HAUCK Henry, Pierre, Louis, Léopold

Par Gilles Morin

Né le 25 février 1902 à Neuilly-sur-Seine (Seine), mort le 13 octobre 1967 à Genève (Suisse) ; enseignant puis conseiller d’État et diplomate ; militant socialiste et syndicaliste en Seine-et-Marne, dans la Marne et dans la Seine ; membre de la CAP de la SFIO (1930-1933) ; membre du conseil central puis secrétaire administratif du PSDF (1933-1935) ; syndicaliste et socialiste Résistant, directeur du travail de la France Libre ; représentant de la France au BIT.

Fils d’un employé dans une compagnie d’assurances, Henry (souvent écrit Henri) Hauck fit des études secondaires (baccalauréat en 1919, puis classe de Première supérieure au lycée Lakanal à Sceaux) et supérieures qui le conduisirent à la licence ès lettres (à la Sorbonne en 1920), au diplôme d’études supérieures d’histoire et de géographie (sous la direction d’Alphonse Aulard en 1921) et à une carrière enseignante. Maître d’internat au lycée Pasteur à Neuilly en 1922-1923, il fut boursier en politique internationale à l’Université Aberystwyth au Pays de Galles en 1924. Professeur aux collèges de Sainte Menehould (Marne) en 1924-1925, puis de Coulommiers (Seine-et-Marne) en 1925, il effectua son service militaire en 1926. Pendant cette période, il publia un article dans Annales de Géographie sur la Révolution dans les Vosges.

Il milita au sein du Parti socialiste SFIO auquel il adhéra en 1924. Syndicaliste affilié à la CGT, il était par ailleurs membre actif de la Ligue des droits de l’homme et de la Ligue de l’Enseignement. Il prononça une conférence en mai 1925 à Châlons-sur-Marne sur le sens du 1er mai. Secrétaire de la section SFIO de Coulommiers en 1926, il y fonda une section de la Ligue des droits de l’Homme (LDH). Cette même année, il fut élu membre du comité fédéral de la Fédération de l’Enseignement des second et troisième degrés fondée par Zoretti. Avec Gayte et Tourneur, il y représenta le collège de garçons de Coulommiers. Collaborateur du Travail de Seine-et-Marne, il fut candidat SFIO aux élections municipales de Coulommiers en mai 1929 mais n’obtint que 395 voix sur 1 485 votants ; il se désista pour la liste républicaine. Il fut, en 1931, candidat au conseil d’arrondissement, puis à une élection cantonale partielle à Coulommiers.

Hauck connut une rapide ascension aux responsabilités dans la SFIO. Ferme partisan de l’entente des gauches, de la discipline républicaine et d’une participation ministérielle conditionnée des socialistes, il était un des fidèles de Renaudel, et collaborateur de la revue de tendance La Vie socialiste, dont il fut durant plusieurs années, le secrétaire de rédaction. Il collaborait aussi au Populaire. En 1926, il fut désigné pour siéger à la commission d’études coloniales du parti. Au congrès national de la SFIO à Nancy (1929), consacré au problème scolaire, délégué de la Fédération de Seine-et-Marne, il défendit le projet de nationalisation de l’enseignement du Syndicat national des instituteurs et de la CGT, qu’il opposait à la fois à la " liberté de l’enseignement " et au " monopole ". En août 1929, il fut désigné par la Fédération SFIO de Seine-et-Marne comme délégué suppléant aux conseils nationaux et, en novembre suivant, il était nommé délégué à la propagande de la Fédération.

Le 31 juillet 1930, H. Hauck épousa à Londres Miss Mabel Williams.

En janvier 1930, les participationnistes de la Marne conduits par Hauck et Édouard Racine furent battus au congrès fédéral par les militants de la Bataille socialiste, dont son collègue Gayte, et perdirent tous leurs sièges à la direction fédérale, Hauck restant délégué à la propagande toutefois. Son action se fixa alors dans la Marne, puis dans la Seine où il occupa des fonctions de bibliothécaire au Musée pédagogique. Depuis le congrès de Bordeaux (1930), représentant de La Vie socialiste, il siégeait comme membre suppléant de la CAP, puis titulaire. Élu à 28 ans, alors que l’âge médian était de 54 ans, il était de loin le plus jeune membre de la direction nationale du parti et devint en 1932, secrétaire national de la sous-commission des archives.

Aux élections législatives de mai 1932, Hauck fut candidat socialiste dans l’arrondissement de Vitry-le-François (Marne) ; il ne recueillit que 1 938 voix sur 11 800 inscrits et 10 290 votants, devant Roger Bourgine, communiste, 167, mais derrière Raymond Férin, député sortant radical-socialiste, 4 640 et Émile Laurent, ancien député, républicain de gauche, 3 355. Hauck se désista au bénéfice de Férin qui fut réélu. Cet effacement était tout à fait conforme à ses convictions.

Hauck représentait aux congrès nationaux à partir de 1932, la fédération de la Marne, celle de Marcel Déat. Au nom de celle-ci, au congrès national de Paris de mai 1932, il défendit la motion participationniste. L’année suivante, en juillet 1933, il intervint à plusieurs reprises. Tout d’abord pour exiger de connaître les traitements des « fonctionnaires » du parti et de son quotidien, puis pour mettre en cause le compte-rendu des débats par Le Populaire ; enfin et surtout, il fut rapporteur de la motion minoritaire de La Vie Socialiste.

Au conseil national des 4 et 5 novembre 1933, lorsque fut prononcée l’exclusion des orateurs dits " néo-socialistes " d’une grande réunion publique tenue à Angoulême, Hauck déclara se solidariser avec eux, quitta la salle, et par la suite adhéra au Parti socialiste de France créé par les exclus et les dissidents. Élu au Conseil central du Parti socialiste de France en mai 1934, comme secrétaire administratif, il était responsable de la commission propagande de la fédération néo de la Seine en novembre 1934. Il appartint ensuite au bureau exécutif de l’Union socialiste républicaine, après la fusion avec d’autres groupes minoritaires situés entre la SFIO et le Parti radical. Mais, Hauck se détacha de ce mouvement dès 1935, après avoir critiqué fortement les positions pacifistes de Déat sur l’Éthiopie, soutenant le recours à la SDN. Attaché à la démocratie, au régime parlementaire et au socialisme, après la mort de Renaudel, réformiste et patriote comme l’était son ami, il ne suivit pas Déat et Marquet dans le développement de leurs thèses. Au lendemain des élections de 1936, il revint à la SFIO en s’efforçant d’y ramener beaucoup de ceux qui avaient suivi le même itinéraire que lui.

Hauck, franc-maçon, jouait un rôle très important dans les milieux laïques. Secrétaire général de la fédération laïque de la Seine de la Ligue de l’Enseignement depuis 1938, celle-ci fonda, en mars 1938, un cercle d’études et d’actions laïques, présidé par Hauck. Au congrès de la Ligue de 1938, qui étudiait la question des loisirs, il présenta un rapport sur ceux-ci en Grande-Bretagne. Ses deux activités, ligueuses et politiques, s’interpénétraient. Il intervient en mai 1939 au congrès de Nantes de la SFIO, au nom de la fédération de Seine, dans le débat sur la laïcité. Il appelait ses camarades au combat laïque et à renforcer l’action de la Ligue de l’Enseignement. La motion de défense laïque fut adoptée à l’unanimité par le congrès, ce dont le félicita publiquement Claude Bellanger Claude Bellanger dans L’Action laïque.

Et, face à la montée des périls, à la SFIO, Hauck appuya, contre les pacifistes du parti, les positions de Léon Blum. L’ancien secrétaire de La Vie socialiste signa même un tract après les accords de Munich avec les responsables de la Bataille Socialiste, contre la politique extérieure de Daladier, intitulé “Contre le fascisme international. Pour la liberté. Pour le socialisme”. Il fut signataire de la motion Blum-Zyromsky au congrès fédéral de 1939. Mobilisé en septembre 1939, le 22 octobre suivant, il écrivit à Jean Zyromski : « Si nous voulons reconquérir et regrouper, soit au lendemain de la guerre, soit même dès maintenant dans la mesure du possible, ces masses dispersées et démoralisées, ce n’est pas en faisant du défaitisme sans courage qu’on y réussira. Il faut dès à présent, en évitant de recommencer les erreurs " minoritaires " de l’autre guerre, éviter par là même un nouveau 16 novembre 1919, qui serait singulièrement plus grave que le précédent. C’est à vous, c’est à ceux qui sont restés et qui ont plus que nous autres le loisir de réfléchir à tout cela, de préparer des lendemains utiles, et d’empêcher le mouvement ouvrier de se laisser gagner par la lâcheté et par la peur. » Dans une lettre du 8 novembre, il ajoutait : " Il faut surtout ne pas laisser les Munichois passer à l’offensive, et ne cesser de répéter que c’est nous qui avions vu clair ».

Angliciste confirmé, époux d’une anglaise, Hauck fut nommé en mai 1940 attaché du travail à l’Ambassade de France à Londres et il représenta en même temps la CGT auprès des Trade-unions britanniques. Il était donc à Londres au moment de la défaite et il se mit au service du général de Gaulle dès le 19 juin 1940. Le jour même, ce dernier informait les autorités britanniques (Bevin, Citrine, Gillies, Attlee, Hugh Dalton) que Hauck, attaché du travail à l’Ambassade de France avait été intégré dans ses propres services en qualité de Conseiller du Travail, leur demandant de lui “réserver bon accueil”. Il fut désigné, en novembre 1940, par de Gaulle pour le représenter auprès du Bureau international du Travail transféré à New-York. Pendant toute la guerre, il resta responsable de ce secteur, s’exprimant régulièrement à la radio anglaise en direction de la classe ouvrière française. Il fut nommé directeur du travail au commissariat à l’Intérieur, au travail et à l’information (décret du 25 septembre 1941, publié au JO du 14 octobre).

Français Libre, Hauck se montra pourtant longtemps réticent vis-à-vis du général de Gaulle, « tourmenté » selon certains témoignages. Cofondateur du Groupe Jean-Jaurès à Londres, auquel appartenait aussi sa femme Mabel, il ne rompit pas avec ses camarades antigaullistes, comme Louis Lévy et les Gombault, mais n’en était pas moins considéré avec suspicion par ceux-ci. Au sein de la France Libre, avec Georges Boris et Yvon Morandat, il était également isolé, alors qu’il exhortait ses chefs à se tourner vers les ouvriers et les syndicats. Sous l’égide du Centre syndical français en Grande-Bretagne, en décembre 1942, il rédigea avec Vangrelinghe un Projet de constitution, première ébauche d’une école d’administration. Sa stratégie, comme celle de Boris consistait à se battre pour infléchir la France Libre et pour obtenir sa « démocratisation ». Il devint ainsi, avec l’amiral Muselier, la cible privilégiée de ceux qui désiraient que le mouvement gaulliste reste apolitique, dans une France libre qui était alors largement dominée par des éléments militaires dont certains venaient de l’extrême droite et où la majorité rejetait les références républicaines. Il se heurta à ce qu’il estimait être de l’hostilité du BCRA et dénonça dans un courrier au général de Gaulle daté du 12 mars 1942 les méthodes, de Passy et de Diethlem, qu’il accusait de ne pas vouloir travailler avec les organisations ouvrières en France et de poursuivre une politique réactionnaire. Mais, ce même mois, Christian Pineau, syndicaliste de Libération-Nord, arrivé de France, obtint, avec l’appui de Hauck et d’Adrien Tixier, du général de Gaulle une déclaration solennelle aux mouvements de Résistance intérieure faisant référence à la République et admettant que le but de la France Libre c’est « la libération au sens complet du terme, c’est-à-dire celle de l’homme aussi bien que celle de la patrie ». Hauck, enfin rassuré sur ce point, s’inquiéta ensuite, dans l’été 1942, du rapprochement avec le Parti communiste et avec Moscou et il posait sans ambages une question décisive : « Après la guerre qui aura prise sur l’autre, De Gaulle, gonflé par les communistes ou les communistes gonflés par De Gaulle ? ».

Le laïque Henry Hauck participa aussi aux débats de la France Libre sur la question scolaire. Celle-ci était, selon Jean-François Murracciole, considérée par la majorité des résistants comme un des principaux ferments de division qui avaient conduit le pays au désastre et la question de l’unité était alors posée. La Commission Cathala, nommée par René Cassin à Londres, en juillet 1942, devait y réfléchir. La Note sur les principes fondamentaux de la réforme de l’enseignement présentée le 2 octobre 1942 par Henry Hauck, Neurohr et Schumann (catholiques), et Schaeffer (protestant), proposait de fusionner les écoles publiques et libres en les regroupant dans une structure rendue autonome et indépendante de l’Etat, gérée par un organisme tripartite. En dehors des heures d’enseignement obligatoire, l’enseignement religieux pourrait être donné dans les locaux scolaires. Mais les rédacteurs de la Note étaient divisés. Henry Hauck précisait que le projet répondait à une vieille revendication des syndicats enseignants qui concevaient l’unification comme une nationalisation. Régulièrement, il prit position en faveur d’une démocratisation du système d’enseignement. D’autre part, il participa aux travaux de la commission de réforme de l’Etat.

Le virage démocratique de la France Libre, selon l’expression de Jean-Louis Crémieux-Brilhac se traduisit par un renforcement de l’influence de Hauck. Après l’installation des gaullistes à Alger, il fut nommé directeur des relations avec les organisations professionnelles de travailleurs et d’employeurs du Commissariat aux Affaires sociales à Alger, dirigé par Tixier, le 1er août 1943. Puis, par décret du 5 juillet 1944, il fut nommé directeur de la mission du commissariat aux Affaires sociales de Londres, et il avait en outre délégation de signatures pour la nomination du personnel des agents de service du GPRF. Il fut désigné, par arrêté de René Capitant, pour siéger à la commission de réforme de l’enseignement qui fonctionna à Alger du 8 mars au 28 juillet 1944.

Hauck participa, après la Libération de l’Afrique du Nord et la reconstitution de fédérations socialistes au 1er comité interfédéral socialiste, réuni à Alger, le 12 mars 1944 et fut nommé rapporteur des travaux du congrès et directeur administratif de son hebdomadaire Fraternité.

Après la Libération de la France, Hauck reprit ses activités professionnelles – il fut directeur des relations professionnelles et des questions sociales au ministère du Travail de l’automne 1944 à 1947 — et politiques. Il joua un rôle dans la vie politique de la fédération de la Seine et dans celle du parti, tant que celui-ci fut sous la direction de Daniel Mayer. Il était ainsi membre du bureau fédéral de la Seine et délégué aux Jeunesses en novembre 1944. Délégué au congrès national de 1945, il intervint sur la réforme des statuts du parti et sur les relations du parti et des syndicats. Il contribua aussi à la renaissance de la Ligue de l’Enseignement, participant à la première séance du bureau provisoire de réorganisation de la Ligue, le 2 octobre 1944.

En 1947, Hauck reprit la fonction de conseiller du travail à Londres et cessa, semble-t-il, d’exercer une action politique. Nommé représentant de la France au Bureau international du travail (BIT), en 1955, il siégea au comité social de l’Organisation du traité de Bruxelles et, en 1955 au comité social de l’UEO. Il fut enfin ministre plénipotentiaire en 1956, représentant de la France à l’ONU, puis lors des débuts de la Ve République, fut nommé conseiller d’État en service extraordinaire le 26 décembre 1966.

Hauck fut inhumé dans le cimetière Saint-Georges à Genève.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article87317, notice HAUCK Henry, Pierre, Louis, Léopold par Gilles Morin, version mise en ligne le 11 juillet 2010, dernière modification le 25 juillet 2018.

Par Gilles Morin

ŒUVRE : Outre sa collaboration à La Vie socialiste et au Populaire, Henri Hauck a rédigé au moins deux brochures : Hauck Henri Eicher W. G., Towards european unity, French-German relations, London, 1942, 22 p. — Hauck Henri, Histoire du socialisme. Conférence du 19 décembre 1944, École du propagandiste, cours n° 1, Fédération socialiste de la Seine, 1945, 16 p.

SOURCES : Arch. Nat., AJ 16 6019, F7/13085, rapport de décembre 1931 ; Introduction à l’inventaire F/22/2025 à 2055 ; 3/AG/1/269 ; CAC, 20010216/93/2707/277 ; CAC, 20010216/93/2707. — Arch. J. Zyromski (CRHMSS), BI (5), feuillets 10-11 et 17-18. — Arch. Seine-et-Marne, série M, listes électorales. — Arch. PPo. BA2, 1956. — Le Travail de Seine-et-Marne, 1926-1931, passim. — Le Populaire, 17 octobre 1931. — Caricature dans, Le Travail, n° spécial de novembre 1930. — L’Action laïque, n° 66, juin 1939. — Bulletin hebdomadaire fédéral de la Seine, 12 novembre 1944. — La Vie socialiste, passim, notamment 30 octobre 1926, 14 mai et 17 septembre 1932. — P. Gerbod, Le Mouvement Social, n° 55, avril-juin 1966. — J-F Muracciole, Les enfants de la défaite. La Résistance, l’éducation et la culture, Paris, Presses de sciences po, 1998 . — Le Monde, 15 et 16 octobre 1967. — Notice du Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français de Paulette Cavailler et Justinien Raymond. – Notes de Jacques Girault.

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