VIÉ LE SAGE Yves, Edmond

Par Madeleine Singer

Né le 31 mai 1915 à Paris (IXe arr.), mort le 15 avril 2001 à Lormont (Gironde) ; professeur de philosophie ; secrétaire du Syndicat général de l’Éducation nationale (SGEN) pour la région d’Oran de 1951 à 1961.

Yves Vié Le Sage était l’unique enfant d’Eugène Vié, médecin, et de Alice Perrin, dactylographe. En septembre 1928 il fut adopté par Blanche Augustine Le Sage. Il fit ses études à Paris, au lycée Condorcet, puis à la Sorbonne où il obtint la licence de philosophie et le diplôme d’études supérieures en 1936. Il prépara alors l’agrégation en fréquentant les cours tant de la Sorbonne que de l’École normale supérieure. Mobilisé en 1939, il fut nommé l’année suivante au Lycée de Sidi-bel-Abbès. Mais il n’y resta qu’un an car il s’engagea dans la troisième division d’infanterie algérienne rattachée en Italie à la V e armée américaine, fit la campagne d’Italie, débarqua en Provence en 1944, puis participa aux campagnes de France et d’Allemagne, ce qui lui valut la Croix de guerre 1939-45 avec étoiles d’argent, le grade de chevalier du Mérite militaire et celui de capitaine de réserve d’artillerie honoraire.

Nommé au lycée Lamoricière d’Oran en 1945, il y demeura jusqu’en 1972, à part un intermède de deux ans (1961-1963) au lycée de Louviers. Il quitta l’Algérie en 1972 et rejoignit le lycée de Trèves en Allemagne où il prit sa retraite en 1980. Il s’était marié le 30 décembre 1941 à Aïn-Témouchent (Oran, Algérie) avec Liane Jammes dont la famille était installée en Algérie depuis des générations ; il en eut trois enfants, tous nés après guerre. Quelque temps après l’arrivée du dernier en 1953, il divorça et épousa le 4 décembre 1969 à Oran, Françoise Lala qui était professeur de lettres. Celle-ci, après un an de congé, fut nommée à Oran dans un lycée algérien.

A Oran Y. Vié Le Sage eut de multiples activités. Dès 1945 il dirigea le Centre régional d’art dramatique et assura cette fonction pendant une dizaine d’années. Il fit ainsi la connaissance de Louis Jouvet venu jouer à Oran. Il en devint l’ami et le revit à Paris quelques semaines avant la mort de ce dernier, survenue le 16 août 1951. En Algérie le SGEN s’était implanté peu après la guerre car en juin 1945 le bulletin syndical signalait déjà un responsable à Alger. Y. Vié Le Sage y adhéra dès 1946 et fut vite secrétaire de la section de son lycée. Elevé dans une famille d’extrême-droite, il était devenu un « libéral », dit-il, car « il avait connu le colonialisme en Algérie ainsi que le nazisme pendant les hostilités ». En assistant à un congrès SGEN à Paris, sans doute celui de mars 1951, il fit la connaissance de Paul Vignaux. Ayant dit à celui-ci que les dirigeants SGEN à Alger prenaient le parti des « pieds- noirs », Paul Vignaux lui demanda de représenter le Syndicat dans sa région. Y. Vié Le Sage en devint ainsi le secrétaire jusqu’à son départ en 1961. Coopté par la CFTC, il fut également membre du Conseil régional de l’Oranie qui coiffait les conseils généraux des quatre départements (Oran, Tlemcen, Sidi-bel-Abbès, Mostaganem), issus de la partition en 1956 de l’ancien département d’Oran.

La guerre d’Algérie n’interrompit pas ses activités syndicales. On le retrouva en 1960 au congrès SGEN de Besançon où il figurait sur la tribune aux côtés de Paul Vignaux ; il y avait apporté l’accord de la section académique d’Alger avec les positions du bureau national en faveur d’une application loyale de la politique d’autodétermination. En effet les secrétaires académiques d’Alger ayant abandonné leur fonction les uns après les autres, la relève avait été assurée en octobre 1959 par un triumvirat de « libéraux » : Suzanne Bouveret, directrice du lycée de La Kouba, près d’Alger ; Jean-Pierre Weiss* et Jean Oliviéri*, tous deux professeurs au lycée Bugeaud à Alger. En mars 1961, Y. Vié Le Sage se trouvait également avec Jean Oliviéri en tête de liste des certifiés littéraires SGEN, lors des élections aux commissions administratives paritaires académiques.

On comprend qu’il fut victime d’un attentat au plastic organisé par l’OAS le 30 mai 1961. Une circulaire de l’OAS citait parmi ses dernières « actions » : « Vié Le Sage, rue René Bazin, professeur de philosophie. ‘Chrétien progressiste’, progressant chaque jour dans la voie de l’abandon. Par ses conférences, son enseignement, ses écrits, facilite l’entreprise de démoralisation de l’ennemi ». Cela n’empêcha pas Vié Le Sage d’assister au Congrès CFTC de juin 1961 où il fut acclamé car il apportait l’adhésion de la section académique à la politique confédérale sur l’Algérie. Après l’attentat, il était resté seul à Oran car il avait alors envoyé en France sa femme et ses trois enfants dont il avait eu la garde après son divorce.

Mais, victime d’un deuxième attentat, le 5 novembre 1961, Y. Vié le Sage fut rapatrié à la suite des démarches de Paul Vignaux et affecté au lycée de Louviers. Sous le pseudonyme de Philippe Hernandez, il publia dans France-Observateur, le 30 novembre 1961, un témoignage où il évoquait ses rencontres avec les activistes algériens ainsi que les tribulations d’un « libéral », « ce sous-homme » : après le premier attentat, un certain nombre de ses amis cessèrent de le recevoir. Après le second, il n’eut plus guère à se soucier de saluer les gens dans la rue. S’il est commerçant ou médecin, dit-il, le « libéral » voit ses clients disparaître ; s’il est enseignant, « il doit mettre un boeuf sur sa langue ». Retourné quinze jours en Algérie, à la demande de l’hebdomadaire, Y. Vié Le Sage donna, le 11 janvier 1962, un deuxième reportage où il dressait un bilan de l’emprise de l’OAS sur les pieds-noirs. On le retrouva au congrès SGEN d’avril 1962, après les accords d’Évian ; sur une photo qui m’avait été offerte par Paul Vignaux, on voit autour d’une table Vignaux avec à sa droite Suzanne Bouveret et Claude Bouret, à sa gauche Roger Poisson, en face Paul Caspard et Y. Vié Le Sage*, bref les principaux acteurs qui avaient mené la politique algérienne du SGEN.

Quand Y. Vié Le Sage revint à Oran en 1963, la section académique du SGEN s’était transformée en l’Association générale de l’enseignement public de la recherche et de la coopération technique (AGEP) car en Algérie les syndicats étrangers n’étaient pas admis, pas plus qu’au Maroc où, depuis l’indépendance, existait une association analogue pour les membres du SGEN. L’AGEP ayant déjà ses responsables, Y. Vié Le Sage n’y joua aucun rôle, pas plus qu’à Trèves où il fut simple adhérent de la section des relations culturelles du SGEN. Vice-président de l’Association des anciens combattants d’Afrique du Nord, il avait été nommé par le sultan du Maroc, officier de Ouissan Alouite, à Rabat, au cours d’un de ses nombreux voyages dans ce pays. Il était également officier des Palmes académiques.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article87623, notice VIÉ LE SAGE Yves, Edmond par Madeleine Singer, version mise en ligne le 17 janvier 2018, dernière modification le 17 janvier 2018.

Par Madeleine Singer

SOURCES : M. Singer, Histoire du SGEN, PUL, 1987. – Lettre de Suzanne Bouveret au bureau national SGEN, 23 novembre 1959. – Syndicalisme universitaire, 21 juin 1961. – Circulaire de l’OAS non datée. – Attestation du préfet d’Oran sur les deux attentats, 9 novembre 1961. – France-Observateur, 30 novembre 1961, 11 janvier 1962. – Divers documents fournis par J.P. Weiss. – Photo prise au congrès de 1962. – Lettres de Y. Vié Le Sage à M. Singer, 6 juillet 1995, août 1995, 21 janvier 1997. — État civil.

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