TOURNISSOU Henri, Jean

Par Madeleine Singer

Né le 13 août 1909 à Lyon (IIIer arr.), mort le 6 août 1999 à Caluire (Rhône) ; instituteur, puis PEGC ; secrétaire départemental du Syndicat général de l’Éducation nationale (SGEN) pour le Rhône (Premier degré) de 1945 à 1964.

Henri Tournissou était le benjamin des six enfants de Marius Tournissou, menuisier. Il fit ses études à Lyon, à l’EPS de la rue Chaponay et entra en 1925 à l’École normale de cette ville. Il exerça d’abord à l’école primaire de Saint Rombert l’Indu, puis à Villeurbanne où il devint, en 1938, professeur de CEG : il y enseigna les mathématiques jusqu’à sa retraite en 1965, sauf bien entendu pendant l’année de guerre où il fut mobilisé.

Avant la guerre de 1939-1940, il avait adhéré à l’Union nationale des membres de l’enseignement public (UNMEP) (voir Aimé Poissenot). H. Tournissou fut à l’origine des Cahiers pédagogiques publiés par l’UNMEP et rassembla pour ceux-ci des documents sur les activités dirigées.

A la Libération, l’UNMEP ne se reconstitua pas et les syndicats de fonctionnaires étaient désormais autorisés. H. Tournissou avec deux collègues, l’un du Supérieur, l’autre du Second degré, fonda le SGEN dans ce département : trésorier académique, il assuma cette charge jusqu’à sa retraite. En outre secrétaire de la section du Premier degré dans le Rhône, il garda cette responsabilité jusqu’au congrès national du SGEN à Lyon en 1964. Mais il fut encore, l’année suivante, élu à la commission administrative paritaire départementale où le SGEN eut pour la première fois un représentant. Etant à la retraite en septembre 1965, il fut alors remplacé par le suivant de la liste. Il avait été élu au comité national en 1947 et 1948 en qualité de suppléant du Secrétaire académique, puis à partir de 1949 il fut élu titulaire pour le Premier degré et siégea à ce titre jusqu’à la retraite.

Dès la Libération, il avait repris pour le compte du SGEN les travaux pédagogiques qu’il effectuait déjà avant-guerre. En 1946, il rédigea des fiches polycopiées pour les syndiqués du département car l’administration recrutait en grand nombre des suppléants et les envoyait dans des classes sans aucune formation. Il collaborait aussi à la rédaction d’École et Éducation, publiant par exemple en novembre 1945 « La réforme de l’école rurale ». En 1953, il succéda à Aimé Poissenot qui jusque-là s’occupait de la partie pédagogique du bulletin syndical. Comme le rédacteur d’École et Éducation ne trouvait plus la place d’insérer ce genre d’articles, une équipe du Rhône rassemblée par H. Tournissou travailla avec une équipe de la Loire à la publication de fiches pédagogiques auxquelles les sections départementales SGEN pouvaient abonner leurs adhérents-remplaçants. Ces fiches donnèrent naissance en septembre 1957 à une publication Chantiers-jeunes, comportant sur des feuilles séparées, des leçons de vocabulaire, des textes de récitations, l’étude de telle table de multiplication, bref tout ce qui est susceptible d’aider l’instituteur débutant. Cette publication parut de façon plus ou moins régulière car elle dépendait des articles envoyés par les collaborateurs bénévoles rassemblés par H. Tournissou. Elle disparut en 1965 avec son départ à la retraite, mais fut relayée ultérieurement par d’autres initiatives dues notamment à Roger Fromageat*.

H. Tournissou fut également un des soutiens les plus fermes de la politique SGEN sur la laïcité. En effet en 1959, la loi Debré qui octroyait des subventions à l’école privée, contenait un article selon lequel on devait prendre « toutes dispositions utiles » pour assurer l’instruction religieuse aux élèves de l’enseignement public. Le SGEN déclara alors que la présence d’aumôniers n’était pas nécessaire dans les CEG car là où il n’y avait pas d’internat, les élèves avaient les mêmes conditions de vie que les élèves des écoles primaires. Quant aux CEG avec internat, le nombre d’élèves y était trop faible pour justifier la présence d’un aumônier, d’autant plus que peu de parents réclameraient spontanément cet enseignement au-delà de la première communion. Cette circulaire du SGEN ayant été critiquée, Jean Mousel*, alors SG adjoint, révéla qu’elle avait été rédigée par le Secrétariat qui s’était entouré d’avis non suspects d’anticléricalisme, tels que celui de « Tournissou, professeur de CEG, qui avait été absolument formel pour en refuser l’entrée aux ecclésiastiques ».

Une fois à la retraite, H. Tournissou devint prêtre. Il fut d’abord curé d’une paroisse de Lyon et, à soixante-quinze ans, il devint aumônier de la clinique protestante de la ville. Ainsi il se dévoua d’une autre manière après avoir, pendant toute sa carrière, apporté au SGEN un concours précieux, notamment en fournissant aux instituteurs débutants cette aide pédagogique indispensable qui conditionne bien souvent leur adhésion syndicale. Il était officier des Palmes académiques.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article87619, notice TOURNISSOU Henri, Jean par Madeleine Singer, version mise en ligne le 21 avril 2010, dernière modification le 21 avril 2010.

Par Madeleine Singer

SOURCES : Madeleine Singer, Le SGEN 1937-1970, Thèse Lille III, 1984, 3 vol. (Arch. Dép. Nord, J 1471) ; Histoire du SGEN, 1987, PUL École et Éducation (1945-1955). Syndicalisme universitaire (1955-1965). Lettres d’H. Tournissou à M. Singer, avril 1995, février 1996 ; entretien, 7 mars 1996 (archives privées)

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