WIART Charles

Par Madeleine Singer

Né le 5 janvier 1915 à Fenain (Nord), mort le 31 janvier 1994 à Lambersart (Nord) ; instituteur ; secrétaire départemental du Syndical général de l’Éducation nationale (SGEN) pour le Nord (Premier degré) de 1945 à 1970.

Charles Wiart était le fils cadet d’Émile Wiart, menuisier, qui avait déjà une fille. Il fit ses études au cours complémentaire de Somain et entra en 1932 à l’École normale de Douai. Il fréquenta alors les réunions organisées par le Père Leurent à qui des normaliens avaient demandé de célébrer une messe pour eux de temps en temps le dimanche et de faire tous les mois une conférence religieuse. Ces réunions furent découvertes en novembre 1934 par le directeur de l’École normale qui interdit d’y participer. A sa sortie de l’École normale, Charles Wiart fut nommé à Auby. Les réunions avec le P. Leurent ayant repris en mars 1935, il put s’en occuper car il habitait Douai. A cette époque, il lisait Sept et en passait des exemplaires à des normaliens. Le Recteur, de passage à Douai en avril 1936, demanda au directeur de l’École normale d’enquêter sur les activités des élèves catholiques : ceux-ci déclarèrent qu’ils avaient été prévenus de l’existence de ces réunions par le P. Leurent ou par Charles Wiart. Ce dernier fut alors convoqué en juin 1936 par l’inspecteur d’Académie qui l’invita à demander son changement : il répondit qu’il partait en octobre au service militaire.

Après 18 mois en qualité d’aspirant, il revint à Auby. Invité par un ami, Jacques Fontaine, qui enseignait dans les classes primaires du lycée de Valenciennes, il assista dans cette ville à une réunion organisée par Fernand Labigne* : il adhéra aussitôt au SGEN et accepta d’être responsable pour le Premier degré. Amenée à cette réunion par une collègue qui allait épouser J. Fontaine, Augusta Becar, normalienne, lectrice de l’Aube, fit ainsi la connaissance de Charles Wiart. La guerre ayant éclaté, ils étaient fiancés quand Charles Wiart fut fait prisonnier. Il se retrouva dans le même camp que B. Vacheret* et R. Létoquart* et eurent tout le temps d’y parler du SGEN Charles Wiart ne rentra que le 22 juillet 1945 et se maria en septembre. Le ménage fut nommé à Esnes. Madame Wiart se mit en congé l’année suivante après la naissance d’un premier enfant et ne reprit un poste qu’en 1964 car cinq autres suivirent. Charles Wiart obtint en 1955 sa nomination à Lambersart, dans la banlieue de Lille, et y termina sa carrière en 1970.

Dès la Libération, il avait pris en charge la section Premier degré du Nord où il n’y avait avant-guerre, dit- il, qu’une vingtaine d’adhérents. Celle-ci qui en comptait 200 en 1948, recueillit 788 voix lors des élections à la commission administrative paritaire départementale (CAPD.). Il faudra 25 ans de travail pour qu’en 1970, le SGEN obtienne un siège dans ce département qui avait alors 14.002 inscrits et qui était, depuis la partition de la Seine, le plus peuplé de tous les départements. Charles Wiart qui partait en retraite, avait été candidat en dernière position, laissant la première place à son successeur, André Moraux.

Si l’on veut avoir une idée de l’activité déployée par Charles Wiart, il faut parcourir dans nos archives la collection des bulletins rédigés par lui pour les instituteurs SGEN de la région. Le premier numéro, daté du 9 juin 1950, était un supplément d’École et Éducation : les quatre pages ne paraissaient que deux ou trois fois par an et s’adressaient aux cinq départements de l’Académie. En septembre 1954, naquit le Bulletin de liaison des instituteurs du Nord, quatre pages ronéotypées ; sa parution, liée à l’actualité, oscillait de six à dix numéros par an. Il ne touchait que les adhérents, sauf en période électorale car l’Inspection académique fournissait alors un jeu de bandes avec les adresses des 2.200 écoles ; mais l’opération ne pouvait entre temps être renouvelée, vu le coût d’un envoi au tarif des journaux réexpédiés. C’est seulement en 1959 qu’avec le titre de l’Union départementale du Nord, Liaisons CFTC, le bulletin bénéficia du tarif de la presse et fut envoyé chaque trimestre dans les écoles au prix d’ailleurs d’un travail considérable, les bandes devant être routées et collées sur chaque exemplaire par la petite équipe que Charles Wiart réunissait.

Celui-ci avait dû auparavant rassembler la documentation car le bulletin résumait tous les textes du Bulletin officiel de l’Éducation nationale, qui pouvaient intéresser les instituteurs : traitements, sursis d’incorporation pour les inscrits en Faculté, etc. S’y ajoutaient les informations départementales : adresses des inspecteurs primaires, statistiques sur les effectifs, comptes rendus de la commission académique de carte scolaire, ainsi que des audiences accordées au SGEN par l’inspecteur d’Académie, etc. La vie syndicale y figurait également : textes débattus dans les congrès académiques, programme des réunions d’instituteurs SGEN dans les divers secteurs du département, élections, cotisations, etc. Les problèmes généraux (défense de la laïcité, campagne pour la paix en Algérie par exemple) intervenaient le cas échéant.

Se tenir ainsi au courant de toute l’activité professionnelle et interprofessionnelle n’était qu’un aspect du travail de Charles Wiart car il lui fallait en même temps assurer la défense des adhérents par des démarches à l’Inspection académique, animer les diverses réunions syndicales, préparer les audiences. Bien entendu c’est son arrivée à Lambersart en 1955 qui lui permit de jouer pleinement ce rôle car jusqu’alors il ne se rendait à Lille qu’épisodiquement ; comme il devait prendre un train à Cambrai après avoir mis son vélo en consigne, il ne pouvait effectuer un tel déplacement que le jeudi.

Or il avait en même temps des responsabilités nationales. Elu au comité national dès 1948, il y siégea comme titulaire jusque 1962, puis comme suppléant jusque 1968. Il y prit une part active, notamment lors des débats de politique scolaire. C’est à sa demande que le SGEN se préoccupa de la Ligue de l’enseignement qui avait fondé des oeuvres de loisir et de culture populaire, rassemblées dans la Confédération générale des oeuvres laïques. Une lettre de Paul Vignaux du 14 août 1948, évoquant leur conversation à ce sujet au dernier comité national, lui demandait s’il avait des « idées plus précises » sur la question, « sur la documentation et les informations à avoir ». Ceci aboutit à un rapport pour le congrès SGEN de 1949. L’étude technique des oeuvres qui gravitent autour de l’école primaire, était due à Charles Wiart ; l’exposé de l’idéologie de la Ligue était rédigée par Madeleine Singer ; enfin la conclusion qui proposait la conduite à tenir tant à l’égard des oeuvres péri et postscolaires qu’à l’égard de la Ligue, était signée par celle-ci, alors qu’elle l’avait en fait rédigée avec Charles Wiart. Mais ce dernier, candidat à un poste dans la région lilloise, ne pouvait se mettre en vedette.

Lorsqu’en 1951, le SGEN prit position contre les lois Marie et Barangé, c’est Charles Wiart qui défendit vigoureusement cette politique au congrès académique de Lille le 13 décembre 1951. Une motion qui faisait des réserves, fut soutenue par des opposants qui se recrutaient principalement parmi les instituteurs des écoles des Houillères du Pas-de-Calais, nationalisées en 1947. Le texte que Charles Wiart présenta avec le secrétaire académique, André Gounon, approuvait le bureau national d’avoir réclamé « le contrôle financier et pédagogique des établissements libres qui recevront des boursiers d’État » et d’avoir rejeté « le mandatement direct de l’allocation familiale aux associations qui gèrent les écoles primaires privées ». Cette motion fut adoptée par 62 % des voix ; la section Premier degré du Nord avait voté massivement en sa faveur : malgré la présence d’instituteurs ex-Houillères, il n’y eut parmi ses adhérents que 3 % contre et 2 % abstention.

Une fois à la retraite, Charles Wiart n’abandonna pas pour autant le travail syndical. Il remplaça auprès de la section des agents André Gounon qui venait de quitter le Nord en 1970 : comme celui-ci, il aidait le responsable de la catégorie à rédiger leur bulletin académique que lui-même ensuite ronéotypait et expédiait.

Mais c’est surtout le Premier degré qui bénéficia de son aide, car il n’était pas facile à remplacer. Sa compétence syndicale, sa connaissance des textes, son opiniâtreté à suivre et à régler les problèmes, sa capacité de travail, le temps qu’il consacrait au Syndicat, tout cela effrayait un peu ceux qui pouvaient lui succéder. Irréprochable sur le plan professionnel, il était intransigeant avec l’administration ; aussi le SGEN était-il tout à la fois craint et respecté. Finalement A. Moraux qui habitait Cambrai, accepta cette succession parce que Charles Wiart avait promis de l’aider tant pour les démarches à l’Inspection académique que pour la rédaction du bulletin « instituteur ». L’élection d’A. Moraux à la CAPD. le 3 mars 1970 lui permit d’ailleurs de prendre en charge les démarches car il bénéficia dès la rentrée suivante d’une demi-décharge de service. Mais, dit-il, c’est grâce aux précieux conseils de Charles Wiart qu’il obtint pour le Syndicat une place dans toutes les commissions issues de la CAPD. : carte scolaire, rénovation pédagogique, commission consultative spéciale pour l’enseignement privé, etc. Charles Wiart assistait aux réunions mensuelles du Premier degré à Lille, suivait tous les problèmes et, grâce à sa longue expérience, aidait ses successeurs dans les démarches délicates. Lui et A. Moraux s’écrivaient presque journellement : chacun rendait compte à l’autre des réunions auxquelles il avait assisté ou des contacts qu’il avait eus. Ils préparaient ensemble le bulletin « instituteur » et se soumettaient mutuellement leurs articles avant la rédaction définitive. Depuis le départ d’André Gounon, Charles Wiart tapait ce bulletin, procédait au tirage, puis participait à l’expédition.

Mais en 1973, il fut pris à partie au cours d’une réunion du Premier degré par un militant gauchiste qui lui déclara qu’étant retraité, il n’avait pas droit à la parole. Tout en continuant à aider son successeur, Charles Wiart cessa alors de venir aux réunions et consacra l’essentiel de son temps aux agents. Le SGEN-Premier degré dont il avait assuré le démarrage dans le Nord, allait poursuivre sa croissance puisqu’aux élections du 6 décembre 1993, il obtint deux des dix sièges de la CAPD. dans ce département.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article87627, notice WIART Charles par Madeleine Singer, version mise en ligne le 21 avril 2010, dernière modification le 21 avril 2010.

Par Madeleine Singer

SOURCES : Madeleine Singer, Le SGEN 1937-1970, Thèse Lille III, 1984, 3 vol. (Arch. dép. Nord, J1471) ; Histoire du SGEN, 1987, PUL ; « Paul Vignaux et la Ligue de l’enseignement », dans Le mouvement social, octobre-décembre 1994. — Entretiens de M. Singer avec Madame Wiart, 10 février 1995, 7 mars 1996. — Lettre d’A. Moraux à M. Singer, 12 juin 1996 (archives privées).

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