COUPAT Pierre

Par Yves Lequin, Justinien Raymond

Né le 17 juin 1860 à Saint-Étienne (Loire), mort le 29 décembre 1943 à Paris (XIVe arr.) ; ouvrier aiguiseur ; fils d’un cordonnier ; syndicaliste et socialiste de la Loire, devenu par la grâce de Millerand ministre du Bloc national au lendemain de la Première Guerre mondiale.

De famille ouvrière, ouvrier lui-même, Pierre Coupat entra tout jeune dans l’action syndicale : à l’âge de dix-huit ans, il appartenait au syndicat des ouvriers mécaniciens. Surtout, il fut, vers 1879-1880, de ceux qui implantèrent le socialisme dans la région stéphanoise : en 1880, il créa dans sa ville natale une Jeunesse socialiste révolutionnaire ; il représenta le cercle l’Union des travailleurs de Saint-Étienne au congrès du Havre, et, en juillet, participa aux travaux, à Lyon, du congrès constitutif de la fédération de l’Est du Parti ouvrier socialiste, en application des décisions de Marseille ; il y présenta le rapport sur la question du programme minimum, se prononça pour les doctrines collectivistes révolutionnaires et fut de ceux qui siégèrent rue de Fécamp pour s’opposer aux barberettistes de la salle Franklin. Dans la Loire, il organisa des conférences de Jules Guesde et de Benoît Malon, avec qui il était en relations étroites et, en septembre, il était considéré par la préfecture comme l’un des principaux chefs du collectivisme dans le bassin minier, avec Laurent Crozier.

Comme tel, il joua un rôle de premier plan dans la préparation du congrès national de Saint-Étienne, en 1882, après avoir représenté les groupes locaux d’études et de propagande socialistes au deuxième congrès de la fédération de l’Est, en juin 1881 ; il resta avec Brousse, et la majeure partie des formations régionales, à la FTSF. Au début de 1883, il était l’un des principaux leaders de la fédération possibiliste de l’Est, et l’un des lieutenants, sur place, de Benoît Malon ; à la fin de l’année, il entreprit, en compagnie d’Allemane, une tournée de propagande à Saint-Chamond, Firminy et Saint-Étienne pour réorganiser des groupes depuis longtemps défaillants et entrés en pleine déconfiture après la démission de Dalmais, et accessoirement pour préparer le congrès de Paris, où il fut délégué. Son action fut vaine, le socialisme stéphanois, divisé et isolé, entra dans l’ombre pour plusieurs années ; Coupat, découragé, alla s’installer à Paris en 1885.

Dans la capitale, devenu ouvrier métallurgiste, il se confina de plus en plus dans une action strictement corporative et des plus réformistes, sans abandonner pour cela ses fonctions politiques, à vrai dire de plus en plus formelles : il fut toutefois candidat possibiliste en 1885 ; à la fin de 1890, il était toujours secrétaire de la région de l’Est du comité national possibiliste broussiste ; il avait gardé des amis à Saint-Étienne, et correspondait avec eux ; mais il avait perdu toute influence réelle et, en 1890, notamment, c’est en vain qu’il tenta d’entraîner Chalumeau sur ses positions. Il fut candidat de la F.T.S. à Paris dans le XIIIe arr. : à la Gare en 1893 où il obtint 6,13 % des voix puis à Croulebarde en 1894 pour succéder à Prudent Dervillers élu député (il obtint 8,91 % des suffrages des inscrits au 1er tour et 9,68 % au 2e). En 1896 c’est dans le quartier de la Gare où il résidait (81 Bd de la Gare qu’il se présenta sous l’égide des groupes socialistes du XIIIe (9,85 %). Il occupa, à partir de là, diverses fonctions au sein de la F.T.S. (membre du C.N., délégué auprès du secrétariat national du travail...). À Paris, il avait organisé, en 1886, une caisse syndicale de protection contre le chômage ; en 1899, il joua un rôle notable dans la création de la fédération des ouvriers mécaniciens et, deux ans plus tard, en devint le secrétaire ; il assista à ses congrès de Paris, Lyon, Montpellier, Bourges, Amiens, Marseille et Toulouse. Il était alors très lié à Alexandre Millerand et faisait figure de caution ouvrière au socialisme réformiste ; en 1903, il fut élu au Conseil supérieur du Travail, dont il assuma la vice-présidence en 1910-1912. De 1900 à 1910, il assista à tous les congrès nationaux corporatifs (du XIe au XVIIe congrès inclus). À Amiens en 1906, il signa la motion Keufer de neutralisme syndical — Voir Keufer.

Une promotion inattendue souligna son évolution au lendemain de la guerre : Millerand créa pour lui un sous-secrétariat d’État à l’enseignement technique, le 20 janvier 1920 ; il conserva ce poste dans le ministère Georges Leygues jusqu’en janvier 1921.
Il était marié et père d’une fille.

Collaborations : La Revue syndicaliste (directeur A. Thomas), n° 1, 15 mai 1905. — L’Action ouvrière, n° 1, 1er octobre 1909.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article79411, notice COUPAT Pierre par Yves Lequin, Justinien Raymond, version mise en ligne le 30 mars 2010, dernière modification le 26 juillet 2019.

Par Yves Lequin, Justinien Raymond

SOURCES : Arch. Nat., F7/12 489. — Arch. Dép. Loire, 10 M 20, 10 M 78, 10 M 80 et 81, 10 M 86 et 93 M 44. — Hubert-Rouger, Les Fédérations socialistes II, op. cit., pp. 305 à 308, passim. — J. Jolly, Dictionnaire des Parlementaires français, Paris, 1962, t. III, p. 1161. — R. Brécy, Le Mouvement syndical en France, op. cit.. — Michel Offerlé, Les socialistes et Paris, 1881-1900. Des communards aux conseillers municipaux, thèse de doctorat d’État en science politique, Paris 1, 1979.

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