DUPONT Arsène

Par Henri Manceau

Né à Revin (Ardennes) le 9 novembre 1854 ; mort en 1903 ; célibataire ; ouvrier mouleur à Revin ; secrétaire de la chambre syndicale de Revin et maire socialiste de cette ville ; président du Cercle d’études sociales ; conseiller général en 1901.

Arsène Dupont travailla aux usines Malcotte, puis aux usines Martin qu’il quitta à la suite d’un incident au conseil des prud’hommes. Il sollicita alors l’emploi de secrétaire de mairie, mais ne put l’obtenir en raison de ses idées politiques bien qu’il ait offert de conserver une neutralité absolue dans ses fonctions. Il dut passer alors quelque temps dans un établissement agricole de la Marne.
Arsène Dupont fut l’un des fondateurs du mouvement syndical à Revin et il s’imposa vite comme leader du mouvement ouvrier. Secrétaire de la Chambre syndicale de la métallurgie de Revin, il participa le 31 mai 1885 à la fondation de la Fédération des Travailleurs socialistes des Ardennes. Il déposa en octobre 1887 les statuts d’un syndicat rassemblant mille métallurgistes et il en fut le secrétaire. Il collabora également par ses articles au journal socialiste de J.-B. Clément, L’Émancipation, devenu ensuite L’Émancipateur. En 1889, il quitta la Fédération avec son groupe en signe de protestation au sujet d’une communication non insérée dans le journal socialiste L’Émancipation. Au printemps 1890, son syndicat, fort de mille adhérents, réintégra la Fédération. Lorsque éclata, durant l’hiver 1890-1891, la grève des usines Faure, Dupont en fut le principal organisateur. Pour soutenir la combativité des ouvriers, il organisa des collectes dans la ville et de nombreuses réunions.
Le 4 juin 1891, Dupont fonda le Cercle d’Études sociales l’Égalité et en devint le président. Il s’y dépensa sans compter au côté de J.B. Clément pour renforcer le parti et contribua à la naissance des groupes corporatifs des Mazures, Anchamps, Rimogne, etc.
Au lendemain de la grande grève des sept cents ouvriers de chez Faure du 19 novembre 1890 au 22 mars 1891, des attentats à la dynamite eurent lieu à Charleville et à Revin à l’été 1891. Dupont et les militants ouvriers furent inquiétés, les auteurs de ces attentats étant tous membres du syndicat. Le lendemain des premières explosions, le 14 juin 1891, Dupont avait été réélu conseiller municipal de Revin et, le 21 juin, maire. Arsène Dupont déclara le soir du scrutin : « C’est le commencement de la revanche des opprimés sur les oppresseurs, des spoliés sur les spoliateurs ! Il reste bien encore une majorité bourgeoise à l’Hôtel de Ville, mais un prochain coup de balai nous en débarrassera pour toujours ». Ce « coup de balai » fut donné au mois de juillet avec l’élection de seize candidats socialistes face à la liste conduite par le patron-maire Henri Faure. Dès son installation à l’hôtel de ville, Dupont prit une série de mesures. Le 28 octobre 1891, il ajourna le vote de la somme de 14 942,27 F représentant la dépense occasionnée par l’occupation militaire durant les grèves « jusqu’à ce que l’administration préfectorale ait fourni les renseignements demandés à ce sujet ». En 1892, le conseil général alloua une somme de deux cents francs pour aider les grévistes (6 janvier) et vota la laïcisation de l’école des filles (29 octobre).
Lors de l’enquête sur les explosions, on chercha à mettre en cause Dupont et, à travers lui, le syndicat tout entier. En 1894, il en fut de même à propos du procès des incendiaires de Revin. Dupont fut accusé de gérer une « caisse noire » destinée à payer les attentats dont il aurait été l’instigateur. En 1891, la police perquisitionna chez lui. On l’accusa d’anarchisme alors que, suivant les instructions de Clément, il tentait d’empêcher la lecture du Père Peinard qui s’attaquait au Parti ouvrier ardennais. Bigel, l’un des principaux incendiaires, ayant déclaré : c’est le Cercle d’études sociales qui a décidé les incendies, Dupont vint se justifier, affirmant : « Je suis socialiste révolutionnaire, je discute les idées, mais je ne suis pas partisan de ceux qui mettent le feu ou emploient la dynamite ». Quant au Cercle d’études sociales, il s’occupait, dit-il, de questions sociales, de la laïcisation de l’école, de fournitures scolaires gratuites, la municipalité s’en désintéressant.
Dupont fut condamné à diverses reprises par le tribunal de Rocroi et, en particulier, à la suite de la conférence tenue à Revin le 4 octobre 1892 par l’anarchiste Fortuné Henry, le commissaire de police ayant été maltraité par la foule alors que Dupont aurait dû intervenir en tant que maire. En mai 1893, il est condamné à huit jours de prison et cent francs d’amende par le tribunal de Rocroi pour « dénonciation calomnieuse envers la gendarmerie pendant les grèves ». Le mercredi 5 juillet, la Cour d’appel de Nancy confirma le jugement et révoqua Arsène Dupont du poste de maire. Le soir même, il prit rendez-vous avec la population revinoise : « Si l’on a cru abattre l’homme qui a consacré toute son énergie et son intelligence à la défense des travailleurs, sans faillir aux principes révolutionnaires, on s’est trompé ; car c’est la tête haute que je rentrerai à Revin, et si l’occasion se présente l’énorme majorité d’électeurs... se retrouvera debout et saura me venger. »

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article80410, notice DUPONT Arsène par Henri Manceau, version mise en ligne le 30 mars 2010, dernière modification le 30 mars 2010.

Par Henri Manceau

SOURCES : Arch. Dép. Ardennes, série I U, dossiers 2 095-2122-2156. — Le Socialiste ardennais. — L’Émancipation. — Études de Tinel : Revin ; de Jean Garand ; Revin, Fumay, Fépin, (1790-1920).— Didier Bigorne (sous la dir. de), Terres ardennaises, n° spécial, n°46 : Visages du mouvement ouvrier, Mars 1994.

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