GOURLET Apolline de

Par Jacques Éloy

Née le 13 septembre 1866 à Beaurieux (Aisne), morte le 29 mars 1952 au manoir du Ris à Kerlaz (Finistère) ; chrétienne, militante associative ; une des grandes figures de l’Action sociale, à son origine et jusque dans l’après Seconde Guerre mondiale.

Fille aînée du Marquis de Gourlet inspecteur des Palais nationaux et de Rose Anot de Maizière, elle avait résidé durant sa jeunesse à l’Élysée où son père exerçait ses fonctions. De la sorte, elle y fit la connaissance de personnalités politiques et sociales de premier plan. Elle s’était notamment liée d’amitié avec Lucie, la fille aînée du Président de la République Félix Faure. Elles ont tenu ensemble, à sa demande, le courrier et le budget social du Président et, pour mieux administrer les aides sollicitées, elles ont créé en 1895 un fichier de suivi et d’orientation, le « fichier de l’Élysée » qui devint le plus renseigné de Paris. Avec elle encore, à partir d’un projet formulé par Henri Rollet, un avocat catholique engagé auprès de l’enfance malheureuse et futur juge au tribunal des enfants, elle créa la même année, en 1895, la Ligue fraternelle des enfants de France dont elle assurera la présidente à la suite de Lucie Félix Faure lorsque celle-ci se maria en 1903 avec Georges Goyau.

Désormais, la « vocation sociale » d’Apolline de Gourlet, restée célibataire, teintée de sillonnisme, ne se cessera plus de se déployer, associant travail effectif de terrain, création et administration de nouvelles œuvres sociales, actions de formation, publication de nombreux articles et ouvrages décrivant les actions conduites et formulant les principes et les méthodes d’une action sociale dont elle estimait que la société française avait besoin pour se pacifier et se développer.

En 1896, dans la zone délaissée de Clichy-Levallois, elle a pris l’initiative de venir en aide aux enfants de chiffonniers dont aucun organisme ne voulait. En 1897, elle débuta une coopération avec Mercédès le Fer de la Motte et la baronne André Pierrard partageant avec elles des convictions spirituelles et sociales convergentes. Ensembles, elles initièrent une doctrine et un système d’action sociale en rupture avec les pratiques charitables de l’époque. Ayant repris en main en 1900 l’œuvre sociale de Popincourt que Marie Gahéry avait créée en 1896 avec l’appui du marquis et de la marquise Costa de Beauregard, elles en firent le prototype des « maisons sociales » qu’elles multiplieront en quelques années dans les quartiers populaires de Paris et de sa banlieue. Secrétaire de l’association, Apolline de Gourlet propagea en 1904 et 1905 les buts et les méthodes des « résidentes sociales » dans les quartiers populaires en rédigeant trois contributions publiées dans les « brochures jaunes » de l’Action populaire et dans les Annales du Musée social. L’année suivante, elle proposa un sens apostolique à l’engagement des « résidentes sociales » en publiant une étude historique consacrée aux vierges chrétiennes, des « vierges mêlées à tous les milieux, agissant sur le monde en vivant près de lui ».

Les maisons sociales ayant dû fermer leurs portes en 1909 à la suite d’une cabale orchestrée par les parents de deux jeunes résidentes (Marie-Jeanne Bassot et Mathilde Girault), Apolline de Gourlet, tout en soutenant la résurgence progressive de nouvelles maisons sociales, apporta son concours aux Œuvres du « Moulin-Vert » de l’Abbé Viollet qui étaient proches, dans leur esprit, des buts de la « Maison sociale ». Elle s’investit tout à la fois sur le terrain et dans la diffusion des nouvelles pratiques sociales. Le XXe arrondissement de Paris devint son terrain d’action durant des décennies. À Belleville, elle visita les familles ouvrières et organisa une section de l’Amélioration du logement ouvrier comprenant notamment une « Caisse des loyers ». Après la guerre de 1914-1918, elle initia une Union des Œuvres du XXe arrondissement dont elle sera la Présidente jusqu’en 1943. Simultanément, elle collabora aux revues publiées par les Œuvres du Moulin-Vert, notamment l’Assistance éducative et le Service social Familial et en est devenue la rédactrice en chef (1918-1939).

Pendant la guerre de 1914-1918, Apolline de Gourlet assura un service temporaire dans deux hôpitaux de la S.B.M. Et surtout, avec Mme Moreau de la Meuse, elle constitua, dès 1915, le Secrétariat français des villages libérés, qui entra aussitôt en rapport avec des groupes de réfugiés, appuyant leurs démarches, rassemblant les dons, et coordonnant les préparatifs du retour au village. Dès 1916, douze équipes fonctionnaient de la sorte dans les départements du Nord, de l’Oise, de l’Aisne, de la Marne, des Ardennes, de la Meuse et de la Meurthe et Moselle. Cette action se prolongea jusqu’en 1926.

Lorsqu’en 1920 à Levallois-Perret, Marie-Jeanne Bassot constitua la Résidence sociale en association déclarée, Apolline de Gourlet apportera, en tant qu’administratrice, son expérience de la « Maison sociale » et sa notoriété. Avec Marie-Jeanne Bassot encore, elle institua en 1922 la Fédération des centres sociaux de France dont elle assuma la présidence jusqu’en décembre 1945. À ce titre, elle participa aux Congrès internationaux des Settlements dont le premier eut lieu en juillet 1922 à Londres et le second à Paris en juillet 1926.

L’influence d’Apolline de Gourlet sur le devenir de l’action sociale s’est accentuée encore lorsqu’elle a estimé, avec Marie Diémer, que l’assistance sociale devait s’appuyer sur de réelles compétences. Toutes deux créèrent en 1919 avec l’abbé Viollet, l’une des premières écoles de travail social, « Pro Gallia, école d’action sociale » qui deviendra en 1929 l’Ecole d’action sociale de Levallois-Perret et qui fonctionnera jusqu’en 1957. Cette initiative se fera en concertation avec les écoles de formation spécialisée préexistantes, l’objectif propre de « Pro Gallia » étant d’apporter la formation générale nécessaire pour exercer avec pertinence les métiers sociaux. Dans cette perspective, Apolline de Gourlet participera à la constitution du Comité d’entente des écoles de travail social et y siègera durablement. De même, soucieuse de coopérations interprofessionnelles, elle est de celles qui constituèrent en 1922, l’Association des travailleuses sociales dont l’objectif est de créer un lien entre toutes les travailleuses sociales et de constituer un centre d’études où seront recueillis tous les perfectionnements techniques qui concernent le travail social. Elle a été aussi une formatrice très appréciée pour sa culture et pour ses apports méthodologiques notamment en matière d’analyse des milieux sociaux sous forme de monographies. Elle prolongera sa contribution au développement de la formation professionnelle des travailleurs sociaux en publiant en 1946 un ouvrage intitulé La formation des assistantes sociales.

Plusieurs titres honorifiques et fonctions officielles soulignèrent la portée de son action : Chevalier de la Légion d’Honneur, Médaille d’argent de l’Assistance publique, Membre du Conseil supérieur de l’Assistance publique, Membre du Comité français de service social.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article87414, notice GOURLET Apolline de par Jacques Éloy, version mise en ligne le 9 avril 2010, dernière modification le 26 mars 2014.

Par Jacques Éloy

ŒUVRE : Colonies sociales. La résidence laïque dans les quartiers populaires, L’Action populaire, 2e série, n° 37, s.d. (sans doute mai 1904), 34 p. — La Maison sociale, ce qu’elle fait à Montmartre, à Ménilmontant, à Montrouge, à Bolbec, L’Action populaire, 1er série, n° 7, s.d. (sans doute en 1905), 34 p. — L’Apprentissage, Conférence de la Société d’action pratique pour l’amélioration de la condition morale et matérielle de la femme, E. Vitte, 1905, 14 p. — "La Maison sociale", Le Musée social, Annales, septembre 1905, pp. 322-326. — Les Vierges chrétiennes, étude historique, Paris, Librairie Bloud et Cie éditeurs, collection Science et religion. Études pour le temps présent, 1906, 63 p. — "Un précurseur philosophique : André-Marie Ampère", Revue d’histoire littéraire de la France, 1906. — Hermann de Cologne, récit de ma conversion, Introduction et notes d’Apolline de Gourlet, Bloud et Cie, Science et Religion, 1912, 64 p. — "Lucie Félix-Faure-Goyau", Revue des Jeunes, n° 12-13e année, 25 juin 1923, pp.628-646. — Le bienheureux Nicolas de Flüe, Marseille, Éditions Publiroc, 1929, 246 p. — La formation des assistantes sociales, préface de Robert Garric, Paris, Les éditions sociales françaises, 1946, 117 p. — Cinquante ans de Service social. Livre de raison du Service Social Français, préface de Raoul Dautry, Paris, Les éditions sociales françaises, 1947, 87 p. — De nombreux articles, notamment dans la revue L’Assistance éducative.

SOURCES : Arch. Dép. Val-de-Marne, fonds FCSF — Arch. Dép. Hauts-de-Seine, fonds Résidence sociale de Levallois-Perret — Henri Rollet, L’Action sociale des Catholiques en France. 1871-1914, tome second, 1 vol., 406 p., Paris, Desclée de Brouwer, 1958, 404 p. — R.H. Guerrand, M.A. Rupp, Brève histoire du service social en France 1896-1976, Toulouse, Privat, 1978, 185 p. — Sylvie Fayet-Scribe, La Résidence sociale de Levallois-Perret (1896-1936). La naissance des centres sociaux en France, Toulouse, Éditions Erès, 1990, 178 p.

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