Né le 14 octobre 1859 à Saint-Chamond (Loire) ; guillotiné le 11 juillet 1892 à Montbrison (Loire) ; anarchiste terroriste.

Ravachol dans l’album de la Préfecture de Police
Jean Maitron, Ravachol et des anarchistes, René Julliard, 1964
Le père de Ravachol, originaire de Hollande, (Koenigstein) était lamineur ; il abandonna sa femme, moulinière en soie, et ses quatre enfants pour retourner dans son pays. Ravachol contribua à faire vivre les siens en se louant chez des paysans, dès l’âge de huit ans. Par la suite, il fit, durant trois années, son apprentissage d’ouvrier teinturier. « Il était très bon avec ma mère et ma sœur ; dans sa jeunesse [...] il nous menait à la messe... » dira son frère dans un témoignage au cours du procès.
À dix-huit ans, il lut Le Juif errant et cette lecture le détacha de la religion. Il fréquenta ensuite des réunions publiques et devint collectiviste, puis anarchiste. Il fut renvoyé ainsi que son frère de la maison où il travaillait. Chez lui ce fut la misère. Ravachol commit alors de menus larcins pour vivre puis tenta la contrebande de l’alcool et la fabrication de la fausse monnaie.
En 1891, pour s’assurer ainsi qu’à sa maîtresse une vie exempte de soucis, il allait se livrer au vol en grand puis au crime. Dans la nuit du 14 au 15 mai 1891, il alla au cimetière de Terrenoire (Loire), viola la sépulture de la comtesse de la Rochetaillée, mais tenta vainement de trouver les bijoux qu’il cherchait. Le 18 juin, il se rendit à Chambles où vivait d’aumônes, depuis une cinquantaine d’années, un vieillard de quatre-vingt-douze ans, qui avait ainsi amassé une importante fortune. Ravachol étrangla l’ermite, qui voulait crier, et le dévalisa.
Recherché par la police, Ravachol fut arrêté, mais il put s’évader et vint à Paris. Il se réfugia, sous le nom de Léon Léger, chez le compagnon Chaumentin, à Saint-Denis, où il vécut jusqu’en mars 1892. C’est là que l’idée lui vint de venger les anarchistes de Clichy, Decamps et Dardare, condamnés en août 1891. Le 11 mars 1892, il déposa une « marmite » au domicile du président Benoît qui avait dirigé les débats lors du procès : personne ne fut atteint, mais les dégâts furent considérables. Le 27 mars, Ravachol s’attaqua à l’immeuble habité par le substitut Bulot qui avait requis la peine capitale. L’explosion fut encore plus dévastatrice que la première fois, mais il n’y eut aucun mort à déplorer. La police, informée par une indicatrice qui fréquentait chez Chaumentin, et sachant que Ravachol était l’auteur des attentats, communiqua son signalement à la presse :
« Taille 1 m 66 ; envergure, 1 m 78 ; maigre ; cheveux et sourcils châtains foncés ; barbe châtain foncé ; teint jaunâtre ; visage osseux ; nez assez long ; figure allongée ; front bombé et assez large ; aspect maladif. »
« Signes particuliers : cicatrice ronde à la main gauche, au bas de l’index près du pouce [...] ».
Ravachol, le jour même de la seconde explosion, dîna au restaurant Véry. Ses propos intriguèrent le garçon Lhérot ; deux jours plus tard, Ravachol revint. Le garçon, ayant aperçu la cicatrice ronde à la main gauche, alerta la police. Le dynamiteur fut arrêté — 30 mars — après une farouche résistance. Le restaurant Véry devait sauter le 25 avril, veille de l’ouverture du procès de Ravachol.
Détenu, Ravachol fut surveillé nuit et jour par trois inspecteurs de police. Le soir même de son arrestation il exposa ses conceptions anarchistes à ses gardiens qui rédigèrent un rapport ; par la suite, Ravachol demanda à dicter ses Mémoires dans lesquels il raconta en détail sa vie jusqu’à son évasion et sa fuite à Paris (cf. Jean Maitron, Ravachol et les anarchistes, op. cit., pp. 46 à 73).
Dès le 26 avril, Ravachol comparut devant la cour d’assises de la Seine. Henri Varennes, dans son livre De Ravachol à Caserio, le présente ainsi : « Ce colosse d’une force prodigieuse [...] était de taille moyenne, mince de corps, maigre de figure. La physionomie n’est point brutale, plutôt hypocrite, la mâchoire était trop forte, on eût dit une mâchoire de loup ; l’œil était vif, mais sournois. » Avec Ravachol comparurent quatre coïnculpés : Simon, dit Biscuit, Chaumentin, dit Chaumartin, Jas-Béala et Soubert Rosalie, dite Mariette.
Les débats se déroulèrent dans le calme. Ravachol revendiqua toutes les responsabilités et ses coaccusés n’apparurent que comme des aides, voire des comparses. Il expliqua ses actes par la volonté de venger les anarchistes condamnés. Aucun de ceux qu’il avait fréquentés n’apporta un témoignage défavorable, bien au contraire. Et Ravachol apparut comme le justicier anarchiste, compatissant envers les opprimés — il avait donné de l’argent à la femme de Decamps et acheté des vêtements à ses enfants — mais capable de vengeances implacables envers ceux qu’il jugeait responsables de leur misère.
Ravachol fut condamné aux travaux forcés à perpétuité.
Les débats de Paris n’étaient toutefois qu’un prologue. Le 21 juin suivant, Ravachol comparaissait devant la cour d’assises de la Loire pour répondre des crimes ou délits antérieurs aux explosions. Outre la violation de sépulture et l’assassinat de l’ermite de Chambles, plusieurs autres assassinats étaient reprochés à Ravachol, qui nia en être l’auteur. La défense de Ravachol fut simple. Il déclara à l’audience du 21 juin : « Si j’ai tué, c’était pour satisfaire d’abord mes besoins personnels, puis pour venir en aide à la cause anarchiste, car nous travaillons pour le bonheur du peuple » cf. Gazette des Tribunaux. Durant les longs interrogatoires, Ravachol ne se départit pas d’un calme étonnant. Il fut condamné à la peine de mort et c’est au cri de : « Vive l’Anarchie » qu’il accueillit le verdict. Il fut exécuté le 11 juillet à Montbrison. Le télégramme officiel qui annonçait son exécution débutait ainsi : « 74 287. — Justice a été faite ce matin à 4 h. 05 sans incident ni manifestation d’aucune sorte... »
En raison de son passé, la personnalité de Ravachol fut tout d’abord discutée dans les milieux anarchistes. Mais, en raison du caractère absolument désintéressé des attentats qu’il commit à Paris et de son attitude devant les juges, on célébra bientôt ses mérites, et sa renommée fut considérable. Une complainte appela à la vengeance, une chanson la Ravachole, sur l’air de la Carmagnole et du Ça ira exalta ses exploits.
Charles Malato, le 1er septembre 1894, s’exprimait ainsi dans une revue anglaise, The Fortnighty Review : « Ravachol représentait l’homme modelé avec vigueur, primitivement simple dans ses pensées qui, plongé dans l’obscurité et entrevoyant soudain la lumière, marcha vers elle, les yeux encore éblouis, sans s’arrêter aux obstacles qui barraient son chemin. » Et encore : « Ravachol était une de ces personnalités déconcertantes qui peuvent laisser à la postérité la réputation d’un héros ou d’un bandit, suivant l’époque où ils vivent et le monde où ils se meuvent. »

SOURCES : Jean Maitron, Ravachol et des anarchistes, René Julliard, 1964. — Jean Maitron, Ravachol et les anarchistes, op. cit. — Ravachol. Un saint nous est né  ! Textes établis et rassemblés par Philippe Oriol, Paris, L’équipement de la pensée.

ICONOGRAPHIE : Ravachol et les anarchistes, op. cit. — Hans Escher, Ravachol, Jugend und Volk, Wien-München, 1969.
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