SALAMERO Joseph, François

Par Marie-Louise Goergen

Né le 11 janvier 1909 à Marmande (Lot-et-Garonne), mort le 3 juillet 1997 à Marmande ; cheminot, garde-barrière ; résistant et déporté politique ; syndicaliste CGT et communiste.

Fils d’un roulier puis employé à l’usine à gaz de Marmande qui devint métayer et d’une femme de ménage d’origine espagnole qui devint agricultrice, Joseph Salamero eut deux sœurs dont l’une travaillait comme employée de maison, l’autre comme employée de maison puis ouvrière agricole. La famille ne connut pas de pratiques religieuses. Joseph Salamero quitta l’école à l’âge de onze ans pour travailler à la ferme de ses parents. Réformé militaire le 2 novembre 1929, il se mit à travailler dans le bâtiment et participa à la construction des digues de la Garonne puis, en 1930, à celle du pont de Marmande. De 1932 à 1933, il fut embauché comme auxiliaire au chemin de fer. Parallèlement à sa vie professionnelle, il poursuivit des études par correspondance à l’École supérieure des colonies, section agriculture coloniale, qui furent sanctionnées par un diplôme de chef de cultures le 20 juin 1933. En 1933-1934, il fut employé à Paris dans l’entreprise de travaux publics qui avait construit le pont de Marmande, puis fut employé, en 1935-1936, comme ouvrier à la tuilerie Soizeau à Sainte-Bazeille (Lot-et-Garonne).

Le 1er janvier 1937, il fut recruté au chemin de fer comme gardien de nuit et auxiliaire à la Voie. Il accéda au grade de garde-barrière à Marmande en 1949, puis fut muté comme garde-barrière principal à Agen (Lot-et-Garonne) en 1957, où il fut réformé en juillet 1964 suite à un accident du travail qui lui valut une invalidité partielle de 40 %.

L’engagement syndical de Joseph Salamero avait débuté bien avant son entrée au chemin de fer, car il fut à l’origine, en 1930, de la création d’un syndicat parmi les ouvriers qui construisaient le pont de Marmande. En juin 1936, il anima une grève à l’usine Soizeau à Sainte-Bazeille. Cette activité se doubla d’un engagement politique, car il adhéra au PCF (en 1932 ou en 1935 selon les sources) et faisait partie des « Amis du PC », association qui existait depuis 1928. Durant ces années, Joseph Salamero acquit une certaine notoriété, car il fut chargé, après l’interdiction du Parti communiste en 1939, de la réorganisation du Parti communiste dans le Marmandais. Selon son fils, il représentait au sein du comité de réorganisation la commune de Sainte-Bazeille. Sur le plan pratique, il était chargé du sabotage du matériel militaire rapatrié du front et qui était cantonné le long de la RN 113. De plus il s’occupait de la propagande politique et syndicale (journaux, tracts).

Rappelé à l’activité le 15 avril 1940, il fut démobilisé le 29 juillet 1940. Dès le 1er septembre 1940 il appartint au Front national. Ses activités politiques lui valurent d’être arrêté le 4 juillet 1941 et d’être emprisonné d’abord à la maison d’arrêt d’Agen, puis à la prison Saint-Michel à Toulouse. Jugé devant un tribunal militaire avec les autres personnes arrêtées en même temps que lui, il fut condamné à trois ans de prison et interné à Eysses en Lot-et-Garonne, puis à Mauzac en Dordogne et enfin à Saint-Suplice-sur-Tarn dans le Tarn. Après une tentative d’évasion, tout le camp fut déporté à Buchenwald (Allemagne) en août 1944. Il y participa au collectif qui organisait la vie dans le camp. Parti de Buchenwald dans un convoi de la mort, il réussit à s’évader le 22 avril 1945. Recueilli par l’Armée américaine, intransportable, il ne fut rapatrié en France que le 5 juin 1945.

Il y reprit ses activités syndicales et politiques. Dès la Libération et durant les années 1950, il fut secrétaire de la section du PCF de Marmande, puis membre de son bureau jusqu’en 1961. Responsable du syndicat CGT des cheminots de Marmande, jusqu’en 1963 au moins, il anima, en août 1953, la grève de la SNCF dans le Marmandais. Une « demande d’explication » de l’entreprise donne un aperçu de ses activités : « Au cours de la grève, vous vous êtes employé à inciter les agents requis à ne pas obéir aux ordres de réquisition. En outre, vous avez incité des agents de gardiennage de [passage à niveau] à cesser leur service dans des conditions dangereuses pour la sécurité. » Joseph Salamero fut également, pendant des années et jusqu’à la retraite, délégué du personnel de la Voie. Secrétaire de l’Union locale CGT de Marmande en 1956, il fit partie du bureau fédéral de la Fédération PCF du Lot-et-Garonne jusqu’en 1953 - année d’une candidature malheureuse aux élections municipales -, membre du comité fédéral de 1954 à 1959, enfin membre de la commission fédérale de contrôle financier de 1959 à 1966. Au moment de la retraite, il devint responsable local des vieux travailleurs.

Marié en 1935 avec Anne-Marie Denaules, remarié en 1977 à Agen avec Angèle Dubois, avec qui il vivait en concubinage depuis 1964, Joseph Salamero fut père de deux fils nés en 1937 et en 1947, qui sont respectivement instituteur et préposé aux PTT.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article8446, notice SALAMERO Joseph, François par Marie-Louise Goergen, version mise en ligne le 30 juin 2008, dernière modification le 30 juin 2012.

Par Marie-Louise Goergen

SOURCES : Arch. SNCF de Béziers. — Comités fédéraux du PCF. — Renseignement communiqués par son fils Jean Salamero. — État civil.

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