LINA Marie-Thérèse [LINA Marie, Thérèse, dite]

Par Madeleine Singer

Née le 2 mai 1927 à Charleville (Ardennes) ; PEG Sciences ; secrétaire générale du Syndicat national des collèges d’enseignement technique (SNCET) de 1959 à 1961, elle représenta ce syndicat au bureau national du Syndicat général de l’Éducation nationale (SGEN) de 1960 à 1962, puis fut membre du comité national du SGEN de 1966 à 1972.

Marie-Thérèse Lina était la benjamine des deux enfants de René, Honoré Lina, représentant de commerce, qui était engagé « jusqu’au cou » dans les patronages et surtout dans leur activité sportive. M-T. Lina commença ses études à l’école libre Jeanne d’Arc de Charleville. En 1939 elle se réfugia d’abord avec sa mère dans leur famille à la campagne ; puis l’exode les amena à Bellac dans le Limousin : elle fréquenta l’école libre du pays et obtint le brevet élémentaire. Sa famille vivait de l’allocation de réfugié car elle avait tout perdu dans sa région d’origine, déclarée zone interdite. Pour préparer le baccalauréat, M-T. Lina travailla à droite et à gauche. Reçue en 1944 à la première partie de l’examen, elle partit à Poitiers dans un internat où elle fut à la fois surveillante et élève. Elle passa avec succès la deuxième partie en 1945 et entra alors au Bon Pasteur de cette ville en qualité d’enseignante. Elle y trouva une population scolaire particulièrement en retard car la plupart des élèves avaient été retirées à leur famille pour des raisons diverses parmi lesquelles la justice avait le plus souvent son mot à dire. Elle entama en même temps des études universitaires qu’elle abandonna peu à peu, faute de temps.

En 1948 le Bon Pasteur opta pour la tutelle complète de la Justice et non pour l’Enseignement technique. Avec quatre de ses collègues, M-T. Lina fit le choix inverse et accomplit un stage de six mois à l’ENNA, à l’issue duquel elle fut nommée PEG Sciences à Chatellerault, où l’on préparait aux métiers du secrétariat, de la comptabilité et des emplois de bureau. En 1957 un poste se découvrit au centre d’apprentissage féminin de Poitiers : elle l’obtint et fut déchargée de service de 1958 à 1961, vu ses fonctions syndicales. En 1961 pour regagner Strasbourg, elle accepta un poste dans un CET industriel (garçons) où l’on préparait des CAP de mécanique ou de soudage. Elle y resta jusqu’à ce qu’en 1964 un poste devienne vacant au CET filles, boulevard de la Victoire. On y préparait notamment les BEP sanitaires et sociaux, avec quelques sections de couture. Elle en fut titulaire jusqu’à sa retraite en 1987.

Dès son entrée au Bon Pasteur en 1945, elle avait adhéré à la CFTC, car il n’était pas question pour elle d’aller à la CGT. Si l’exemple de son père n’a pas déterminé son choix syndical, celui-ci lui a certainement légué une conception du militantisme et du bénévolat. Lectrice du Monde dès cette époque, elle se forma syndicalement sur le tas. Elle adhéra au Syndicat national des centres publics d’apprentissage (SNCPA-CFTC) dès que celui-ci se constitua en 1946. Membre de l’équipe académique du syndicat, elle participa aux batailles pour la reconnaissance de ces centres qui obtinrent leur statut en 1949, puis aux luttes pour l’obtention de la qualité de fonctionnaire qui fut acquise en 1953. Elle était alors également membre de l’équipe nationale du SNCPA ainsi que du bureau départemental CFTC de la Vienne car elle ne dissociait pas l’interprofessionnel de l’activité catégorielle : on la retrouva donc dans les congrès confédéraux.

En 1958, devenue secrétaire générale adjointe, elle quitta ses activités syndicales locales. Élue secrétaire générale au congrès de 1959, elle dut affronter de multiples problèmes. On était alors en pleine guerre d’Algérie : en 1958, un nombre important de stagiaires sortant de l’ENNA étaient affectés d’office dans les départements algériens. Le comité national avait aussitôt protesté contre ces affectations ainsi que contre le fait que les postes ainsi pourvus n’avaient pas été déclarés vacants, ce qui aurait permis à certaines candidatures de se manifester, vu les avantages qui y étaient afférents. L’année suivante, M-T. Lina transmit le 6 juillet au Premier ministre Michel Debré la protestation du secrétariat général du SNCPA, relative à de nouvelles affectations en Algérie : elle soulignait que dans ces conditions le pourcentage d’intérimaires y serait considérablement inférieur à celui de la Métropole et demandait qu’on recrutât sur place un personnel algérien. Le Lien de décembre 1959 évoquait encore les conditions difficiles d’existence de ces jeunes collègues : interruption de traitement pendant un ou deux mois, logement précaire (souvent une chambre d’hôtel sans eau), participation obligatoire à la garde territoriale, avec les risques qu’elle comportait. Bref le SNCPA intervenait inlassablement auprès de l’administration à leur sujet, leur recommandait de prendre contact avec le secrétaire général du SNCPA à Alger.

En outre, pendant ces années 1959-1961, il s’agissait d’opter ou non pour l’intégration dans le SGEN. Les discussions étaient vives car certains regrettaient le « sabordage » du SNCPA, devenu SNCET depuis qu’en 1959, les centres d’apprentissage s’appelaient collèges d’enseignement technique : ils craignaient de perdre un pouvoir d’expression et de représentation (congrès rassemblant plus d’une centaine de délégués, organe propre appelé Le Lien, etc.). D’autres redoutaient les exigences du SGEN en matière de laïcité, vu qu’après avoir condamné en 1951 les lois Marie et Barangé, ce syndicat faisait campagne contre la loi Debré (1959) qui favorisait le développement de l’enseignement privé. Mais avec les années, l’intégration dans le SGEN devenait de plus en plus logique car cela permettait de rejoindre la grande famille des enseignants ; en outre à chaque rentrée, arrivait dans les CET un personnel qui n’avait pas connu comme les anciens le temps où les CPA n’étaient pas vraiment membres à part entière de l’Éducation nationale. M-T. Lina qui, depuis 1960, représentait le SNCET au bureau national du SGEN, céda en 1961 sa place de secrétaire générale à Paul Martinet* qui avait déjà été secrétaire du syndicat de 1948 à 1955 et qui avait dès cette époque entretenu des contacts étroits avec le SGEN : c’est celui-ci qui prépara les derniers débats relatifs à l’intégration du SNCET dans le SGEN, intégration devenue effective au congrès de Marseille en avril 1962.

A Strasbourg, M-T. Lina ne reprit pas tout de suite une fonction militante car elle avait besoin de se réhabituer à l’enseignement. Puis elle s’intégra dans le bureau académique des CET où elle travailla beaucoup. En même temps qu’elle militait dans les structures interprofessionnelles, elle devint secrétaire académique adjointe pour les CET, aux côtés de Pierre Witz*. Aussi fut-elle élue en 1966 au comité national du SGEN où elle siégea jusqu’à ce qu’en 1971 elle posa sa candidature de permanent CFDT-Alsace pour la formation continue. On la retrouva au congrès SGEN d’avril 1968 où elle figura parmi les signataires de la motion présentée par le secrétaire académique de Poitiers, Louis Girard. Cette motion affirmait « la nécessité pour le syndicalisme, dans les conditions nouvelles que la société industrielle impose à son action, de réaffirmer ses buts, de repenser ses moyens, de dégager clairement son orientation ». Ce texte ne put être mis aux voix car il n’émanait pas d’un congrès académique. Mais lu à la tribune du congrès, il fut ultérieurement diffusé par le Bulletin Cadres. Il annonçait les divergences qui allaient naître quelques mois plus tard au sein du SGEN à partir des événements de Mai 1968. Toutefois au comité national de novembre 1969, M-T. Lina vota en faveur du rapport de Charles Piétri qui s’opposait aux minoritaires issus de Mai 1968 dont elle n’approuvait pas toujours les idées. A l’issue des événements de Mai 1968, le SGEN-CET avait obtenu une demi-décharge dont elle bénéficia car elle faisait au Rectorat les démarches pour les cas individuels et assurait à ce sujet la liaison avec les adhérents.

La loi du 16 juillet 1971 accorda aux salariés un droit à la formation continue. Or la CFDT mettait en avant la disproportion entre les moyens techniques et financiers du patronat et ceux des syndicats. Jacques Delors (alors conseiller pour les affaires sociales au cabinet de Chaban-Delmas) qui avait inspiré cette loi, favorisa la mise en place, pour les confédérations, de décharges qui étaient un moyen de réduire cette disproportion. Celles-ci, instaurées peu après la rentrée scolaire de 1971, devaient servir à populariser ce nouveau droit, à donner aux sections d’entreprise une formation relative à cette loi, aux décrets d’application, au nouveau rôle du comité d’entreprise. La CFDT ayant obtenu trois décharges, l’une d’elles fut partagée entre les régions Nord-Pas-de-Calais, et l’Alsace : la première demi-décharge échut à Albert Jolibois auquel succéda Jean-Pierre Lubet ; pour l’Alsace, ce fut M-T. Lina dont la demi-décharge se transforma en décharge complète par addition à celle qui reconnaissait son travail au SGEN. M-T. Lina appartint ainsi au groupe de travail confédéral qui était dirigé par Michel Rolant, membre de la commission exécutive, et par Raymond Lebescond, secrétaire confédéral chargé de la formation syndicale, directeur de l’Institut de Bierville. Ce groupe devait préparer les travaux du bureau national confédéral sur les sujets de formation scolaire (premier et deuxième degré), professionnelle (enseignement technique), universitaire ainsi que sur les problèmes de l’entreprise (apprentissage, formation continue). Jusqu’en 1981 elle fut spécialement chargée de l’apprentissage avec Jules Béneton*. Ensemble ils rédigèrent le dossier « Apprentissage » ainsi que la plaquette Apprenti connais tes droits.

Sur place elle avait une multitude de mandats dans les structures préfectorale et régionale, dans celles des directions régionale et départementale du ministère du travail, dans les commissions Patronat-Syndicats auprès de la chambre patronale, dans les Chambres de commerce, dans les structures paritaires de formation continue (Fonds d’assurance-formation, gestion des fonds des congés individuels de formation, etc.), ainsi que dans les structures de formation de l’Éducation nationale (GRETA, DAFCO), dans les conseils de gestion des établissements universitaires, techniques, etc.

Aussi en 1984, elle demanda à bénéficier du régime de cessation progressive d’activité : elle ne travailla plus qu’à mi-temps pour l’interprofessionnel et partagea tous ses mandats avec une militante qui prit l’autre moitié de la décharge. Selon la règle, elle prit sa retraite le 2 mai 1987, mais en gardant quelques-uns de ses mandats dont elle se défit peu à peu. En 1997 elle était toujours membre de la section « retraité » du SGEN et prenait un repos bien mérité après tant d’années d’intense activité.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article87521, notice LINA Marie-Thérèse [LINA Marie, Thérèse, dite] par Madeleine Singer, version mise en ligne le 16 avril 2010, dernière modification le 16 avril 2010.

Par Madeleine Singer

SOURCES : M. Singer, Histoire du SGEN, 1987, Presses Universitaire de Lille. — Syndicalisme universitaire (1962-1970). — Lettre de Maurice Rémy (avec les textes du Lien 1958-1959) à M. Singer, 11 août 1997. — Lettre de A. Jolibois à M. Singer, 7 septembre 1997. — Lettre de J.P. Lubet à M. Singer, 7 juillet 1997. — Lettres de M-T. Lina à M. Singer, 12 mai 1995, 23 juin 1997, 4 octobre 1997 (archives privées).

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