RAMBAUD Antoine

Par Georges Ribeill

Né le 29 juin 1886 à Trézelles (Allier) ; secrétaire général du bureau des syndicats parisiens de cheminots (1920) ; membre de la commission exécutive de la CGTU (1922-1923) ; responsable de l’Union CGTU des cheminots de l’État (1921-1931) ; l’un des fondateurs du Comité des « 22 » pour l’unité syndicale (1930), puis militant de la CGT (1932) ; membre du conseil de la Fédération CGT des cheminots (1938) ; militant de Force ouvrière.

Fils d’un « domestique » et d’une ménagère, Antoine Rambaud, exempté de service militaire pour « faiblesse de constitution », se maria en septembre 1905 à Droiturier (Allier). Il entra aux chemins de fer le 1er décembre 1909. Employé à Saint-Lazare au Réseau de l’État, demeurant à Paris (XVe arr.), proche de Gaston Monmousseau, militant du syndicat de Paris-État-Rive droite dont il fut nommé en juin 1918 secrétaire adjoint, Rambaud appartenait à l’opposition « révolutionnaire », marquée chez les cheminots parisiens. Révoqué durant la grève de 1920 dès le 4 mai, il anima ensuite des meetings où il prit la défense de Gaston Monmousseau (révoqué puis emprisonné). Nommé le 13 août 1920 membre du secteur de propagande de son syndicat, puis le 15 décembre suivant, secrétaire général du bureau des syndicats parisiens de cheminots, organisation des « minoritaires », il fut embauché en janvier 1921 par la Vie ouvrière, comme employé aux écritures.
Membre du comité central des Comité syndicalistes révolutionnaires (CSR), il accéda à la suite de la scission de la Fédération des cheminots (congrès des 31 mai-2 juin 1921) à des responsabilités au sein de la nouvelle Union des syndicats de l’État. Aux côtés d’Ernest Prest, secrétaire général, et d’Élie, secrétaire adjoint, tous deux agents en activité, Antoine Rambaud, bien que révoqué, fut nommé secrétaire administratif. Il occupait un poste de permanent. À l’issue du congrès de Saint-Étienne (juin 1922), il fut nommé membre de la commission exécutive de la CGTU. D’un tempérament dynamique, il allait imprimer un cours assez singulier à son union qu’il entraîna dans l’opposition croissante à une direction fédérale et confédérale jugée trop politique. Fort de ses convictions de « syndicaliste », il usa de sa capacité de séduction, tout en maniant habilement son esprit de répartie.
Ainsi, lorsque le décret du 14 septembre 1922 vint assouplir la loi des 8 heures des non-roulants, Rambaud anima sur son réseau un mouvement de défense très actif contre les modifications de l’application de la loi. Il préconisa l’action directe, appela à la grève du zèle, invitant les agents à ne travailler qu’en appliquant à la lettre les règlements du travail. De petits papillons autocollants furent imprimés, adaptés aux métiers du rail concernés, qui rappelaient aux agents certaines prescriptions des ordres de service tout en les invitant à les respecter soigneusement. Au triage de Sotteville (Seine-Inférieure, Seine-Maritime), la grève du zèle déclenchée en juin 1923 provoqua un tel embouteillage que la direction locale dut rechercher un compromis sur la question des horaires de travail. Cette même année, Rambaud lança le journal de son union, le Cheminot de l’État.
En novembre 1923, au second congrès de la CGTU (Bourges), Rambaud vota avec le camp majoritaire les motions du secrétaire général, Gaston Monmousseau, mais avait admis au congrès fédéral d’août 1923 que l’Internationale syndicale rouge respectait l’autonomie syndicale. Par contre au congrès CGTU suivant (Paris, 26-31 août 1925), il critiqua les majoritaires de l’Union des syndicats de l’État lors du débat sur la rééligibilité des « fonctionnaires syndicaux », des permanents dirait-on aujourd’hui. Un affrontement important eut lieu entre lui et Pierre Semard à propos de la légitimité du « fromagisme » qu’il dénonçait. « Au fur et à mesure que vous travaillez dans l’organisation syndicale et que vous jouissez de cette liberté, vous sentez que vous êtes un homme affranchi du patronat. Mais le jour ou vous voyez l’échéance arriver [...] on n’a qu’un but : rester à la tête de l’organisation », déclara Rambaud. La motion contre le principe de la rééligibilité recueillit 29 % des votes de l’ensemble des congressistes, mais elle en recueillait 42 % chez les cheminots, et 80 % chez ceux du Réseau État. Rambaud paya le prix de cette opposition « syndicaliste » de sa non-réélection à la commission exécutive de la CGTU. « Depuis un mois, je ne suis plus fonctionnaire », rappela-t-il. Il avait en effet été réintégré comme commis de 2e classe à la gare Saint-Lazare à la faveur des mesures d’amnistie des révoqués de 1920 du réseau de l’État, amnistie décidée par le Cartel des gauches. Ce retour de nombreux militants anciens révoqués contribua sans doute à accentuer la tendance « syndicaliste » de toute son Union.
Le comité confédéral national de la CGTU tenu début avril 1927 proposa l’unité syndicale à la CGT par l’entrée en bloc des syndiqués unitaires au sein des syndicats confédérés moyennant certaines conditions. Le 18 mai, les cheminots unitaires et confédérés de Paris-Saint-Lazare et des Batignolles, regroupés dans les syndicats de Paris-État-Rive droite, après avoir constitué une commission mixte d’unité, adoptèrent en vue de la rendre acceptable par tous les syndicats confédérés, une résolution fidèle à l’esprit de la proposition initiale de la CGTU. Si cette résolution d’unité fut adoptée peu après au congrès de l’Union confédérée de l’État par 99 voix contre 5, par contre au congrès de l’Union unitaire, Rambaud ne put la soumettre au débat. « Ma proposition n’a pas été retenue [...] Cela aurait gêné, a-t-on dit, la campagne en faveur des salaires. Mais, constata amèrement Rambaud, il n’y a pas eu de campagne organisée en faveur des salaires ni en en faveur de l’unité syndicale. »
Désormais, de congrès en congrès, qu’il soit unitaire ou confédéré, les tenants de l’unification, minoritaires dans chacun des deux camps, vont chercher à promouvoir la motion dite « de Paris-État Rive droite ». Au XXVe congrès de la CGT (Paris, 26-29 juillet 1927), bien que rejetée par 70 % des délégués cheminots, elle fut néanmoins approuvée par 80 % des syndicats de l’Union de l’État. Ce même mois, Rambaud fut élu membre de la commission exécutive de la Fédération unitaire des cheminots, mandat qui fut renouvelé jusqu’à son départ en 1932.
En 1927, au IVe congrès de la CGTU (Bordeaux,19-24 septembre),après un vote quasi unanime sur le rapport moral, Antoine Rambaud, rapporteur de la commission sur la question de l’unité, critiqua une CGTU réticente sur la question de l’unité, défendit à fond, au nom de la commission, l’orientation prise par le comité confédéral national d’avril et la « motion de Paris-État Rive droite », tout en dénonçant la confirmation par le congrès de la CGT la volonté des confédérés « de demeurer dans la scission ». En 1928, élu secrétaire général de l’Union unitaire État, membre du conseil supérieur des chemins de fer, l’autorité de Rambaud dans son union ne servait plus qu’une cause étrangère à la ligne adoptée par la CGTU. Qualifié de « sauvage » par les majoritaires au Ve congrès CGTU (Paris, 15-21 septembre 1929), il devint alors la cible privilégiée des leaders communistes de la centrale. En octobre, l’Humanité s’acharna contre lui. Gaston Monmousseau le dénonça, dans les Cahiers du bolchevisme de décembre 1929, comme l’interprète des éléments « qui sont destinés à demeurer à la queue du mouvement ». Quant à Alphonse Jacquet, secrétaire de la Fédération nationale des travailleurs des chemins de fer (CGTU), il déclara dans une réunion syndicale : « Le rambaudisme, qui s’apparente étroitement avec le mussolinisme, n’a rien de commun avec la démocratie syndicale. »
Antoine Rambaud incarna chez les cheminots la tendance favorable à l’indépendance et à l’unité du syndicalisme, tendance cantonnée à la CGTU dans les fédérations de l’Alimentation, de l’Enseignement, du Livre, des Ports et Docks, du Spectacle, des cheminots de l’État enfin, réseau où se concentrait l’opposition qui contrôlait 28 des 33 syndicats cheminots minoritaires de la fédération en 1930, soit environ 10 % des syndicats de la « Fédération de Midol ».
Le 12 janvier 1930, au congrès des ateliers et dépôts de chemins de fer de la région parisienne, Rambaud appela à l’action contre la rationalisation, en particulier contre l’application du système Bedaux que le directeur général du réseau de l’État, Raoul Dautry, était en train d’introduire dans certains ateliers. Il fut néanmoins accusé de collaboration avec Raoul Dautry par le Parti communiste qui dénonçait les « comités Rambaud-Dautry ». Robert Lutgen, délégué à la propagande de la Fédération unitaire des cheminots, s’en prit particulièrement à lui, soutenant que les leaders de la minorité de la CGTU niaient la rationalisation. Robert Lutgen, qui avait été révoqué, avait pourtant bénéficié de l’intervention de Rambaud auprès de Raoul Dautry qui accepta de revenir sur la révocation pour la transformer en simple déplacement. Il était vrai qu’entre temps Rambaud avait entraîné derrière lui lors du dernier congrès de l’Union de l’État une majorité en faveur de la démocratie syndicale, cinquante-cinq syndicats représentant 10 864 voix ayant voté contre le rapport moral tandis que quatre-vingt-huit syndicats groupant seulement 7 933 voix l’avaient approuvé.
Antoine Rambaud fut parmi les vingt-deux responsables syndicaux confédérés, unitaires et autonomes, qui, le 9 novembre 1930, constituèrent autour de Pierre Monatte (CGT) et de Maurice Chambelland (CGTU) le « comité des 22 » pour l’unification syndicale, basée sur la Charte d’Amiens, et dont l’organe fut le Cri du peuple (décembre 1930-décembre 1931). En août 1931, avec Baptiste Bour et Victor Engler (Fédération des Ports et Docks), Henri Boville, Colin et Rousseau (Alimentation), et Albert Pérignon, cheminot de l’État, Rambaud partit trois semaines à Moscou, pour répondre à la convocation du bureau exécutif de l’ISR qui, du 11 au 18 août, examina l’attitude des fédérations minoritaires de France et leurs rapports avec la CGTU et l’ISR. Durant ce véritable procès, ces militants furent invités à reconnaître leurs torts et à se rallier aux directives de l’ISR. Rambaud défendit le bien-fondé de son action. Si bien que la résolution finale du 20 août de l’ISR considérait Rambaud et Boville comme « des désorganisateurs et des scissionnistes du mouvement ouvrier révolutionnaire, des agents du réformisme français au sein de la CGTU », et invitait entre autres « les ouvriers révolutionnaires français à épurer leurs organisations des leaders de ce genre ». Dans le Cri du peuple du 26 août suivant, Rambaud répliqua : « Nous voulons continuer à œuvrer révolutionnairement mais, n’ayant pas une âme d’esclave, ni une âme de domestique, nous voulons pouvoir, dans nos syndicats, dans nos unions, dans nos fédérations, discuter fraternellement nos idées et échanger nos points de vue. Nous acceptons le jeu des idées, mais nous n’accepterons pas d’être constamment traités de traîtres, de vendus à la bourgeoisie. »
Au VIe congrès de la CGTU (Paris, 8-14 novembre 1931), la minorité réaffirma ses convictions syndicalistes, regroupée autour de Rambaud et d’Ernest Prest chez les cheminots de l’État. Sa résolution, tenant compte d’une certaine ouverture à l’idée d’unité manifestée par la CGT lors de son dernier congrès à la salle Japy (Paris, 15-18 septembre 1931), proposait concrètement la fusion à la base et simultanée de tous les syndicats, fusion que sanctionnerait un congrès extraordinaire de la CGT réunifiée : « La fusion à la base, c’est la reconnaissance du véritable syndicalisme. Le syndicalisme, pour nous, n’est pas personnifié par des dirigeants, il n’est pas au sommet, il est à la base, sur le terrain du travail... En abandonnant l’indépendance du syndicalisme [au congrès de 1929], vous étiez obligés d’abandonner votre plate-forme sur l’unité syndicale, car unité et indépendance ne vont pas l’une sans l’autre. Vous avez abandonné le drapeau de l’unité. » Tout comme la résolution de Japy, la motion des « 22 » fut très largement rejetée par l’approbation de la motion majoritaire : « Les syndicats unitaires combattront avec la dernière énergie toute tentative d’orienter les masses vers la collaboration des classes comme une violation des intérêts de la classe ouvrière. La résolution de Japy [...] soutenue par les chefs minoritaires des ’22’n’est autre chose qu’une tentative de ce genre. »
Ayant déclaré antérieurement qu’il ferait l’unité envers et contre tous, qu’il saurait combattre Léon Jouhaux à l’intérieur de la CGT, annonçant même son départ pour la CGT le 1er janvier 1932, Rambaud, interpellé à ce sujet, laissa planer l’ambiguïté. Pour les majoritaires de l’Union unitaire de l’État, un congrès extraordinaire devrait permettre de clarifier les choses et de donner aux syndiqués une direction conforme à leur volonté. Fin décembre 1931, comme annoncé, Rambaud, suivi par Albert Balluais et Émile Pairaudau, quittait la CGTU pour rejoindre la CGT, entraînant avec lui environ quatre mille cheminots syndiqués de l’État. Les commissions exécutives des deux unions, unitaire et confédérée, s’étaient entendues au préalable, invitant les syndiqués de base des syndicats unitaires à rejoindre les syndicats confédérés. Immédiatement une Union unitaire fut reconstituée, mettant un terme à l’unité qu’avait cherché à réaliser Antoine Rambaud. Néanmoins, en terme d’effectifs, le réseau de l’État était désormais acquis aux confédérés.
À l’automne 1935, avec Henri De Kerdelleau, Adonis Bruge et Georges Quertelet pour la CGT, Pierre Semard, Antoine Demusois, Robert Lutgen et Raymond Tournemaine pour la CGTU, Antoine Rambaud fit partie de la commission chargée de préparer la fusion des fédérations accomplie au congrès des 9 et 10 décembre suivant. Déjà le 16 novembre, les Unions de l’État avaient fusionné au congrès de Rennes, Antoine Rambaud et Robert Lutgen étant nommés secrétaires généraux adjoints, et Georges Badinot secrétaire général. En 1938, membre du conseil fédéral, Antoine Rambaud partageait avec Georges Badinot le secrétariat général de l’Union État. Il en fut le secrétaire général adjoint au 1er avril 1940. Il fut désigné membre du bureau exécutif de la Fédération légale en septembre 1939, mais ne siégea pas. Le 23 octobre 1940, le bureau exécutif annonça son décès après une longue maladie, à Lapalisse (Allier). Sa fille reçut une dot de la Fédération le 3 décembre 1940. Faute d’avoir pu obtenir de renseignements sur ce décès, il est possible que dans cette période troublée, ce fût un subterfuge pour se mettre à l’écart pour réapparaître à la Libération. La question demeure.
À la Libération, responsable de la section locale de Résistance-Fer, il fut chargé de la constitution du comité de Libération des cheminots de Saintes.
Retraité, il présida la séance d’ouverture du congrès de l’Union Ouest de la Fédération FO des cheminots en mars 1950.
Antoine Rambaud s’était marié en septembre 1905 à Droiturier (Allier) avec Marie-Louise Bourachot.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article7899, notice RAMBAUD Antoine par Georges Ribeill, version mise en ligne le 30 juin 2008, dernière modification le 25 mai 2014.

Par Georges Ribeill

SOURCES : Arch. Nat. F7/13586, 13663, 13670, 13671, 13674, 13677. — Arch. PPo. 300. — Arch. Jean Maitron (fiche Batal). — Arch. Fédération CGT des cheminots. — Comptes rendus des congrès cités. — Le Cheminot de l’État. — La Tribune du cheminot. — Le Cri du peuple, 1er juillet 1931. — La Révolution prolétarienne. — L’Humanité, 20 octobre 1929 (photo). — A. Losovsky, Les leaders minoritaires sur le sellette, Petite Bibliothèque de l’ISR, 1931. — Rémi Baudouï, Raoul Dautry (1880-1951), le technocrate de la République, Balland, 1992. — Notes de Jean-Pierre Bonnet, de Louis Botella, de Fabienne Laurioux, de Jean-Luc Pinol et de Pierre Vincent. — État civil, pas de mention de décès.

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