Né à Mézières (Ardennes) le 27 décembre 1861 ; guillotiné à Paris le 5 février 1894 ; anarchiste ; auteur de l’attentat à la Chambre des députés.

Auguste Vaillant. Arch. Préfecture de Police
Jean Maitron, Ravachol et des anarchistes, René Julliard, 1964
Le 9 décembre 1893, vers 4 heures du soir, un projectile lancé des tribunes de la Chambre des Députés fit explosion, atteignant plus ou moins gravement des députés, un huissier, ainsi qu’un grand nombre de personnes qui assistaient à la séance.
Le lendemain matin, un nommé Auguste Vaillant, blessé lors de l’explosion et soigné à l’Hôtel-Dieu, s’accusait et écrivait au juge d’instruction une relation de son attentat.
Auguste Vaillant avait eu une enfance misérable. Son père, gendarme en Corse, l’abandonna, et sa mère le mit en nourrice. À l’âge de douze ans, il vivait seul à Paris ; à quinze ans, il travaillait comme apprenti pâtissier. Il était d’humeur vagabonde : on le trouve à Charleville où il fut condamné, le 27 mai 1878, à six jours de prison pour fait de grivèlerie ; à Marseille, où, le 14 décembre 1878, le tribunal le condamna à trois jours de prison pour mendicité ; à Alger, où il se vit infliger, le 24 avril 1879, trois mois de prison pour vol ; à Marseille encore, où un jugement du 26 avril 1881 le condamna à un mois de prison pour vol et mendicité.
Vers 1884, il résidait dans la région parisienne, ainsi que l’atteste un rapport de police qui signale sa présence à un meeting organisé par le Comité révolutionnaire central (blanquiste), 13, rue de Belleville, XIXe arr. Vaillant était en effet attiré par les doctrines socialistes. En 1885, il appartenait à l’Union socialiste révolutionnaire et était secrétaire du comité du XVIIIe arr. ; il habitait alors rue Ordener, XVIIIe arr., et exerçait la profession de courtier auprès des débits de boissons. Il fut très actif pendant la campagne électorale de 1885 ; un rapport de police, qui couvre son activité du 12 juillet 1884 au 30 mai 1890, en porte témoignage ; membre de divers comités et commissions, il présidait des meetings, assurait le secrétariat des réunions, qu’elles fussent publiques ou intérieures au parti. Malato l’a vu alors ainsi : Grand, brun, forte moustache, « ... la physionomie pensive, l’œil doux, il présidait très simplement, sans bruit, presque à la muette, se bornant après lecture d’un très sobre procès-verbal, à donner la parole aux quelques délégués qui la demandent » (Ch. Malato, « Mémoires d’un Libertaire », Le Peuple, n° 77, 3 janvier 1938).
En 1887, Vaillant était secrétaire du groupe socialiste « Les Égaux de Montmartre ». Il démissionna et dut se défendre contre des accusations de mouchardage qui circulaient contre lui. Il quitta Paris — il résidait à cette époque rue Hermel, XVIIIe arr. — pour s’installer à Villeneuve-Saint-Georges (Seine-et-Oise), avenue de Valenton. Il pencha dès lors vers l’anarchisme et, en 1889, il était délégué à la correspondance du groupe « Les Révoltés » de Villeneuve-Saint-Georges. Mais Vaillant supportait difficilement la médiocrité de la vie en France. Il rêvait d’évasions vers les pays neufs ; en 1890, il partit pour l’Argentine et, en octobre, arriva à Buenos-Aires. Il crut obtenir une concession dans le territoire du Chaco et fut, avec d’autres, dupé par une compagnie. En mars 1893 il réussit à fuir avec quelques compagnons et à s’embarquer pour la France. Il se mit alors en ménage avec une cousine germaine de sa femme, une dame Marchal, ouvrière en perles. Le couple élevait Sidonie, fille légitime de Vaillant lequel avait eu une autre fillette décédée en 1886 à l’âge de neuf mois. Tous trois habitaient Choisy-le-Roi (Seine) et, depuis le 11 août 1893, occupaient une chambre dans un hôtel garni, 17, rue de la Raffinerie. Le logement était propre, bien tenu. Vaillant avait trouvé un emploi dans une maroquinerie ; travailleur, rangé, il payait régulièrement son loyer. Il était secrétaire de la « Bibliothèque philosophique pour l’étude des sciences naturelles et leur vulgarisation ».
Mais il voyait les siens dans la misère, affirma-t-il. « C’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase » (déclaration aux assises, Gazette des Tribunaux, 11 janvier 1894). L’idée de l’attentat germa dans son esprit. Il chercha de l’argent. Mme Paul Reclus lui remit 20 f, et un anarchiste cambrioleur 100 f. Il put ainsi louer une chambre à l’hôtel de l’Union, 70, rue Daguerre, à Paris, XIVe arr. Il y descendit le 27 novembre 1893 et sur le registre s’inscrivit sous le nom de Marchal. Là, il prépara sa bombe en toute tranquillité. Son état d’esprit nous est alors connu par le journal qu’il tint, du 20 novembre, date de sa détermination, au 9 décembre, jour de l’attentat, et qu’il envoya à Paul Reclus peu avant de pénétrer à la Chambre ; le journal Le Figaro le publia en partie le 21 juillet 1894. Il écrivait par exemple le 8 décembre, veille de l’attentat : « ... J’ai beau analyser mes sentiments, je ne me sens aucune haine contre ceux qui vont tomber demain [...]
« J’envisage la mort avec tranquillité ; n’est-elle pas le refuge des désillusionnés ? Mais au moins je mourrai avec la satisfaction d’avoir fait ce que j’ai pu pour hâter l’avènement de l’ère nouvelle... »
Sa mort sera « le cri de toute une classe qui revendique ses droits et qui bientôt joindra les actes à la parole... » (déclaration de Vaillant aux assises, Gazette des Tribunaux, 11 janvier 1894).
L’affaire fut rapidement instruite. Vaillant choisit Me Ajalbert pour défenseur. Le procès était fixé au 5 janvier. Prévenu trop tard, l’avocat se récusa, ne pouvant assurer dans un temps si court la défense de son client. Me Labori le remplaça. Vaillant comparut le 10 janvier. Il se défendit d’avoir voulu tuer : « J’ai préféré blesser un grand nombre de députés plutôt qu’en tuer quelques-uns [...]. Si j’avais voulu tuer, j’aurais mis des balles. J’ai mis des clous, donc j’ai voulu blesser. » (H. Varennes, De Ravachol à Caserio, p. 115.) De fait, on n’eut aucune mort à déplorer. Mais la cause était entendue. Une seule audience suffit pour en finir, Vaillant fut condamné à la peine de mort.
Le sort du condamné n’avait pas été sans émouvoir. Le 10 janvier 1894, l’abbé Lemire, député, blessé par l’explosion, écrivit à Me Labori une lettre par laquelle il demandait aux jurés de ne point se montrer inexorables. Après le verdict, il signa avec soixante de ses collègues une demande de grâce au président de la République. Le sort de la petite Sidonie suscitait la compassion. La duchesse d’Uzès s’offrit à recueillir l’enfant. Vaillant refusa et, dans une lettre — sorte de testament — datée de la prison de la Roquette, 27 janvier 1894, il la confia à Sébastien Faure, chargé de l’élever.
Le président de la République refusa la grâce. À l’aube du 5 février 1894, Vaillant fut exécuté. Il mourut avec courage. Au pied de l’échafaud, il cria : « Mort à la société bourgeoise et vive l’Anarchie ! »
L’acte de Vaillant s’attaquant à un Parlement discrédité par le scandale de Panama, et qui n’avait pas fait de victimes, ne recueillit qu’approbations auprès des anarchistes. Certains socialistes s’élevèrent contre l’attentat et Guesde déclara : « Monstrueux, tout simplement. C’est l’acte d’un fou. Ceux qui font cela ne sont plus hors la loi, ils sont hors de l’humanité [...]. La violence en toute circonstance est odieuse [...]. Le socialisme ne triomphera que par le droit et la volonté pacifiquement exprimée de tous les peuples (Le Journal, 10 décembre 1893). Séverine, par contre, dans le même numéro du Journal écrivait : « Avec les pauvres, toujours — malgré leurs erreurs, malgré leurs fautes, malgré leurs crimes » ; et Le Parti socialiste, journal blanquiste, s’attacha à rechercher ce qui pouvait l’unir à l’anarchisme, plutôt que d’en marquer les différences (cf. n° 121, 7-14 janvier 1894).
Vaillant a-t-il agi seul ou n’a-t-il pas été victime d’agents provocateurs ? Il sera sans doute difficile de connaître un jour la vérité. Ce que l’on peut dire, c’est que la bombe permit de faire voter les lois dites scélérates qui prohibaient toute propagande révolutionnaire, anarchiste ou non. Ce que l’on peut dire également, c’est que la police fut inférieure à sa tâche et ne sut pas organiser le service d’élémentaire surveillance qui eût empêché l’attentat ; elle connaissait, en effet, l’existence de Vaillant, son domicile, sa qualité d’anarchiste et le surveillait étroitement, le dernier en date des rapports parvenus sur lui étant du 7 décembre 1893, l’avant-veille de l’attentat. Il n’y eut sans doute pas provocation ; il y eut certainement incurie.

SOURCES : Arch. Nat. F7/12 508 et F7/12 517. — Arch. PPo., B a/1 289 et E a/5 810. — Jean Maitron, Histoire du mouvement anarchiste en France... op. cit. — A. Sadier, « Une page de la vie de Vaillant », Publications « La Révolte » et « Temps Nouveaux », n° 59, 30 mars 1929, n° 60, 15 juillet 1929, n° 61, 31 août 1929.

ICONOGRAPHIE : Arch. PPo.

Jean Maitron

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