GÉRARD Henri, dit Commandant Rossel

Par Madeleine Rebérioux

Officier d’infanterie ; socialiste.

Officier de carrière, Henri Gérard servit d’abord au Soudan et au Sahara où il fut blessé. Il était considéré par ses chefs comme « un entraîneur d’hommes, un tempérament ardent, bienveillant et ferme, très aimé de ses soldats » (appréciation du colonel Gilles du 51e régiment d’infanterie).
À son retour en France, il rencontra Jaurès au cours d’un dîner parisien en 1903. Les deux hommes se lièrent d’amitié. Gérard devint socialiste. À partir de 1904, Jaurès le consulta fréquemment sur les questions militaires : Gérard le mit en relations avec de jeunes officiers, lui procura les cours de Foch à l’École de guerre et de nombreux autres ouvrages. Selon son témoignage au procès Villain, c’est à la demande de Jaurès que Gérard fut envoyé aux grandes manœuvres de Silésie en 1907, à celles de Bavière en 1908. À partir d’octobre 1907, il fut le principal auteur de la rubrique militaire ouverte par Jaurès (qui préparait alors l’Armée nouvelle) dans l’Humanité : sous la signature collective de « Rossel » — en hommage rendu à la Commune — parurent dès lors dans le quotidien socialiste « des études inspirées par des officiers ou en activité de service ou en retraite ». Cette collaboration, intense jusqu’en 1909, reprit épisodiquement en 1911, et plus largement en 1913, année pendant laquelle Gérard alla étudier l’armée bulgare et l’armée serbe. Dans l’Humanité du 26 avril 1909, Jaurès a dit tout ce qu’il devait à son ami : « Dans le projet de loi longuement élaboré et longuement motivé que j’ai préparé sur la réorganisation militaire (...) ce qu’il y a de meilleur, sans aucun doute, de plus élevé et de plus solide est dû aux inspirations du capitaine Gérard ».
Malgré leur caractère non officiel, ces prises de position valurent à Gérard de solides haines au ministère de la Guerre et dans son propre régiment. En 1909, il était capitaine au 51e régiment d’infanterie cantonné à Beauvais. Il n’y faisait pas mystère de ses convictions socialistes : il accepta par exemple d’aller témoigner au procès intenté au secrétaire du comité de la grève des ouvriers boutonniers de Méru, Platel, poursuivi pour injures envers un capitaine de gendarmerie que Gérard avait entendu parler d’arrêter tous les ouvriers qui sortiraient de leur domicile. Cette affaire fut l’occasion d’un vif incident qui l’opposa le 23 avril 1909 à un autre capitaine de son régiment, Angé. Gérard fut mis aux arrêts. Un conseil d’enquête fut constitué. En juillet 1909 Gérard fut expédié au Val de Grâce où on l’enferma dans une pièce grillagée en le faisant passer pour « neurasthénique ». Jaurès, Renaudel et Dubreuilh intervinrent pour le faire libérer. Gérard se battit alors en duel le 1er septembre avec Angé qui fut blessé. En octobre 1909, le conseil d’enquête, dont le premier président (le général Le Vilain) avait été dessaisi en raison de son excessive partialité, acquitta Gérard à l’unanimité. Il fut alors muté à Rouen.
Contrairement à la déposition de Gérard au procès Villain, il est plus que douteux, en raison de l’emploi du temps très minuté de Jaurès le 30 juillet 1914, qu’il ait pu rencontrer Gérard et, par conséquent, lui tenir les propos que celui-ci lui a prêtés. Mais il est certain que, le 31, Gérard a été un des premiers prévenus de la mort de son ami. Blessé en 1915, il fut alors envoyé au ministère de l’Armement. Le 1er août 1915, il intervint de façon pathétique à l’Opéra-Comique où la lecture de l’Ode à Jaurès de Georges Pioch, à l’occasion du premier anniversaire de l’assassinat, souleva le tumulte. Gérard se considéra dès lors comme investi d’une mission : défendre le patriotisme de Jaurès en l’assimilant à Renaudel et aux partisans du socialisme de guerre. C’est le sens de sa longue déposition en mars 1919 au procès de l’assassin de Jaurès. Il était alors commandant. Il fut fait lieutenant-colonel quelques mois plus tard.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article80801, notice GÉRARD Henri, dit Commandant Rossel par Madeleine Rebérioux, version mise en ligne le 30 mars 2010, dernière modification le 6 octobre 2018.

Par Madeleine Rebérioux

SOURCES : L’Humanité, 1907-1914. — Déposition de Gérard au procès Villain dans Le Procès de l’assassin de Jaurès (24-29 mars 1919), éd. de l’Humanité, s. d., pp. 171-183). — J. Rabaut, Jaurès et son assassin, Paris, 1967. — M. Rebérioux, introduction à L’Armée nouvelle, Paris, 1970.

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