Né le 27 septembre 1879 à Marseille, s’est donné la mort le 28 août 1954 à Bois-Saint-Denis, commune de Reuilly (Indre) où il résidait ; fut le « dernier des grands voleurs anarchistes ».

Alexandre Jacob, retraité de la cambriole
Jean Maitron, Histoire du mouvement anarchiste en France (1880-1914), SUDEL, 1955, p. 406bis.
Le 8 mars 1905, comparaissaient devant la cour d’assises de la Somme vingt-trois cambrioleurs de la bande Jacob sous l’inculpation de vols qualifiés et de meurtre d’un agent de police. Les débats furent dominés par le principal accusé Marius Jacob. Dès la première séance ses répliques donnèrent le ton général des débats :
Le Président. — Jacob, levez-vous.
L’accusé. — Non, monsieur.
Le président. — Découvrez-vous, alors.
— Vous êtes bien couvert vous, répondit Jacob qui garda son chapeau sur la tête (D’après L’Aurore, 9 mars 1905).
Sa verve s’exerçait sur les témoins, curés et militaires, cibles de choix pour l’accusé. Il discutait avec les victimes, ironisait sur le peu de valeur des actions puisqu’il fut contraint de les brûler, faisait remarquer que tel brillant était faux, bref, mettait les rieurs de son côté. Pince-sans-rire, mais aussi convaincu ; on le vit dans la lecture qu’il fit de sa déclaration « Pourquoi j’ai cambriolé » ; il y proclamait le droit au vol puisque « ceux qui produisent tout n’ont rien et ceux qui ne produisent rien ont tout » ; il disait aussi qu’il n’a jamais considéré le vol « que comme un moyen de révolte propre à combattre le plus inique de tous les vols : la propriété individuelle » et il terminait par une profession de foi anarchiste.
Jacob fut condamné aux travaux forcés à perpétuité, ainsi que l’accusé Bour qui aurait tué l’agent ; quatorze membres de la bande furent punis de prison, de réclusion ou de bagne ; sept furent acquittés. Le jugement fut cassé ; révisé par la suite à Laon, il comporta trois nouveaux acquittements dont celui de la mère de Jacob.
Jacob partit pour le bagne en janvier 1906. Refusant toutes les injustices, il fut souvent en conflit avec l’administration et fit huit ans et onze mois de fers. En 1925, sa mère réussit à intéresser à la cause de son fils F. Million, directeur du Peuple. Une campagne s’ouvrit pour obtenir la libération de Jacob, à laquelle prirent part notamment Albert Londres, le Dr Rousseau, ancien médecin des pénitenciers, Jean Normand, un sous-agent comptable qui avait exercé aux îles du Salut, et Louis Roubaud du journal Le Quotidien. La campagne porta ses fruits ; Jacob fut libéré et put revenir en France.
Les « Souvenirs d’un demi-siècle » qu’il rédigea en 1948 retracent son itinéraire et expliquent son illégalisme. Jacob est fils d’ouvriers qui devinrent par la suite boulangers puis épiciers droguistes. Il fréquente les cours des Frères des écoles chrétiennes et, à onze ans, obtient son certificat d’études. En 1891, il embarque comme mousse pour un voyage au long cours. Des raisons de santé l’obligent à renoncer à son métier et il fait son apprentissage de typographe ; il a alors seize ans. Il fréquente régulièrement les milieux anarchistes. D’un naturel trop confiant, il est victime d’un agent provocateur qui lui procure des explosifs et le dénonce. Il est condamné à six mois de prison ; il a dix-sept ans. À sa libération, il essaie en vain de trouver du travail, la police le signale à ses patrons et il est aussitôt congédié. « Tout cela m’aigrit, me révolte », écrit-il. Dans l’impossibilité de travailler, il a l’idée d’opérer une reprise individuelle. Avec l’aide de deux complices, il se fait passer pour commissaire de police et opère une rafle au Mont de Piété de Marseille en mai 1899. Arrêté, emprisonné, il s’évade, et commence pour lui une vie d’illégaliste professionnel. Il devient chef de bande, s’entoure de collaborateurs anarchistes, se procure un outillage perfectionné, commandite une fonderie d’or et d’argent, dresse ses plans sans négliger le plus petit détail et entreprend ses opérations de reprise individuelle « chez tout parasite social : prêtre, militaire, juge, etc. », excluant de ses listes ceux qu’il juge remplir une fonction utile, « médecins, architectes, littérateurs, etc. » Il est interdit de recourir au meurtre, sauf en cas de légitime défense. Chacun des compagnons versera 10 % du butin aux œuvres de propagande — ce qui n’eut pas toujours lieu. Il parcourt la France, opère jusqu’en Belgique et en Italie. Jacob avouera 106 vols qualifiés et le montant des reprises sera évalué à 5 millions. À Abbeville, trois membres de la bande se font prendre. L’agent Pruvost qui a voulu les arrêter est tué d’une balle en plein cœur. Une souricière établie à Paris permet l’arrestation de tous les participants. Et c’est le jugement.
À sa libération fin décembre 1928, Jacob s’installa marchand ambulant en bonneterie et confection. Il perdit sa compagne en décembre 1950. Quatre ans plus tard, il se donnait la mort. Quelques jours avant de mourir il adressa ces derniers mots à ses amis : « Je vous quitte sans désespoir, le sourire aux lèvres, la paix dans le cœur. Vous êtes trop jeunes pour pouvoir apprécier le plaisir qu’il y a à partir en bonne santé, en faisant la nique à toutes les infirmités qui guettent la vieillesse. Elles sont toutes là réunies, ces salopes, prêtes à me dévorer. Bien peu pour moi. J’ai vécu, je puis mourir » (écrit le mardi 17 juillet, cité par l’Unique, nov.-déc. 1954). Et le jour de sa mort, il nota « Linge lessivé, rincé, séché, mais pas repassé. J’ai la cosse. Excusez. Vous trouverez deux litres de rosé à côté de la panetière. À votre santé ». Puis il prit sa seringue « emplie d’un produit à base de morphine » (L’Unique, sept.-oct. 1954). « Le dernier anarchiste français est mort. » (Louzon, Révolution prolétarienne, nov. 1954).

ŒUVRE : Pourquoi j’ai cambriolé, Paris 1913, 8 p. (on trouve cette brochure aux Arch. Nat. F7/12 518).

SOURCES : Jean Maitron, Histoire du Mouvement anarchiste..., op. cit. — L’Unique, 1er janvier-10 février 1951, septembre-octobre et novembre-décembre 1954 (articles de P.-V. Berthier). — Franc-Tireur, 8 septembre 1954 (article d’Alexis Danan). — A. Sergent, Un anarchiste de la Belle époque, Alexandre Jacob, Paris, 1950.

ICONOGRAPHIE : Jean Maitron, op. cit. — L’Unique, 1er janvier 1951. — A. Sergent, op. cit.
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