NOËL Émile

Né à Bordeaux (Gironde) en 1866 ; mort à Tours (Indre-et-Loire) le 21 mars 1938 ; imprimeur lithographe ; militant socialiste ; syndicaliste ; coopérateur ; libre penseur.

Fils d’un républicain qui votait pour les candidats gambettistes et, en 1881, pour Blanqui élu et tiré de prison, Émile Noël était l’aîné de trois enfants. Il alla à l’école jusqu’à l’âge de onze ans, puis apprit le métier d’imprimeur lithographe. À seize ans, il était syndiqué. Il suivit les cours d’adultes du soir et obtint un prix d’excellence. À ses parents illettrés, il apprit à lire, à signer et à connaître les chiffres. À dix-huit ans, il entreprit son tour de France. À Angoulême, il fut reçu par le « Premier » (compagnon) de la ville ; où il passa trois mois. Enthousiasmé par l’accueil qu’il y trouva, il garda pour Angoulême un grand attachement et y revint souvent en propagandiste libre penseur.
De retour à Bordeaux, en 1889, il adhéra au Parti Ouvrier Français et devint secrétaire du comité central de l’organisation bordelaise. Candidat aux élections municipales de 1890, il obtint 3 462 voix. Il fut également candidat lors des élections municipales du 1er mai 1892.
Secrétaire du syndicat de sa profession, il dirigea la délégation des corporations ouvrières, chargée de remettre au maire de Bordeaux, le 1er mai 1890, le cahier de revendications des ouvriers, puis fit le compte rendu de sa délégation dans la cour de la Bourse du Travail. Il fut élu secrétaire de la Bourse du Travail de Bordeaux et de la fédération des syndicats ouvriers de la Gironde.
Le 1er mai 1891, il fit partie de la délégation des corporations ouvrières conduite auprès du préfet de la Gironde par plusieurs députés, dont Antoine Jourde, pour lui remettre le cahier des revendications ouvrières. Il ne put pénétrer dans la préfecture, fut arrêté et conduit au commissariat de police où il fut retenu jusqu’à huit heures du soir. À la suite de cet incident, il fut congédié de son travail. Ne trouvant plus à s’employer, il quitta Bordeaux pour Limoges et reprit dans cette ville son action militante. Il participa au IIIe congrès de la Fédération des Bourses du Travail, Lyon (25-29 juin 1894), puis au VIe congrès national des syndicats, Nantes (17-22 septembre 1894) où il rencontra Aristide Briand. Il se prononça pour la grève générale à laquelle étaient opposés la plupart des militants de la Bourse du Travail de Limoges. En 1902, il fit créer un sous-comité de la grève générale à la fédération des syndicats de la Haute-Vienne. En décembre 1903, il devint, pour quelque temps, secrétaire général de la fédération des syndicats de Limoges et du Centre.
Émile Noël milita également comme socialiste et, en mai 1900, fut élu conseiller municipal sur une liste d’union républicaine et socialiste, comprenant des membres du Parti ouvrier. Candidat aux élections législatives de 1902 dans la 2e circonscription de Limoges, il obtint 923 voix. Il avait été délégué aux congrès socialistes de Paris, salle Japy (1899) et salle Wagram (1900).
Émile Noël apporta également son concours à la propagande paysanne. Il affirmait dans ses réunions électorales la fraternité des travailleurs des villes et de ceux des champs, et constitua des syndicats agricoles dans plusieurs communes. En 1903, aidé d’ouvriers feuillardiers, il créa des syndicats de fermiers et de métayers dans plusieurs départements.
La coopération l’attira aussi. En octobre 1899, il fut chargé de saluer Millerand, ministre socialiste, en visite à Limoges, au nom de l’Union coopérative de Limoges et des coopératives du département. En 1903, il fut parmi les participants au projet de fondation de la coopérative porcelainière « La Céramique » qui, moins heureuse que ses devancières du milieu du XIXe siècle, ne put se constituer.
Il organisa des Universités populaires, des sociétés de secours mutuels — il fut vice-président de la sienne jusqu’à son départ de Limoges, tout en refusant de demander des secours quand il en avait besoin — des sections de la Ligue des droits de l’Homme : il fut vice-président de celle de Limoges qui le laissa en fonctions quelque temps après son départ.
Noël participa enfin à la propagande de la Libre Pensée qui allait peu à peu accaparer toute son activité. Il avait commencé à Bordeaux, dès l’âge de vingt-cinq ans ; il continua à Limoges. Il fonda diverses œuvres sociales dans le cadre de la Libre Pensée : celle du « Pain fraternel », « l’Organisation des chefs de famille laïques » qui eut des adhérents dans plus de cinquante départements et disparut avec la guerre de 1914 ; « la Fête de l’adoption de l’enfance » avec des pères et mères d’adoption, sous la surveillance des sections de Libre Pensée.
En 1904, il créa de ses deniers le Libre Penseur de France. Depuis 1905, il participa à tous les congrès nationaux de la Libre Pensée et aussi à de nombreux congrès internationaux et siégea trente ans au Conseil international de la Libre Pensée. En 1911, il réunit au Trocadéro, à Paris, tous les libres penseurs de France dans une même association qui le porta à sa présidence.
Lors de la guerre de 1914-1918, il quitta Limoges et s’établit à Tours où il devint secrétaire général de la fédération des libres penseurs d’Indre-et-Loire. En 1917, il réalisa dans ce département l’unité des forces laïques et libres penseuses, faisant adhérer à la Libre Pensée des sociétés comme « Les Cérémonies civiles », société présidée par René Besnard et Camille Chautemps, puis « L’Action sociale ».
Pendant la guerre, il chercha à maintenir le contact avec les libres penseurs qui se trouvaient au front ou dans les hôpitaux et combattit la propagande cléricale aux armées. Il réunit en pleine guerre à Tours un congrès groupant soixante délégués libres penseurs venus de quarante départements. Il organisa l’œuvre des « Caissettes-tirelires » qui lui permit de verser des sommes importantes pour les familles évacuées de Belgique et du Nord de la France.
En 1922, Noël devint secrétaire général de la Fédération des libres penseurs de France. Jusqu’en 1937, il poursuivit sa propagande et continua la publication du Libre Penseur de France qui paraît aujourd’hui à Tours.
Au congrès national de la Libre Pensée de Bordeaux, les 12-14 août 1937, Émile Noël avait été élu à la Commission administrative de la Fédération mais non au secrétariat de la Fédération qui avait été confié au secrétaire administratif Galy, remplacé plus tard par André Lorulot. Il en fut très affecté. La même année, le Parti socialiste lui offrit une candidature au conseil général d’Indre-et-Loire, qu’il refusa.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article83891, notice NOËL Émile , version mise en ligne le 31 août 2016, dernière modification le 31 août 2016.

SOURCES : Le Libre Penseur de France, 15 janvier 1928, 8 juin 1937, octobre 1937, avril-mai 1938. — Roubaix Socialiste, organe du POF de Roubaix et de Tourcoing, 29 avril 1892 (BNF Gallica). — Notes de Louis Botella,

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