SAVARY Georges, Julien

Par Gilles Alvès

Né le 4 août 1914 à Hem-Monacu (Somme) , mort le 19 avril 2002 à Saint-Dizier (Haute-Marne) ; cheminot ; secrétaire adjoint de la Fédération PCF de Haute-Marne ; adjoint au maire de Saint-Dizier ; président de la section commerciale du tribunal des prud’hommes de Saint-Dizier.

Né de père inconnu, George Savary quitta Hem-Monacu, rasé pendant la Première Guerre mondiale, pour passer son enfance dans un petit village de Seine-et-Oise. Vivant dans des conditions misérables, il travailla très tôt dans les champs, mais parvint, à la différence de ses deux frères et de sa sœur, à obtenir son certificat d’études primaires, après avoir été pris en main par un instituteur. Vers l’âge de quatorze ans, il préféra s’engager comme garçon boucher plutôt que de devenir valet de chambre du hobereau local, le comte de Bury qui, mécontent, expulsa sa mère du village, aggravant ainsi les conditions de vie de cette dernière. Jeune homme révolté, Georges Savary, au contact du monde du travail et de la ville, adhéra aux Jeunesses communistes en 1933.
Il se maria le 24 décembre 1932 à saint-Dizier avec Odette Marquet, fille de famille nombreuse, ouvrière dans une usine textile, qui lui donna une fille. Installé à Saint-Dizier en 1934, il se fit embaucher à l’atelier-magasin de la SNCF comme manœuvre à l’essai en avril 1938, fut commissionné un an plus tard et devint chef de grue jusqu’au 1er mai 1941. À cette date, il accéda au grade d’homme d’équipe à la gare de Saint-Dizier.
Georges Savary avait adhéré à la CGT en 1934 et était devenu membre du PCF en 1935. Délégué du Parti communiste au comité du Front populaire de Saint-Dizier, il appartint à la Libre Pensée jusqu’à la guerre. Lors du pacte germano-soviétique, rejeté par ses camarades de travail, il fut arrêté pendant quelques jours par la police, comme « agent de la 5e colonne ».

Résistant dès le début de l’Occupation, il participa à des sabotages ainsi qu’à des distributions de journaux et de tracts, organisé en triangle avec deux autres personnes. Il fut arrêté plusieurs fois par la police française, avant d’être pris à son domicile le 11 août 1941 par la police allemande, emprisonné à la maison d’arrêt de Chaumont puis à Compiègne (Oise), où il refusa de signer un texte de soumission à Pétain qui favorisa la libération d’autres détenus. Déporté au camp d’Oranienburg (Allemagne), il y endura de terribles souffrances morales et physiques ; il n’y militera pas, mais reconnaîtra que son idéologie l’y avait aidé à survivre.
De retour à Saint-Dizier en juin 1945, contraint de divorcer de son épouse, rétabli grâce un séjour au sanatorium, il devint membre du bureau de la Fédération communiste et se lança dans le combat politique.
Après son échec comme candidat PCF aux cantonales à Andelot en septembre 1945, il devint conseiller municipal à Saint-Dizier l’année suivante et adjoint au maire en 1950, en remplacement du socialiste Liebgott, chargé spécialement du faubourg métallurgique de Marnaval. La même année, secrétaire du syndicat CGT des cheminots de Saint-Dizier, il fut secrétaire du comité mixte SNCF et, surtout, devint secrétaire fédéral du PCF, chargé de l’organisation et de la propagande. Marié depuis février 1948 avec Walda Giradi, dactylo, fille d’émigrés italiens antifascistes, qui avait fait l’école des cadres du parti à Bobigny et qui le soutint dans son action, Georges Savary se mit alors au service du PCF en tant que candidat aux élections cantonales à Chevillon en octobre 1951, où il fut battu au second tour par Rollin, ancien maire de Saint-Dizier, grâce au désistement de la droite. Il se présenta aux législatives en juin de la même année, mais échoua une nouvelle fois.
En 1952, lors d’une manifestation à Saint-Dizier pour la libération de Jacques Duclos, il affronta physiquement la police et écopa de quinze jours d’emprisonnement à Chaumont, mais bénéficia d’un non-lieu grâce, notamment, à la défense de l’avocat Jacquot. La même année, réélu adjoint au maire de Saint-Dizier, il put se mettre en disponibilité jusqu’en 1954, ce qui lui permit, en tant que secrétaire à l’organisation et trésorier appointé de la Fédération du PCF, de faire des séances cinématographiques dans tout le département durant deux hivers. Il échoua à nouveau aux cantonales, à Wassy, en 1955. Secrétaire à l’organisation de la section de Saint-Dizier, il fit un voyage de trois semaines en URSS en 1956, au titre de meilleur vendeur de l’Humanité. Pourtant, il fut réélu pour la dernière fois secrétaire fédéral en septembre 1957, car il sembla dès lors tomber en disgrâce auprès de ses camarades, dont son ami Marius Cartier. Accusé injustement d’avoir détourné de l’argent, menacé d’exclusion au cas où il réaliserait son vœu de devenir gérant d’une station-service, il abandonna toute responsabilité au sein du PCF, au point de ne pas se représenter aux élections municipales de 1959 ; on le verra aussi en retrait dans le mouvement de grève de juin 1959 à la SNCF.
Georges Savary n’en resta pas moins fidèle au PCF, comme simple adhérent, au nom de l’idéal qu’il incarnait. Il continua d’ailleurs de côtoyer les militants de ce parti, et se rendit aux obsèques de Maurice Thorez en 1964. À la suite de sa retraite SNCF vers 1967, il travailla successivement dans une station-service, comme réceptionniste et gardien de nuit jusqu’en 1977 environ. Actif dans la vie associative de Saint-Dizier, il s’occupa notamment du comité des fêtes du quartier Sainte-Marie et présida la section d’escrime de la ville, où sa seconde fille prenait des cours, à partir du début des années 1960, durant près de vingt-cinq ans.
Mais c’est en tant que président de la section commerciale du tribunal des prud’hommes de Saint-Dizier, charge assumée pendant quarante-deux ans et qui lui vaudra d’être promu officier de l’Ordre national du mérite, qu’il continua son action au sein du mouvement ouvrier. Sa notoriété bragarde était également due à ses responsabilités à la Fondation nationale des déportés et internés résistants et patriotes (FNDIRP), dont il présida la section de Saint-Dizier, et nommé vice-président départemental depuis l’après-guerre ; il appartint en outre à la commission exécutive nationale depuis environ 1975. Titulaire de la Légion d’honneur et de la médaille militaire pour faits de résistance, Georges Savary militait depuis 1985 au Secours populaire.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article8531, notice SAVARY Georges, Julien par Gilles Alvès, version mise en ligne le 30 juin 2008, dernière modification le 9 mars 2012.

Par Gilles Alvès

SOURCES : Arch. Dép. Haute-Marne 819 W 26315, 26362, 26363. — Arch. SNCF de Béziers. — Arch. privées B. Mauguet. —La Haute-Marne syndicaliste, septembre-octobre 1963. — J.M. Chirol, La Haute-Marne politique de 1945 à 1967, dactyl., 1968. — Note de Marie-Louise Goergen. — Entretien avec Georges Savary, 27 février 1998.— Etat civil.

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