ROUXEVILLE Henri, Edouard

Par Madeleine Singer

Né le 8 août 1902 à Villemomble (Seine), mort le 7 avril 1991 à Neuilly- sur-Seine (Hauts-de-Seine) ; agrégé d’histoire ; membre du bureau national du Syndicat général de l’Éducation nationale (SGEN) de 1947 à 1958.

Henri Rouxeville, fils d’Emile et de Lucie Rouxeville, avait pour père un ingénieur-chimiste qui faisait de la recherche. Après des études au collège Sainte-Croix de Neuilly, puis au lycée Louis-le-Grand à Paris, il fit une licence d’histoire en Sorbonne et devint en 1928 professeur délégué au lycée de Cherbourg. Il se maria alors et eut deux enfants. Reçu à l’agrégation en 1930, il fut nommé au lycée de garçons de Rennes, puis en 1936 au lycée Saint-Louis à Paris où il accomplit toute sa carrière dans la classe préparatoire à Saint-Cyr. Il prit sa retraite en 1967.

Avant-guerre il avait appartenu au Syndicat national des lycées et collèges qui ne se reconstitua pas à Libération. Dès octobre 1944, il adhéra au SGEN à la suite d’une réunion organisée à la CFTC par Marcel Reinhard, professeur de « Khagne » au lycée Louis-le- Grand qui assura le nouveau départ du SGEN dont il fut le secrétaire général jusqu’à son départ à Rio-de-Janeiro en janvier 1946. H. Rouxeville le connaissait de longue date car leurs résidences parisiennes étaient voisines et leurs enfants fréquentaient les mêmes établissements. Par son choix H. Rouxeville voulait approuver « l’action sociale préconisée par la CFTC » et « équilibrer l’influence exercée par la CGT ». Comme au cours de ladite réunion, il avait évoqué l’intérêt de mesures favorables aux fonctionnaires chargés de famille, M. Reinhard en profita pour lui demander de prendre au SGEN la responsabilité d’une commission des traitements et d’assurer la liaison avec les fonctionnaires CFTC

À la tête de la commission des traitements, H. Rouxeville allait pendant dix ans assumer le poids de l’action revendicative menée par le SGEN Il donnait dans chaque bulletin syndical des informations relatives aux traitements et participait aux audiences accordées au Syndicat par les ministres successifs. Dès le 18 septembre 1945, R. Capitant, ministre de l’Éducation nationale, leur signala que le reclassement des enseignants allait être confié à une commission interministérielle. Comme les travaux de celle-ci seraient longs, la commission Abraham prépara pendant l’été 1946 l’institution de « versements d’attente » pour le personnel enseignant. H. Rouxeville y représentait le SGEN et, avec la commission des traitements du Syndicat, il élabora un projet de reclassement qu’il soumit à la commission interministérielle, dite commission Coyne, qui se réunit à partir de l’automne 1946. Rouxeville y siégeait au titre de la CFTC chaque fois que les traitements de l’Éducation nationale étaient en cause. Bien entendu nous ne nous étendrons pas sur les travaux de cette commission qui vont durer deux ans et même trois, si l’on tient compte du reclassement des quelques 900 catégories de l’Éducation nationale qui se situaient entre les catégories-pilotes figurant dans la grille générale de la fonction publique.

Or le SGEN naissant ne pouvait s’imposer par son nombre vis-à-vis des pouvoirs publics : il tirait son autorité de la compétence de ses porte-parole, notamment de H. Rouxeville. Celui-ci, élu dès 1947 avec Daniel Quénu* au Conseil fédéral des fonctionnaires CFTC, en devint aussitôt vice-président. Cette remise en ordre des rémunérations des grades et emplois de l’État qui avaient été l’objet de manipulations fragmentaires depuis le reclassement de 1930, exigeait de nombreux arbitrages entre les diverses catégories de fonctionnaires, arbitrages pour lesquels le rôle de H. Rouxeville au sein de la Fédération CFTC fut bien utile. En outre celui-ci était entré en 1946 au Bureau de la Société des agrégés, où il était responsable des traitements et indemnités. Cette fonction contribua, dit-il, à lui donner de l’autorité vis-à-vis de quelques ministres ainsi qu’auprès des directeurs généraux de la fonction publique : M. Grégoire, M. Chatenay, M. Marceaulong. Il se souvenait d’avoir un jour mentionné certaines initiatives prises dès 1924 pour le reclassement des enseignants ; quelqu’un ayant alors dit : « Si Monsieur Rouxeville dit vrai… », les représentants de la FEN protestèrent aussitôt contre le fait que l’on ait pu douter de l’exactitude de ses propos.

Jean Mousel* qui fut secrétaire du Second degré, le considère « comme le père de la grille de la fonction publique ». Vu sa « compétence exceptionnelle », dit-il, ni les autres experts syndicaux, ni les hauts fonctionnaires des Finances n’existaient en face de lui : « il leur clouait le bec avec une grâce très 18° siècle ». Les longs rapports que H. Rouxeville publiait pour chaque congrès, les souvenirs des congressistes qu’émerveillaient la rigueur et la clarté de ses exposés confirment le jugement de J. Mousel. Il est impossible d’en exposer, même brièvement, le contenu car cela reviendrait à retracer toute l’action des universitaires pour obtenir, puis défendre leur reclassement dans le climat inflationniste des années d’après-guerre. Signalons simplement que H. Rouxeville mena avec J. Mousel l’action au sein du Comité d’action universitaire (CAU) qui regroupait les syndicats du Second degré et du Supérieur : le CAU déclencha de 1951 à 1954 plusieurs grèves afin d’obtenir dans l’Éducation nationale une revalorisation des traitements destinée à compenser les avantages accordé à d’autres catégories de fonctionnaires. La lutte ne fut pas moins difficile à partir de 1956 : vu le poids économique de l’effort militaire en Algérie qui se substituait à celui de la guerre d’Indochine, le budget de l’État fut constamment en déficit.

On comprend qu’au comité national de juin 1956, H. Rouxeville ait souhaité être progressivement remplacé par un militant dégagé de tout travail professionnel d’autant plus qu’il siégeait en même temps tant au comité national depuis 1945 qu’au bureau national depuis 1947. Chargé d’une classe préparatoire où l’histoire est une matière importante, le temps lui manquait, me disait-il, pour s’occuper de ses enfants. Les événements de mai 1958 précipitèrent sa décision. Il estimait que seul le général de Gaulle était en mesure de mettre fin à la guerre d’Algérie ; aussi désaprouvait- il les critiques du SGEN et de la CFTC à l’égard de la manière dont le général avait accédé au pouvoir. En octobre 1958, H. Rouxeville céda donc à Jean Brocard* la présidence de la commission des traitements et cessa de siéger tant au bureau national qu’au comité national. Mais il assuma jusqu’en 1961 ses responsabilités de vice-président de la Fédération des fonctionnaires CFTC Il ne termina qu’en 1963 son dernier mandat de trois ans au Conseil supérieur de la fonction publique où il siégeait depuis 1948 au titre de la CFTC

Il garda également jusqu’en 1960 sa fonction de secrétaire adjoint à la Société des agrégés et redevint alors « membre ordinaire du Bureau » : il y demeura jusqu’à ce qu’en 1980 son médecin restreignit ses sorties. Mais il informa le Président de la Société qu’il continuerait à s’intéresser aux retraites ainsi qu’à l’évolution générale des rémunérations publiques. Il prépara en effet pendant plusieurs années encore les tableaux de traitement pour le Bulletin de la Société. Il était officier de l’Instruction publique, chevalier de la Légion d’honneur et officier de l’Ordre national du Mérite.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article87611, notice ROUXEVILLE Henri, Edouard par Madeleine Singer, version mise en ligne le 21 avril 2010, dernière modification le 21 avril 2010.

Par Madeleine Singer

SOURCES : M. Singer, Le SGEN 1937-1970, Thèse Lille III, 1984, 3 vol. (Arch. Dép. Nord, J 1471) ; Histoire du SGEN, 1987, PUL École et Éducation (1944-1955). Syndicalisme universitaire (1955-1963). Notice rédigée par Geneviève Zehringer, L’agrégation, aout-septembre 1991. Lettres de H. Rouxeville à M. Singer, 25 décembre 1978, 14 septembre 1979, 1 juillet 1980. Lettre de Madame Rouxeville à M. Singer, 28 février 1995. Renseignements fournis par J. Mousel à M. Singer, juin 1996 (archives privées).

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