SIGRAND Jacques, Marie (ou SIGRAND Marcel selon les sources)

Par Georges Ribeill

Né le 3 avril 1878 à Villey-le-Sec (Meurthe-et-Moselle) ; cheminot ; militant syndicaliste ; militant socialiste SFIO à tendance révolutionnaire et libertaire ; secrétaire du Parti communiste de Raymond Péricat (1919-1920) ; fondateur de la Fédération communiste des soviets.

Muni de la première partie du baccalauréat, Jacques Sigrand entra en 1900 à la Compagnie de l’Ouest sur la recommandation du général de Sermet. Il connut une promotion rapide : ancien facteur-mixte, il était déjà chef de gare en 1913. Membre du Parti socialiste SFIO, il appartint pendant la Première Guerre mondiale à la tendance révolutionnaire de la CGT, adhérant au Comité de défense syndicaliste.
En juillet 1918, au congrès de Paris de la CGT, Jacques Sigrand attaqua vigoureusement Léon Jouhaux* pour son attitude en 1914 et, à la différence de Gaston Monmousseau ou de Lucien Midol, vota avec la minorité. En 1919, il rejoignit le Parti Communiste fondé par Raymond Péricat* autour du journal l’Internationale (15 février-11 septembre 1919). Sigrand devint le premier secrétaire de parti regroupant l’extrême gauche de la CGT, du PS et des libertaires. Selon Annie Kriegel, Jacques Sigrand, qui soutenait la Révolution russe, n’eut cependant aucun lien direct avec l’Internationale communiste fondée en mars 1919.
Considérant le parti comme a-parlementaire plutôt qu’anti-parlementaire, Jacques Sigrand milita pour des structures fortes et autoritaires : « Chaque soviet doit posséder son tribunal formé généralement de trois membres pour enquêter et empêcher les fuites, dépister et signaler les policiers, etc » (L’Internationale, 26 août 1919). Il lança de sa propre initiative le journal Le Communiste (25 octobre-14 décembre 1919), espérant doter son parti d’un véritable organe de presse qu’il pût contrôler étroitement. À ce moment, Le Communiste faisait état de trente-deux soviets constitués en région parisienne.
En raison de son caractère autoritaire et intransigeant, Jacques Sigrand fut qualifié de « Jouhaux du communisme » (l’Internationale, 11 septembre 1919), et suscita de vives inimitiés au sein de son parti. Il y attisa les oppositions entre centralistes et fédéralistes provoquant la naissance d’un autre regroupement autour du Soviet de Courbevoie (Seine). Lors de la réunion du Soviet central du 11 novembre 1919, le soviet régional lui reprocha son travail de division et le contraignit à démissionner. Avec la tenue d’un « congrès communiste » (25-28 décembre), le Parti communiste de Raymond Péricat se transforma en Fédération communiste des soviets, de tendance anarchiste plus accusée, dont les secrétaires furent Marius Hanot et Alexandre Lebourg*.
En février 1920, Jacques Sigrand donna sa démission, entraînant avec lui quelques soviets (Argenteuil, Charenton) ainsi que Henri Bott*, Étienne Lacoste et Fabre*. Il reconstitua le Parti communiste à l’image de ce qu’il était en 1919, avec un Comité central appuyé sur des sections. Le 1er mai 1920, ce parti regroupait, selon ses dires, « 15 militants et 300 cotisants ». Lors du IIe congrès de l’IC, ce parti tenta d’y envoyer deux délégués dont Mauricius*.
Révoqué au cours de la grève des cheminots de février 1920, Sigrand ne bénéficia pas, ainsi que Henri Sirolle des mesures de clémence annoncées sur son réseau. Durant la grève de mai, un mandat d’arrêt pour « complot contre la sûreté de l’État » fut lancé dès le 3 mai 1920 contre lui. Le 9 mai, surpris par un inspecteur des renseignements généraux, il fut arrêté à Chartres. Emprisonné à la Santé, il signa le 16 mai, avec Henri Toti, Henri Sirolle, Marcel Delagrange, Jean-Baptiste Chaverot, Gauthier et Gustave Courage, une lettre adressée à la Commission exécutive de la Fédération des cheminots, dénonçant comme « une trahison » l’attitude de la CGT prête à lancer un ordre de reprise du travail.
Le 26 mai, Jacques Sigrand lança un appel « aux secrétaires et camarades des sections » de son organisation et, le 1er juin suivant, annonça par une lettre ouverte au ministre de la Justice la reconstitution définitive du Parti communiste. Un nouvel organe, le Communiste (2e série), parut à partir du 4 juillet 1920. Interrogé le 22 juillet, il affirma être de « ceux qui ne sont pas d’accord avec les dirigeants de l’IC au sujet de la dictature du prolétariat », tandis que son journal désavouait les partisans du ralliement à l’IC et au bolchevisme en général. Le 19 septembre 1920, dans une lettre publique, Jacques Sigrand exprima les raisons de ce refus : « La dictature, le parlementarisme et l’adhésion du Parti socialiste » [à l’IC]. Deux jours plus tard, il demanda sa mise en liberté provisoire : « Aujourd’hui que les conditions d’adhésion à Moscou ont paru dans toute la presse, que des députés comme Marcel Cachin, et des délégués du Parti socialiste comme L.-O. Frossard* apportent des précisions, je tiens à compléter mon interrogatoire d’une seule phrase. Je ne serai jamais adhérent à Moscou à de telles conditions, le communisme tel que je le comprends n’ayant rien mais rien du tout du programme bolchevik. »
L’échec du premier Parti communiste français qu’avait essayé d’organiser Raymond Péricat, doit beaucoup au refus de la IIIe Internationale de le considérer comme interlocuteur mais provient aussi de la personnalité peu commode de Jacques Sigrand. À son propos, R. Péricat devait écrire brutalement : « Nous avons commis des fautes ; la plus grande a été de confier le secrétariat du parti à un individu qui a fini par s’avérer taré. Il a conduit le parti à sa perte. »
Marié, Jacques Sigrand était père de deux enfants.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article8688, notice SIGRAND Jacques, Marie (ou SIGRAND Marcel selon les sources) par Georges Ribeill, version mise en ligne le 30 juin 2008, dernière modification le 20 juin 2012.

Par Georges Ribeill

SOURCES : Arch. Nat. F7/3675, et 3676. — Dossier de la Sûreté générale (DIC). — Fonds Péricat, IFHS, 14 AS 205 a 1. — Annie Kriegel, Aux origines du communisme français, 1914-1920, 2 tomes, Paris, Mouton, 1964. — Jean Maitron, Histoire du mouvement anarchiste en France, 2 vol., Paris, Maspero, 1975 et 1982, t. 2. — Georges Ribeill, Les cheminots en guerre (1914-1920), les métamorphoses d’une corporation, CERTES-ENPC, 1988. — P. Berthet, Les Libertaires français face à la révolution bolchévique... Autour de Péricat et du Parti communiste, MM, Paris-IV, 1991.

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