LAZARE Bernard, Marcus, Manassé

Né à Nîmes (Gard) le 14 juin 1865 ; enterré au cimetière Montparnasse à Paris le 3 septembre 1903 ; fils de négociants en drap établis à Nîmes ; écrivain, journaliste, Lazare collabora à la presse anarchiste.

Bernard Lazare (à droite) à l’époque de l’affaire Dreyfus
Bernard Lazare (à droite) à l’époque de l’affaire Dreyfus
Collection Maitron

« ... Il fut un des rares écrivains indépendants dans la presse bourgeoise. Au moment de la tremblote bourgeoise de 1893-1894, il ne craignit pas de se déclarer solidaire des anarchistes et de prendre leur défense. Quelque temps après, il eut bien une espèce de recul vers le socialisme parlementaire en compagnie de Paul Adam ; mais, le premier de tous, alors qu’il y avait encore réel danger à le faire, il proclama non seulement l’innocence de Dreyfus, mais les irrégularités du procès, les manœuvres de l’état-major... » (Les Temps Nouveaux, n° 19, 5-11 septembre 1903, extrait de l’article nécrologique que Jean Grave consacra à B. Lazare).

Fils de bourgeois aisés fidèles au rituel juif sépharade, vivant largement, élégant, le visage grave aux traits réguliers, les yeux rêveurs, portant monocle, Bernard Lazare, admis aux « mardis » de Mallarmé, collaborateur au Figaro et à l’Écho de Paris, n’hésita pas au moment des persécutions contre les anarchistes à manifester sa solidarité à leur égard.
Il témoigna à la barre, le 24 février 1894, en faveur de l’anarchiste Jean Grave poursuivi pour son livre la Société mourante et l’Anarchie dont la 2e édition venait d’être imprimée en Belgique avec une préface d’Octave Mirbeau et qui fut condamné à deux ans de prison et 1 000 f d’amende. Bernard Lazare collabora à la revue Les Entretiens politiques et littéraires, publiée sous la direction de Françis Viélé-Griffin, et qui devint anarchiste dans la seconde moitié de l’année 1892. Son nom figure sur la liste des collaborateurs du journal Les Temps Nouveaux de Jean Grave, donnée dans le premier numéro du 4-10 mai 1895. Il fonda l’hebdomadaire L’Action (n° 1) intitulé L’Action sociale à partir du n° 2, qui compta cinq numéros du 8 au 29 février 1896, et auquel collaborèrent entre autres Pelloutier et André Girard. Dans une conférence faite le 4 avril 1896 au nom du « Groupe d’Art social », il opposa l’art social, art universel, à l’art particulier, art de classe.

Dreyfusiste de la toute première heure — son Mémoire, Silence autour de l’Affaire, date du printemps 1895 — Bernard Lazare prit la tête du mouvement en faveur de la révision du procès qui avait abouti en décembre 1894 à la condamnation du capitaine Dreyfus. Il publia, en novembre 1896, un second Mémoire : Une erreur judiciaire. La Vérité sur l’affaire Dreyfus (Bruxelles, 1896, 24 p. Bibl. Nat. rés. Lb 57/II 711). La lettre de Zola à Félix Faure « J’accuse... » parue dans L’Aurore est du 13 janvier 1898.

Se jugeant offensé par un article paru dans la Libre Parole du 16 juin 1896 sous la signature de l’antisémite Drumont, Lazare eut un duel avec celui-ci, sans résultat.

À partir de 1897, B. Lazare, ramené au judaïsme par l’Affaire, adhéra au mouvement sioniste. Il participa en 1898 au 2e congrès sioniste de Bâle et fonda une revue « sioniste et sociale », Le Flambeau. Mais ses tendances anarchistes entraînèrent dès mars 1899 sa rupture avec le sionisme « autocratique » et qui laissait subsister la hiérarchie des classes.
Tuberculeux, B. Lazare mourut en 1903.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article82242, notice LAZARE Bernard, Marcus, Manassé , version mise en ligne le 30 mars 2010, dernière modification le 5 décembre 2010.
Bernard Lazare (à droite) à l’époque de l’affaire Dreyfus
Bernard Lazare (à droite) à l’époque de l’affaire Dreyfus
Collection Maitron

ŒUVRE : L’Antisémitisme, son histoire et ses causes, 1894. — Figures contemporaines, 1895. — Lettres prolétariennes, fondées en mars 1895 (la première est intitulée Antisémitisme et Révolution). — L’Écrivain et l’art social, publications du groupe « L’Art social », conférence du 4 avril 1896 (Bibl. Nat. 8° R Pièce 6 865). — « Bakounine », article paru dans La Revue blanche, n° 41, t. VIII, 6e année, 15 février 1895 (Bibl. Nat. 8° Z 10 735). — Les Porteurs de torche, 1897, récit symbolique anarchiste. — Les Cahiers de la Quinzaine dirigés par son ami Péguy ont publié presque toutes ses œuvres.

SOURCES : Arch. PPo. B a/958. — Jean Maitron, Histoire du Mouvement anarchiste..., op. cit. — Scoffham-Peufly, Les Problèmes de l’« art social », 1890-1896, Mémoire de Maîtrise, Vincennes, octobre 1970. — P. Aubery, « L’Anarchisme et les symbolistes », Le Mouvement social, n° 69, octobre-décembre 1969. — J.-M. Muslak, « Bernard Lazare », Revue des Études juives, nouvelle série, t. VI, 1940-1945. — Nous nous sommes limités essentiellement dans cette notice biographique, à B. Lazare sympathisant libertaire.

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