République démocratique et sociale, nous avons réclamé l’établissement de la Commune de Paris ». Le journal cessa de paraître en décembre 1870 ; Place entra alors au Cri du Peuple de Jules Vallès Jules, comme typographe et correcteur, dit-il, mais il demeurait aussi journaliste : le 1er mars 1871, par exemple, glorifiant le soulèvement du 31 octobre, il écrivait, s’adressant au peuple de Paris : « Tu es le maître et le souverain [...]. Au nom de la patrie mutilée, sauve donc la république sociale ! Elle te rendra pour prix ta patrie entière et libre ». Il participa, le 21 janvier 1871, à la libération de Flourens ; le lendemain il prenait part à la journée révolutionnaire et était blessé — un bras cassé — place de l’Hôtel-de-Ville.

Il rendait compte à son journal des réunions du Comité central de la Garde nationale et ceci explique qu’on l’y eût nommé, le 8 mars, délégué pour les bataillons du XIe arr. Des élections au Comité central eurent lieu huit jours plus tard. Il ne se présenta pas et, par suite, ne fut pas confirmé dans ses fonctions de délégué. Le 16 mars, il se rendit à Moulins où il resta jusqu’au 29. Il revint alors à Paris et continua à collaborer au Cri du Peuple. Élu commandant du 192e bataillon fédéré. — voir Falque A. — il démissionna le 16 mai pour protester contre l’indiscipline des gardes, mais, faute de nouvelles élections, conserva son poste. Du 1er au 10 mai, il servit à Neuilly ; les 17 et 18 mai, il se trouvait au château de la Muette ; les 19, 20 et 21 à la poudrière Beethoven.

Il fut arrêté dans la nuit du 21 au 22 mai et envoyé sur le ponton La Ville de Bordeaux en rade de Brest. Le 13e conseil de guerre vit en lui le journaliste plutôt que l’officier ; un cousin par alliance, proviseur au lycée de Vanves, témoigna qu’arrêté comme otage par la Commune, il lui devait sa libération ; d’autre part, une seule condamnation l’avait frappé auparavant — 100 F d’amende le 20 novembre 1868 pour avoir servi de témoin lors d’un duel ; le 9 août 1870, il avait été traduit devant la 6e Chambre du tribunal correctionnel de Paris sous prévention d’avoir, depuis moins de trois ans à Paris, fait partie d’une association de plus de vingt personnes (l’Internationale) mais la cause avait été renvoyée. Il fut pourtant condamné, le 2 février 1872, par le 13e conseil de guerre, à la déportation dans une enceinte fortifiée et à la privation des droits civiques ; sa grâce fut refusée.

En 1878, il était classé « réfractaire », c’est-à-dire ne sollicitant pas sa grâce. On disait de lui : « Sujet animé des plus mauvais sentiments ; idées ultra-révolutionnaires, subversives et matérialistes. Mœurs mauvaises. Il déblatère constamment contre le gouvernement établi, le culte catholique, l’administration et tous ses agents... Il a été condamné à six mois de prison, dans la colonie, pour outrages à la morale publique et à la religion ». De fait sa peine ne fut remise que le 5 juin 1879 et il partit le 1er novembre par le vaisseau la Loire avec sa jeune femme Marie Cailleux — comme lui déportée, épousée à la presqu’île Ducos — et leurs deux filles (Jeanne et Henriette) ; un petit garçon, Théophile, était mort en déportation peu après sa naissance. Un fils, Marcel, naquit après leur retour (il fut tué au front en 1916). Veuf, il épousa au début de l’année 1886, à Paris XIVe arr., Adélaïde Décalogne, née du premier mariage de Jean-Baptiste Décalogne. Henri Place eut trois fils dont le dernier, prénommé Henri, naquit en 1898.

Après l’amnistie, H. Place fut, aux côtés de Vaillant et de Eudes, un des réorganisateurs du CRC, héritier de la tradition blanquiste. Selon Dommanget, H. Place, suivant Granger, s’écarta en 1889 du CRC mais il y revint en mai 1896 et il appartint à la direction du PSR, nom nouveau pris en 1898 par le CRC.

Il se présenta comme candidat du Comité central socialiste révolutionnaire aux élections municipales dans le quartier du Père-Lachaise (Paris, XXe arr.) en 1890 où il obtint 19,52 % des voix, en 1893 où il en obtint 15,8 % et en 1894 où il obtint 14,49 % puis 16,8 % des voix.

Est-ce lui qui, au congrès socialiste de Paris, salle Japy (1899) détenait les mandats de deux groupes du PSR de Doyet (Allier), le Comité socialiste révolutionnaire et la Jeunesse socialiste révolutionnaire ?

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article87731, notice PLACE Henri [PLACE Louis, Joseph, Henri dit VERLET Henry] par Jean Maitron, version mise en ligne le 25 avril 2010, dernière modification le 26 mars 2018.

Par Jean Maitron

ŒUVRE : Il collabora, de 1867 à 1870, à divers journaux républicains, socialistes, anticléricaux : le Démocrate, le Refusé, l’Excommunié (Lyon), la Libre Pensée (Paris). Dans le même sens, la Marseillaise publia un article de lui sur l’« Anticoncile » des libres penseurs à Naples (21 décembre 1869). Durant le Siège, il écrivit à la Patrie en Danger et sous la Commune au Cri du Peuple, bien que, disait-il, « je ne partageais pas les idées de Jules Vallès ».

SOURCES : Arch. Nat., BB 24/742 et BB 27 et H colonies 96. — Arch. Min. Guerre, 13e conseil. — Arch. PPo., listes d’amnistiés. — Le Rappel, La Cloche, 22 juin 1870. — Gazette des Tribunaux, 10 août 1870. — Articles de la Patrie en Danger (7 sept.-8 déc. 1870), du Cri du Peuple (22 février-23 mai 1871), de la Montagne (2-25 avril 1871). — La Comune di Parigi (G. Del Bo), op. cit. — M. Dommanget, Blanqui et l’opposition révolutionnaire, op. cit., Blanqui et la Commune, op. cit., Édouard Vaillant, Paris, 1956. — Compte rendu du congrès de Japy. — Hubert-Rouger, Les Fédérations socialistes III, op. cit., p. 199. — Minutes..., Dict., t. IV, p. 21. — Michel Offerlé, Les socialistes et Paris, 1881-1900. Des communards aux conseillers municipaux, thèse de doctorat d’État en science politique, Paris 1, 1979.

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