REVEZ Omer, Henri, Ernest

Par Madeleine Singer

Né le 6 septembre 1918 à Zegerscappel (Nord), mort le 19 octobre 2000 à Dunkerque-Rosendaël (Nord) ; chef de brigade à la SNCF ; secrétaire-fondateur du Syndicat CFTC-CFDT des cheminots de Dunkerque (1948-1973), trésorier de l’Union régionale Nord-Pas-de-Calais des retraités CFDT de 1981 à 1989.

Étienne, Omer, Julien Revez, employé de chemin de fer, avait épousé Lydie, Marthe Leconte, ménagère. Ils avaient déjà une fille quand naquit Omer. Tous deux étaient catholiques. Domiciliés à Godewaersvelde (Nord), mais réfugiés à Zegerscappel pendant la guerre de 1914-1918, ils s’installèrent ensuite à Dunkerque où Omer fréquenta une école primaire privée et fit sa communion solennelle. Or par décision du tribunal civil de Dunkerque, Omer fut le 28 novembre 1928 « adopté par la Nation » : il devenait ainsi « pupille de la Nation » avec les avantages financiers afférents à cette qualité car son père qui avait fait la guerre 1914-1918, en était revenu sérieusement blessé ; celui-ci devint ensuite agent de police. On trouve effectivement beaucoup de cas analogues concernant des enfants qui avaient perdu leur père à la guerre ou risquaient d’en être privés par un décès prématuré avant leur majorité. Après avoir obtenu son certificat d’études primaires, Omer Revez fut admis au lycée technique de Dunkerque où il passa avec succès le brevet d’études primaires (BEP). À 16 ans il entra comme ouvrier chez BP, usine de pétrole à Dunkerque. Il fut ensuite recruté par la SNCF et faisait son service militaire quand la guerre de 1939 éclata. Fait prisonnier, il ne revint en France qu’en 1945.
À son retour la SNCF l’affecta d’abord aux ateliers de Fives-Lille (Nord) comme réparateur de locomotives. Mais comme il était marié, il fut rapidement muté au dépôt « Matériel et traction » de Coudekerque-Branche (Nord). Chef de brigade, il était chargé avec son équipe de la réparation et de la révision des machines à vapeur 231 E Pacific, 242 TA Région parisienne. Les deux années précédant la fermeture du dépôt, Omer Revez s’occupa de la remise en état des machines à vapeur pour le musée de Mulhouse (Haut-Rhin) : il surveillait les travaux et procédait aux essais. En 1971 ce dépôt fut transféré à Grande-Synthe (Nord). O.Revez fut alors muté aux ateliers des Dunes, situés dans un quartier de Saint-Pol-sur-Mer (Nord), chargés de la réparation et de l’entretien des wagons de marchandises. Il y prit sa retraite en 1973.
Fiancé avant la guerre, il avait épousé par procuration en avril 1943 Renée, Albertine Vanlerberghe qui n’avait pas d’activité professionnelle. Ils eurent deux enfants : un fils cadre dans une usine métallurgique ; une fille assistante commerciale à la SNCF. Le couple se rendit propriétaire d’une maison à Coudekerque-Branche où il résida sa vie durant. Malade Omer Revez dut en octobre 2000 être transporté à l’hôpital de Dunkerque, au lieu-dit Rosendaêl ; c’est là qu’il décéda.
Dans une vidéo enregistrée en 1995, Omer Revez déclara qu’il avait adhéré à la CFTC en 1948 car il avait été contacté par des camarades ; sans doute venait-il d’arriver à Coudekerque-Branche. La CFTC avait une Fédération française des syndicats professionnels des cheminots de France et d’Outremer ; celle-ci, devenue CFDT en 1964, s’intégra en 1977 dans une Fédération générale des transports et de l’équipement (FGTE), regroupant avec les cheminots, les gens de mer, les transports et l’équipement. Mais à cette date Omer Revez avait pris sa retraite. En 1948 la CFTC, dit-il, avait à Dunkerque peu d’adhérents parmi les cheminots. Il en fut très vite le secrétaire ; aussi peut-on le considérer comme le fondateur du syndicat car sous son impulsion le syndicat prit son essor. D’après un document datant de 1962, il comptait en 1960 118 adhérents, puis 179 en octobre 1962, ayant eu cette année-là 51 adhésions. D’après le secrétaire actuel du syndicat, Christian Leflon, tous les adhérents passèrent à la CFDT quand le congrès confédéral extraordinaire de novembre 1964 changea le sigle et les statuts de l’organisation. La progression se poursuivit car en 1993 il y avait 220 adhérents.
Lors du départ en retraite d’Omer Revez, le syndicat couvrait quatre établissements : le dépôt de Grande-Synthe avec une antenne à Dunkerque-Ville, l’atelier des Dunes, les voies et bâtiments, enfin l’exploitation, c’est-à-dire la gare, le triage, la vente des billets, les marchandises. Chaque établissement avait un comité mixte qui était l’équivalent du comité d’entreprise dans le secteur privé et dont les membres étaient élus. La représentation de la CFDT oscillait de 20 à 25 % suivant les établissements : au dépôt elle atteignait 50 % dans le service intérieur, mais 15 % chez les agents de conduite ; elle était de 20 % dans les ateliers ainsi qu’aux voies et bâtiments, de 25 à 30 % dans l’exploitation. Dans le fascicule relatif aux élections de 1963 dans la région Nord, le seul que nous ayons retrouvé, la CFTC avait à Dunkerque pour l’exploitation, trois élus contre neuf à la CGT dans le personnel d’exécution, trois élus sur six dans la catégorie maîtrise et cadres, les trois autres sièges allant à un syndicat autonome ; pour le matériel et traction, la CFTC avait trois élus sur douze dans le personnel d’exécution, Omer Revez étant l’un des trois élus ; pas d’élus dans les deux autres catégories où il n’y avait que trois sièges.
Quant aux délégués du personnel, ils étaient élus au niveau régional car ils suivaient particulièrement le déroulement de carrière des agents. On ne peut donc mesurer l’importance en 1963 des votes CFTC émanant de Dunkerque. On constate seulement qu’il y eut alors parmi les élus CFTC un Dunkerquois, Pierre Malésieux. Mais le dynamisme d’une section se mesure aussi à sa participation aux réunions de formation. Celles de l’Union des syndicats chrétiens de cheminots de la région Nord se tenaient dans quatre centres régionaux ; Dunkerque dépendait d’Hazebrouck (Nord). Or sur les documents conservés par Robert Barbez pour la période 1962-1965, on trouve des Dunkerquois tant le 4 décembre 1962 que le 18 mai 1963. En outre la région Nord organisait dans chacun de ses six secteurs des journées d’initiation syndicale (mars et juin 1964, mai 1965), ainsi que des journées destinées aux membres des comités mixtes. Chaque fois les Dunkerquois y sont nombreux, constituant près du quart des présents. Leur section fut aussi représentée par Pierre Malésieux à la session de cadres qui se tint en janvier 1965 au Centre confédéral d’études syndicales, situé à Bierville, près d’Étampes (Essonne).
Omer Revez ne négligeait pas pour autant l’action syndicale interprofessionnelle. Il assistait certainement aux congrès de l’Union départementale (UD) CFTC du Nord car à celui de juin 1956, il fut l’un des membres désignés par l’Union locale (UL) de Dunkerque pour siéger au conseil de l’UD et remplit cette fonction jusqu’en 1962. Ensuite il jugea sans doute préférable de se consacrer à son syndicat car, vu l’étendue du département, les congrès de l’UD ainsi que les réunions de son conseil se tenaient le plus souvent dans des lieux très éloignés du littoral. Omer Revez sut préparer sa succession : en 1972 lors de l’assemblée générale du syndicat qui précédait sa retraite, un autre secrétaire fut élu en la personne de Christian Leflon.
Omer Revez adhéra alors au Syndicat régional des retraités cheminots CFDT auquel il appartint jusqu’à sa mort. Mais il s’intéressa surtout à l’interprofessionnel ; dès 1974 il mit en place avec des camarades une Association des retraités CFDT de Dunkerque dont il fut le président. Ce groupe comptait une dizaine de membres quand il fut rejoint en 1984 par un retraité de la réparation navale, Paul Dupont. Très pris sur le plan régional, Omer Revez lui passa vite la présidence, mais resta au bureau de cette Association qui comptait environ 80 adhérents à la mort d’Omer Revez. Ce dernier en effet participait par ailleurs aux assemblées générales des retraités CFDT Nord-Pas-de-Calais. Il avait été élu en 1976 membre du conseil et du bureau de cette Union régionale dont il fut le trésorier de 1981 à 1989, date à laquelle il dut, vu son âge, renoncer à tous ces déplacements. Ainsi après avoir implanté la CFTC-CFDT chez les cheminots Dunkerquois, il avait élargi son action à tous les retraités de sa région.. Récemment l’un d’eux évoquait avec regret ce « charmant copain, humble, discret, généreux et très proche des besoins des retraités ».

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article8034, notice REVEZ Omer, Henri, Ernest par Madeleine Singer, version mise en ligne le 30 juin 2008, dernière modification le 30 janvier 2012.

Par Madeleine Singer

SOURCES : Acte de naissance d’Omer Revez (avec la mention marginale « adopté par la Nation », mention conforme à l’original du jugement du tribunal civil de Dunkerque, déposé aux Archives départementales du Nord), mairie de Zegerscappel, septembre 2002. — Comptes rendus des congrès et assemblées générales de l’UD CFTC-CFDT du Nord (1947-1970) — Archives du monde du travail, Roubaix (Nord). — Déclarations à la Préfecture du Nord de la composition du conseil des organismes régionaux CFDT. — Documents sur les cheminots, archives Robert Barbez. — Exposé de Christian Leflon adressé à M. Singer, 7 novembre 2002. — « Histoire sans fin », vidéo enregistrée en 1995 par Joël Beauvois qui a interviewé des militants CFDT de la zone côtière Nord-Pas-de-Calais. — Entretien de M. Singer avec Paul Dupont, 25 novembre 2002. — Lettre d’Auguste Agnéray, cheminot retraité, à M. Singer, 30 décembre 2002. — Lettres d’Annie Laforce-Revez, sa fille, à M. Singer, 10 août 2002, 16 octobre 2002 (A. Gilbert Ryon).

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