ISABET Jacques, Emmanuel

Par Paul Boulland

Né le 10 juillet 1939 à Paris (XVIIIe arr.) ; ajusteur mécanicien RATP ; membre du secrétariat de la fédération PCF de Seine-Saint-Denis (1966-1973), collaborateur du comité central du PCF ; maire adjoint (1968-1977) puis maire (1977-2001) de Pantin (Seine-Saint-Denis), conseiller général de Seine-Saint-Denis (1979-1985).

Les parents de Jacques Isabet, commerçants à Drancy (Seine, Seine-Saint-Denis), eurent sept enfants. Jacques Isabet les décrivait comme sympathisants communistes en 1962. Sa sœur, Simone Isabet, fut conseillère municipale de Drancy. Titulaire du certificat d’études primaires, Jacques Isabet entra à l’école de la RATP où il obtint un CAP d’ajusteur. À l’issue de sa formation, il entra à la RATP comme mécanicien et fut affecté à Pantin, au dépôt de Flandres où travaillait également Fernand Lainat*. En 1956, il entra aux Jeunesses communistes où il fut trésorier et secrétaire de cercle. Il adhéra ensuite à la CGT en 1957 et au PCF l’année suivante, à Pantin. Appelé pour le service militaire en août 1959, il servit jusqu’en octobre 1961 et obtint le grade de caporal-chef.

Jacques Isabet siégea à la commission exécutive du syndicat RATP de Pantin jusqu’en 1966 et à la commission exécutive de l’Union locale CGT au début des années 1960. Il fut également secrétaire d’une cellule d’entreprise au dépôt de Flandres. Après avoir suivi une école de formation de la fédération communiste de Seine-Nord-Est [Seine-Saint-Denis] il devint, en juin 1962, secrétaire de la section de Pantin et intégra directement le bureau de la fédération. Après la décentralisation de la section au cours de l’année 1963, il devint secrétaire de la section Pantin-Bas. Il participa la même année à l’école centrale d’un mois du PCF et suivit l’école centrale de quatre mois entre mars et juillet 1965. Il s’y affirma comme un « bon élément », « animé d’un grand esprit de responsabilité » et défendant ses idées avec intensité.

Lors de la formation de la fédération de Seine-Saint-Denis, en 1966, Jacques Isabet intégra son secrétariat et devint alors permanent. Lors de sa réunion du 25 avril 1967, le secrétariat du comité central du PCF le désigna pour suivre les cours de l’École supérieure des sciences sociales du PCUS à Moscou. Depuis 1962, la direction du PCF avait accepté d’envoyer des cadres français pour suivre cette formation en URSS. Jacques Isabet y séjourna durant un an, jusqu’à l’été 1968, et vécut sur place les événements de Tchécoslovaquie. De retour en France, Jacques Isabet retrouva ses fonctions au secrétariat fédéral de Seine-Saint-Denis qu’il conserva jusqu’en 1973. Il y fut responsable de l’administration de la fédération et de la vie des sections, puis de la jeunesse et enfin du travail en direction des enseignants et des intellectuels. Toujours chargé de suivre l’activité du parti à Pantin, il devint secrétaire du comité de ville. À l’occasion du XXe congrès (Saint-Ouen, décembre 1972), la fédération de Seine-Saint-Denis proposa sa candidature au comité central mais il ne fut pas retenu.

En mai 1973, Jacques Isabet fut libéré de ses responsabilités fédérales pour assister Claude Poperen* au secteur d’aide aux fédérations du comité central. Quelques mois plus tard, il fut affecté au CDLP, se chargeant notamment de la diffusion de l’ouvrage de Georges Marchais, Le défi démocratique. Toutefois, il fut rapidement rappelé par sa fédération qui souhaitait le voir jouer un rôle de premier plan à Pantin. Jacques Isabet avait été élu maire-adjoint de Pantin, chargé de l’enseignement, à l’occasion de l’élection complémentaire consécutive au décès de Jean Lolive*. Réélu en 1971, il fut délégué à l’enfance et à l’information. Dès cette époque, la direction fédérale demanda à Jacques Isabet « de se considérer comme l’homme politique le plus responsable de Pantin » dans la perspective de remplacer Fernand Lainat*. Ce dernier pris la tête de la liste soutenue par le PCF aux élections municipales de 1977 puis céda le siège de maire. Jacques Isabet fut constamment réélu jusqu’en 2001. En 1989, sa réélection, obtenue par une très courte avance (50,28% des voix), avait été invalidée par le conseil constitutionnel mais il fut réélu en 1990. En 1979, Jacques Isabet fut également élu conseiller général de Seine-Saint-Denis dans le canton de Pantin-Ouest. Il ne put conserver son mandat en 1985 et fut à nouveau candidat malheureux lors des élections cantonales en 1998.

Avec l’arrivée de Jacques Isabet, la municipalité de Pantin put progressivement sortir du conflit qui l’opposait à l’office HLM de la ville depuis l’élection de Jean Lolive*, en 1959. Jacques Isabet accéda ainsi à la direction de l’office en 1979. Jacques Isabet se revendiqua comme un maire bâtisseur, dans une ville encore en développement, notamment grâce à l’arrivée du métro en 1979, mais touchée par la crise urbaine et la désindustrialisation, après la fermeture de nombreux établissements (entreprises de machines-outils ou du secteur alimentaire, usine Motobécane, Manufacture des tabacs). La municipalité construisit de nouveaux équipements scolaires, sportifs ou de loisirs, développa les services municipaux de proximité et s’efforça d’élaborer plusieurs projets de rénovation. En 1994, Jacques Isabet inaugura un nouvel Hôtel de ville et en 1996, il annonça l’installation à Pantin du Centre national de la danse, dans les bâtiments de l’ancien centre administratif, construit en 1972 par l’architecte « brutaliste » Jacques Kalisz.

À partir de la fin des années 1980, Jacques Isabet entretint des rapports difficiles avec la direction du PCF. Réélu au comité fédéral de Seine-Saint-Denis en janvier 1985, il le quitta en novembre 1987, à sa demande, en raison de désaccords politiques. À la fois proche du courant « refondateur » de Charles Fiterman, Jack Ralite* et Anicet Le Pors* et des « reconstructeurs » emmenés par Marcel Rigoult*, il exprima publiquement son hostilité au secrétaire général du PCF, Georges Marchais. En décembre 1989, après la chute de Ceausescu, il inaugura à Pantin une rue Timisoara et déclara à cette occasion qu’il souhaitait la démission de Georges Marchais. Dans ce contexte, et après la tentative de putsch en Russie, en 1991, il refusa de figurer sur la liste du PCF aux élections régionales de 1992. Plus à l’aise dans le contexte de la « mutation » lancée par Robert Hue en 1994, Jacques Isabet resta proche des maires « refondateurs » de banlieue (Patrick Braouzec, François Asensi, Jack Ralite*).

Fin 1998, Jacques Isabet annonça son souhait de quitter son mandat de maire et présenta sa démission au début de l’année suivante. Devant l’opposition des élus socialistes à l’élection de son premier adjoint Rafaël Perez, il accepta finalement de siéger jusqu’aux élections suivantes. En 2000, le PS refusant de soutenir son premier adjoint, Jacques Isabet fut à nouveau candidat en tête de liste aux élections municipales mais le socialiste Bertrand Kern, député et conseiller général, fut élu.

En décembre 2006, Jacques Isabet figurait parmi les élus et militants communistes d’Ile-de-France signataires d’une adresse invitant la secrétaire générale Marie-George Buffet à poursuivre dans la voie d’une candidature unique de la gauche anti-libérale.

Il se maria à Pantin en septembre 1971 avec Michèle Gravet.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article87188, notice ISABET Jacques, Emmanuel par Paul Boulland, version mise en ligne le 6 avril 2010, dernière modification le 20 septembre 2010.

Par Paul Boulland

SOURCES : Arch. comité national du PCF. — Arch. de la fédération PCF de Seine-Saint-Denis. — L’Humanité. — E. Bellanger, G. Michel, Pantin, mémoire de ville, mémoires de communaux. — Arch. municipales de Pantin, 2001.— État civil.

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