THIERRY Albert

Né le 25 août 1881 à Montargis (Loiret) ; tué le 26 mai 1915 à Aix-Noulette (Pas-de-Calais) ; professeur ; moraliste, théoricien du "refus de parvenir" ; syndicaliste.

Albert Thierry
Albert Thierry

Fils d’un ouvrier maçon fixé à Paris, A. Thierry fit des études très brillantes au collège Chaptal. Admis après son baccalauréat à l’École normale supérieure de Saint-Cloud, à l’âge de dix-neuf ans, il en sortit professeur d’École normale. Il fit en 1903 son année de service militaire, puis un séjour de deux ans en Allemagne et en Autriche. Il fut successivement professeur à l’École primaire supérieure de Melun et à l’École normale de Versailles (1911). Le 2 août 1914 il était mobilisé. Intensément patriote toute sa vie, ami de Péguy, il fut volontaire pour le front. Il fut blessé dans la retraite sur la Marne, puis tué dans l’offensive d’Artois au printemps 1915.
Albert Thierry n’était pas à proprement parler un militant syndicaliste — il n’était pas même syndiqué — mais il a beaucoup écrit et publié sur le mouvement ouvrier (son premier article — sur « La liberté de l’enseignement » — date du 15 octobre 1902) et ce qu’il écrivit dans les tranchées fut publié après sa mort. Il avait été anarchiste dans son adolescence et les principales influences qu’il ait subies sont celles de Proudhon, Kropotkine, Tolstoï et Domela Nieuwenhuis. Vers 1898-1899, il appartint au groupe d’études sociales et pédagogiques dit de Puteaux qui tenait ses réunions chez le père de son condisciple Pierre Lamouroux. L’amitié de Pierre Monatte le conduisit au syndicalisme révolutionnaire, mais il fut toujours réticent quant à certains aspects de l’idéologie et de la tactique : il réprouva notamment l’antipatriotisme, le néo-malthusianisme, le sabotage. Il fut, comme Merrheim, pour un syndicalisme constructif, « où s’entre-nourriraient dans une brûlante unité l’esprit héroïque et la conscience professionnelle, la bravoure de la vieille aristocratie (du temps qu’elle était brave), l’invention de la vieille bourgeoisie (du temps qu’elle inventait) et l’éternelle patience du peuple » (Réflexions sur l’éducation in Vous dites grandir, op. cit., p. 280). Son importance considérable ne réside donc pas dans son action, mais dans l’influence qu’il eut, par son œuvre, sur ses amis syndicalistes et notamment sur les instituteurs. Il a développé une pédagogie et une éthique syndicaliste, laquelle se résume dans le « refus de parvenir » qui n’est « ni refuser d’agir ni refuser de vivre », mais « refuser de vivre et d’agir aux fins de soi ». Lui-même, extrêmement brillant, il voulut rester « primaire » par fidélité à la classe ouvrière. Il collabora à Pages libres, à L’École rénovée, à La Vie ouvrière, à La Grande Revue, aux Temps Nouveaux. Ce sont des articles publiés dans les trois premières revues citées qui sont recueillis dans les Réflexions sur l’Éducation. Péguy publia dans les Cahiers de la Quinzaine, en 1909, « L’Homme en proie aux enfants ».

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article85943, notice THIERRY Albert , version mise en ligne le 30 mars 2010, dernière modification le 1er avril 2015.
Albert Thierry
Albert Thierry

ŒUVRE : Voir ci-dessus et signalons : A. Thierry, Réflexions sur l’éducation, suivies des Nouvelles de Vosves, préface de Marcel Martinet, biographie de Louis Clavel, Paris, 272 p., 1923. — A. Thierry, L’Homme en proie aux enfants, Les Belles Lectures, n° 80-83, 1er au 28 octobre 1947, introduction de M.-E. Naegelen. — A. Thierry, Vous dites grandir... Textes choisis et présentés par Roger Petitjean, Paris, 1963.

SOURCES : Voir préfaces et introductions ci-dessus et M. Dommanget, Albert Thierry, Paris, 1950, 48 p.

ICONOGRAPHIE : Vous dites grandir..., op. cit.

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