TENNEVIN Alexandre, Eugène

Né et mort à Paris, 5 décembre 1848-9 juin 1908 ; incinéré au Père-Lachaise ; comptable, journaliste ; militant anarchiste.

Un instantané photographique du 1er Mai 1890, émanant des services de la préfecture de police, présente Tennevin sous l’aspect d’un homme de forte corpulence, portant lorgnon, le visage embroussaillé de barbe ; le journal Le Petit Dauphinois républicain, dans son n° du 9 août 1890, le décrit comme un « homme de taille moyenne, assez gros, vêtu d’une redingote noire ; l’air imposant ». Il fait son entrée au tribunal « un code à la main » suivant son habitude.

Après avoir obtenu son baccalauréat, Tennevin s’engagea dans la marine de l’État ; il fut condamné pour vente d’effets d’équipement et incorporé dans les compagnies disciplinaires coloniales. En 1880, il travaillait au journal Le Voltaire, puis il fut rédacteur au Citoyen et à La Bataille. Assidu aux réunions, il comptait parmi les militants du parti socialiste révolutionnaire. D’août 1884 à février 1885, il fut gérant de La Semaine médicale, puis employé à l’imprimerie Schiller, rue du Faubourg-Montmartre, à Paris. En août ou septembre 1886, il fut un des fondateurs de la Ligue des Antipatriotes. Il fut arrêté le 29 mai 1887 pour rébellion à agent, port d’arme prohibée, cris séditieux — Vive la Commune, vive l’Anarchie — proférés à l’entrée du cimetière du Père-Lachaise, à l’occasion d’une manifestation ; il fut condamné le 18 juin à 16 f d’amende.

Tennevin prit une part active, aux côtés de Louise Michel et de Pierre Martin, aux manifestations organisées à l’occasion du 1er Mai 1890. Les jours précédents, Tennevin et Louise Michel avaient tenu des réunions à Saint-Étienne, Firminy, Saint-Chamond, sur le thème suivant : la manifestation du 1er Mai et la grève générale, les orateurs se proposant de faire de cette journée le symbole de l’action révolutionnaire opposée au légalisme pacifiste qu’ils reprochaient aux guesdistes. Le 29 avril, ils organisèrent avec le concours de Pierre Martin une réunion à Vienne. Tennevin y prononça un discours dont la Gazette des Tribunaux donna la substance :
« ... Il faut que le 1er Mai les ouvriers se rendent chez les patrons pour prendre ce qu’ils ont et si ces derniers ne sont pas contents et s’ils résistent, il faut leur casser la gueule. Volez, pillez tout, mettez le feu au besoin, tuez les patrons. C’est votre droit puisque le patron vous exploite. Prendre au patron n’est pas voler, c’est reprendre le bien qui est le vôtre... »
Tennevin accepta l’esprit, sinon la lettre, d’un tel discours : « J’ai prononcé un discours violent, je le reconnais, mais je ne puis pas discuter sur les mots. »

Le 30 avril et le 1er mai, nouvelles réunions. À cette date, Tennevin avait quitté Vienne et ce fut Martin (Voir Pierre Martin) qui apparut alors comme le principal organisateur. Il y eut bagarre, défilé avec drapeaux rouge et noir, chant de la Carmagnole, pillage des magasins d’un nommé Brocard, ville en état de siège, une soixantaine d’arrestations ; les jours suivants, les grèves continuèrent, le travail ne reprit que le 6 mai.
Tennevin avait été arrêté à Paris le 30 avril. Le 8 août, dix hommes et huit femmes comparurent devant la cour d’assises de l’Isère. Parmi les hommes, Tennevin, Pierre Martin et Jean-Pierre Buisson. Louise Michel avait fait l’objet d’une ordonnance de non-lieu. Les jurés ne se montrèrent sévères que pour les « meneurs ». Tennevin fut condamné à deux ans de prison et à cinq ans d’interdiction de séjour. Le jugement ayant été porté devant la cour de cassation, le pourvoi de Tennevin fut rejeté.

Ce compagnon fut touché par l’antisémitisme. Il existe aux Archives départementales de Saint-Étienne (liasse 19 M 5) cinq lettres d’E. Drumont à l’anarchiste Tennevin, de mars 1891 à septembre 1892. Le ton de ces lettres est très amical ; voici un passage de la quatrième, 26 février 1892 : « ... comme vous me l’écrivez, Sémitisme et Capitalisme sont à peu près la même chose, le dernier est le fils du premier... » Il fut, par la suite employé à la société coopérative « L’Union de Limoges » et anima un groupe anarchiste de cette ville. Il possédait un réel talent oratoire, et, partout où il se rendait, se montrait actif propagandiste. Il fut arrêté à Limoges le 17 mars 1894 en vertu d’un mandat du juge d’instruction de la Seine et conduit à Paris.
Tennevin travailla ensuite à l’imprimerie de la CGT. Il mourut en 1908 d’un cancer à l’estomac. Son nom est parfois orthographié, par erreur, Thénevin.

Il était marié et père d’un enfant.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article85860, notice TENNEVIN Alexandre, Eugène , version mise en ligne le 30 mars 2010, dernière modification le 30 décembre 2010.

ŒUVRE : Défense de Tennevin par lui-même, Vienne, 12 août 1890, cf. La Vie ouvrière, 5 mai 1912, Bibl. Nat. 8° R 23 972.

SOURCES : Arch. Nat. BB 18/1 816 (1090 A 90). — Arch. PPo., B a/ 1 191. — Jean Maitron, Histoire du Mouvement anarchiste..., op. cit., — Procès des anarchistes de Vienne... août 1890, op. cit. — Le Père Peinard, n° 74, 17 août 1890. — Le Libertaire, n° 33, 14-21 juin 1908.