LEMOYNE Paul, Augustin, Simon

Par Jacques Girault

Né le 26 septembre 1874 à Paris (XVIIe arr.), mort le 18 décembre 1953 à Ollioules (Var) ; expéditeur ; militant socialiste SFIO ; maire et conseiller général d’Ollioules.

Son père, employé de commerce devenu clerc de notaire, propriétaire au Vézinet (Seine-et-Oise) mourut en 1994 ; sa mère vécut alors de ses rentes à Avon (Seine-et-Marne) jusqu’en 1932. Ayant reçu les premiers sacrements catholiques, Paul Lemoyne obtint le certificat d’études primaires et effectua son service militaire dans l’Infanterie à Fontainebleau (Seine-et-Marne). Sans profession, il se maria religieusement en janvier 1897 à Ollioules avec la fille d’un jardinier. Le couple eut six enfants qui ne reçurent pas de sacrements religieux.

Initié à la Franc-maçonnerie à la loge du Grand Orient de France de Moret (Seine-et-Marne), Lemoyne s’était installé à Ollioules en 1895 et, jusque vers 1910, partageait son temps entre le Var et la Seine-et-Marne où vivait sa mère. En août 1909, il présidait la société « Les touristes ollioulais » qui avait pour but de « développer le goût de la marche, des exercices physiques et hygiéniques ainsi [que] l’étude des sciences naturelles. »

Lemoyne, expéditeur en fleurs, et tout spécialement, selon sa publicité, en œillets, narcisses, immortelles et bulbes, travaillait en association avec son frère. Son action s’exerçait dans le domaine professionnel : présidence du syndicat agricole, de la coopérative oléicole et vinicole, de la caisse de crédit agricole d’Ollioules, membre du comité directeur de la Fédération varoise des syndicats agricoles et horticoles, du conseil d’administration du syndicat des producteurs de bulbes et d’oignons à fleurs, de l’Office départemental agricole au début des années 1930. Le militant qui assurait la chronique agricole de l’hebdomadaire socialiste SFIO, Le Réveil du Var, en 1927, notait que ce « coin du paysan, vous le devez beaucoup au parisien provincialisé à fond, qu’est le populaire industriel agricole d’Ollioules, Paul Lemoyne, qui met dans cette ville, et même dans le Var et ailleurs, son érudition au service de la laborieuse classe paysanne de laquelle il est fier de se réclamer. »

Socialiste depuis 1898, membre du Parti socialiste SFIO, Lemoyne participa aux congrès nationaux de Saint-Quentin (16-19 avril 1911), de Lyon (18-21 février 1912), de Brest (23-25 mars 1913), d’Amiens (1914, mais son nom ne figurait pas dans la liste des délégués). En 1914, réélu au comité de la fédération socialiste SFIO du Var, il fut délégué suppléant pour les réunions du conseil national du 4 janvier et du congrès international de Vienne. Pour l’élection législative de 1914, il fut le trésorier du comité socialiste de la troisième circonscription qui soutenait la candidature de Pierre Renaudel.

Depuis quelques années, à Ollioules, les socialistes animaient un comité anti-municipal. Le 5 mai 1912, aux élections municipales, la « liste du comité républicain socialiste (SFIO) et des intérêts locaux » l’emportait. Lemoyne, qui avait obtenu 506 voix sur 1 106 inscrits, devint maire.

Au début de la guerre, en août 1914, rappelé comme soldat de deuxième classe dans l’armée territoriale, Lemoyne contracta un engagement pour le Maroc. Rappelé en France en 1917, il resta mobilisé jusqu’en mars 1919.

Réélu conseiller municipal, le 30 novembre 1919, Paul Lemoyne refusa le siège de maire, avançant des raisons de santé dans Les Coulisses, le 6 décembre 1919. Délégué sénatorial en janvier 1920, il fit partie du comité électoral du Bloc des Gauches. Réélu en première position (595 voix sur 1 113 inscrits), le 3 mai 1925, sur une liste du « Comité républicain (SFIO) et des intérêts locaux », il devint premier adjoint et conserva cette fonction, après sa réélection, le 5 mai 1929 (569 voix sur 1 135 inscrits).

Toujours membre du comité fédéral, le congrès de la fédération socialiste SFIO, le 15 février 1920, délégua Lemoyne au congrès national de Strasbourg. Membre du bureau du congrès fédéral, le 19 décembre 1920, il se prononça pour la motion du Comité de reconstruction de l’Internationale. Lors du congrès fédéral, le 10 avril 1921, il fut maintenu comme membre du comité fédéral du Parti socialiste SFIO et y fut reconduit jusqu’à la fin des années 1930. Le 14 février 1924, représentant son parti dans la sous-commission d’organisation de la campagne électorale de la liste SFIO-Fédération des cercles rouges, il fit partie de la commission exécutive du Comité général varois pour l’élection rouge. De 1925 au début des années 1930, secrétaire-adjoint de la fédération socialiste SFIO, en 1928, il fut le secrétaire du comité de soutien du candidat socialiste aux élections législatives. Délégué au congrès national de Clermont-Ferrand, il signa la lettre « aux citoyens membres de la CAP » du Parti socialiste SFIO, publiée dans La Vie socialiste du 14 août 1926, qui protestait contre les décisions visant la délégation de Paul-Boncour à la Société des Nations et demandant un fonctionnement différent du Parti et notamment de la Commission administrative permanente. Par la suite, membre de la commission de propagande du comité fédéral, lors de la scission de 1933, il choisit de suivre Renaudel et ses amis. Le 13 novembre 1933, il fut désigné parmi les six membres de la commission provisoire du nouveau parti dans le Var. Le 17 novembre, il signa l’appel aux socialistes pour qu’ils suivent leurs élus. Le 26 novembre, il devint le secrétaire adjoint de la Fédération du Parti socialiste de France. Plus tard, secrétaire du comité antifasciste d’Ollioules, il réintégra le Parti socialiste SFIO et redevint membre de son comité fédéral en juillet 1935.

Dans les années 1920, le Parti socialiste SFIO ne présentait pas de candidat au Conseil général dans le canton d’Ollioules contre le titulaire, radical-socialiste, bien implanté dans les milieux horticoles. Quand ce dernier se retira, Lemoyne, le 14 octobre 1928, fut élu avec 1 011 voix sur 2 818 inscrits.

Au Conseil général, tout d’abord désigné comme membre de la commission de l’agriculture et de l’instruction publique, Paul Lemoyne, à partir du 27 octobre 1928, fut affecté dans la deuxième commission (Travaux publics, bâtiments départementaux). De 1928 à 1940, il participait à la commission de l’hydraulique et représentait le Conseil général à l’Office départemental agricole, à la commission sanitaire de l’arrondissement de Toulon, au comité départemental de la pêche fluviale, à la commission de la chasse, au syndicat des communes du littoral (jusqu’en 1937). Désigné pour un an comme membre de la Commission départementale, le 1er septembre 1930, à partir du 4 septembre 1930, permutant avec Émile Claude, il quitta la deuxième commission pour celle des finances dont il fit partie jusqu’en 1940. A partir d’octobre 1931, il fit aussi partie des commissions des eaux de Fontaine-l’Evêque (jusqu’en 1940), de l’électrification des campagnes (mai 1930-octobre 1937). A nouveau membre de la Commission départementale en octobre 1932, il la présida pendant un an.

Lors du renouvellement du Conseil général en octobre 1934, les socialistes SFIO lui opposèrent le maire de Six-Fours, commune voisine mais ne faisant pas partie du canton. Au premier tour, Lemoyne obtint 980 voix sur 3 311 inscrits et 2 310 votants alors que le candidat SFIO réunissait 387 voix. Lemoyne annonça qu’il quittait le PSDF pour se présenter comme « candidat de l’Union des gauches et républicaine socialiste ». Le candidat SFIO se désista en sa faveur et le 14 octobre, il fut réélu avec 1 200 voix sur 2 422 votants. Une partie des électeurs avaient refusé de voter pour le conseiller sortant. Dans une lettre au secrétaire général du PSDF, publiée dans Le Petit Provençal, le 12 octobre 1934, il affirma son hostilité à l’entrée d’Adrien Marquet au gouvernement constitué le 12 février. Après avoir protesté vainement au congrès fédéral de Toulon, il décida de s’abstenir de toute activité partisane. En octobre 1934, n’obtenant pas satisfaction sur le cas Marquet, il décida de se retirer dans « l’autonomie », ce qui affecta « profondément » Renaudel, selon un article de Claude dans Le Petit Var (3 avril 1935).

Au Conseil général, Lemoyne apparaissait comme un homme-clef. Membre de la Commission départementale d’octobre 1934 à la guerre, il la présida en 1940. Il siégeait dans les mêmes commissions, ne présidait plus la commission des finances, mais faisant partie de la commission d’étude du budget. Il remplaça Albert Lamarque en 1935 comme rapporteur du budget. S’y ajoutaient la commission du contrôle du service des enfants assistés (1934-1937) et la représentation de l’assemblée au conseil d’administration des écoles normales, aux conseils départementaux de l’Instruction publique, de l’enseignement technique (avril 1938), à la conférence régionale des PTT, à la commission de propagande touristique de la Côte d’Azur et de la Corse, à la conférence interdépartementale des conseils généraux du Sud-Est, au comité départemental de surveillance des colonies de vacances et de l’orphelinat laïque de Boulouris. Il présidait aussi la commission de répartition des subventions agricoles, l’Office départemental agricole, les commissions de surveillance de la maison départementale de retraites du Luc et de l’hôpital psychiatrique de Pierrefeu. En mai 1936, il devint délégué au Comité de la XIe région économique (Côte d’Azur) pour la préparation de l’Exposition internationale.

Sur le plan municipal, Lemoyne entra en conflit avec le maire et les autres conseillers, passés au PSDF pour l’essentiel à partir de juillet 1934. Aussi décida-t-il de ne plus venir aux réunions. Pour l’élection municipale de mai 1935, candidat, avec deux autres socialistes SFIO, il ne fut pas élu avec 470 voix sur 1 094. Un mois plus tard, il était vice-président du comité qui soutenait le candidat socialiste SFIO lors de l’élection législative partielle. A sa création, il fut secrétaire du comité antifasciste d’Ollioules et redevint membre du comité fédéral du Parti socialiste SFIO en juillet 1935.

Sous le Front populaire, lors d’un conflit entre ouvriers agricoles et propriétaires à Solliès-Pont, désigné comme arbitre par le Préfet, le 17 septembre 1937, Lemoyne fut récusé par les patrons mais son arbitrage fut accepté peu après à Puget-Ville.

Pendant l’Occupation, Lemoyne participa à la reconstitution du Parti socialiste SFIO clandestin et fut membre du Comité d’action socialiste. Après sa présence à une manifestation patriotique, le 14 juillet 1942, le Préfet pensa à lui pour faire partie du Conseil départemental, projet qui n’aboutit pas. Arrêté par les Italiens, le 7 septembre 1943, envoyé au camp de Modane, il fut libéré le 9 novembre.

Le Comité départemental de Libération décida son maintien comme conseiller général et il retrouva la présidence de la Commission départementale. Confirmé comme membre du Parti socialiste SFIO par le comité fédéral, le 15 janvier 1945, non membre de la délégation municipale d’Ollioules, président d’honneur de la section locale du Mouvement de Libération nationale, il fut élu conseiller municipal, le 29 avril 1945, sur la liste « d’action des Gauches socialistes ». Selon le Préfet, il n’avait « accepté de prêter son concours que pour appuyer de son autorité le candidat de ses amis du Parti socialiste ». Il fut très actif pour pousser le maire Marius Trotobas à démissionner. Il refusa d’être candidat socialiste au Conseil général. Dans une lettre à Jean Charlot le 2 septembre 1945, il alléguait son âge et des raisons politiques : « partisan de l’unité avec le Parti communiste, je ne serais pas candidat si un accord ne se réalisait pas entre les deux partis ; je ne veux pas faire figure d’élu de la réaction. ». Il proposa la candidature d’Octave Maurel, maire de Bandol.

Lorsque Joseph Risterucci décida de quitter la présidence du Conseil général, puis de quitter le Parti socialiste SFIO, Lemoyne lui manifesta sa sympathie par lettre, le 23 novembre 1946. Délégué aux congrès fédéraux, il exprimait dans ses interventions son désaccord avec les choix tactiques de son Parti, notamment sur les apparentements en 1951. Il écrivit à Charlot, le 15 mars 1953, « J’ai perdu confiance et illusion ». Se refusant à tout anticommunisme, il notait, « Je ne mets pas en dehors de la communauté française cinq millions d’individus électeurs […] ».

Réélu conseiller municipal d’Ollioules, le 19 octobre 1947, sur la liste « d’union socialiste et de défense républicaine », doyen d’âge, Lemoyne redevint maire de la commune. Réélu en octobre 1953 comme socialiste SFIO, président, depuis vingt-cinq ans, de la délégation cantonale de l’Instruction publique, toujours président de la coopérative oléicole, il disparaissait peu après. Ses obsèques civiles furent l’occasion d’une imposante manifestation de reconnaissance.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article82486, notice LEMOYNE Paul, Augustin, Simon par Jacques Girault, version mise en ligne le 30 mars 2010, dernière modification le 1er septembre 2017.

Par Jacques Girault

SOURCES : Arch. Nat., F/5 13021, 13085. – Arch. Dép. Bouches-du-Rhône, M6 III 1138. – Arch. Dép. Var, 2 M 5 279, 285, 292, 7 24 2, 28 3, 30 2, 31 1, 32 1, 32 2, 35 3, 35 4, 4 M 44, 45, 50, 53, 8 M 16 27, 18 M 12, 35, 36, 94, 3 Z 2 5, 10, 12, 14, 16. – Arch. Com. Ollioules. –
Arch. J. Charlot (Centre d’Histoire sociale du XXe siècle). – Arch. privées, J. Risterucci, Charles Sandro. – Presse locale. – Renseignements fournis par la famille de l’intéressé.

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