RAIGE Marcel

Par Christian Penot

Né le 26 février 1913 à Evaux les Bains (Creuse), mort le 15 novembre 2005 à Evaux les bains ; employé puis employé principal ; secrétaire du syndicat FO des cheminots de Guéret (Creuse).

Fils de Félix Raige Félix et d’Angèle Rousset. Né dans une famille modeste, les premières années de la vie de Marcel Raige furent difficiles. Les difficultés liées aux aléas de la vie professionnelle de son père, artisan bûcheron, étaient chroniques. Son parcours scolaire fut chaotique jusqu’à la rencontre d’un instituteur de Saint-Julien-la-Genette, M. Peyronnet, qui marqua sa vie à tout jamais et lui permit de rattraper le retard accumulé. Nanti du certificat d’études, Marcel Raige réussi le concours des bourses lui permettant de poursuivre ses études à l’école pratique de Clermont-Ferrand hébergé au Lycée Blaise Pascal, qui préparait déjà à l’entrée des grandes écoles.

Comptabilité et droit commercial devinrent ses matières de prédilection. Il maîtrisa également parfaitement l’anglais, l’espagnol, et acquit dès cette époque une plume très sûre. Il effectua plusieurs stages dans un cabinet d’expert comptable où il donna toute satisfaction. Malheureusement, les difficultés matérielles de la famille stoppèrent net ses ambitions. Diplômé de l’école supérieure de commerce de Clermont-Ferrand en 1931, sélectionné pour intégrer l’école des hautes études commerciales (HEC), il dut renoncer faute de moyens financiers. Il travailla quelques temps avec son père avant d’être appelé sous les drapeaux.

C’est l’occasion pour lui de « voir du pays ». Intégré à l’infanterie coloniale, il fut affecté au Maroc le 15 avril 1934. Sa maîtrise de l’espagnol lui permitt de travailler à l’état- major de Casablanca auprès duquel il était détaché le 9 juillet suivant. Il fut chargé d’analyser la presse espagnole (Le Maroc étant alors partagé entre la France et l’Espagne) pour rédiger des synthèses. Tenté par l’accès au grade d’officier, il en fut dissuadé par son père qui connut la dure expérience des tranchées durant la Première guerre mondiale. Il y voit surtout un risque pour son fils : les officiers ne sont ils pas les premiers à sortir des tranchées en cas d’attaque ? Cette expérience outre-mer fut extrêmement enrichissante pour Marcel Raige. En plus du dépaysement, elle lui permet de parfaire sa connaissance de l’espagnol notamment en matière de vocabulaire usuel.

De retour en Creuse, la nécessité de subvenir à ses besoins devint de plus en plus prégnante. Il apporta son soutient à l’activité familiale, mais cela ne put suffire. Il assura pendant quelques temps des remplacements dans différentes perceptions de l’est du département de la Creuse. Il intégra en 1935 la SNCF sans faire état de sa formation, ce qui entraîna son embauche sur un niveau de fonction bien inférieur à celui auquel il aurait pu prétendre. Il était employé dans différentes gares du département. C’est au cours d’une mission à la gare de Budelières qui dessert les mines d’or du Châtelet, qu’il rencontra celle qui accompagnera sa vie durant plus de soixante années.

Raymonde Guespin, jeune institutrice, affectée à l’école du Châtelet, devint sa femme en 1938. De cette union naquirent deux enfants : Maryse en 1940 (qui épousa en 1964 Jean Penot, militant communiste bien connu) et Yves en 1946.

Durant ces années, Marcel Raige connut son premier engagement. Il adhéra à la CGT réunifiée en 1936.

La guerre vint bientôt bouleverser cette vie familiale en construction. Mobilisé en 1939, il rejoignit la 6ème Division d’infanterie coloniale dans les Vosges. Il se porta volontaire pour un poste d’infirmier. Le 10 mai 1940, l’offensive allemande fut un véritable coup de tonnerre. Après la campagne éclair, Marcel Raige se retrouva piégé avec son unité derrière la ligne Maginot. Comme des millions de soldats, il fut fait prisonnier le 20 mai sur la colline de Sion-Vaudémont (Meurthe-et-Moselle). Il aurait pu échapper à la captivité en rejoignant Nançy où résida un de ses oncles. Un officier le menaça de le porter déserteur… en pleine débâcle… la discipline l’emporta. Il fut dirigé vers le Stalag IIIa de Luchenwald au sud de Berlin. Après quelques temps, durant lesquels il refusa de travailler à l’extérieur du camp, l’appartenance aux services sanitaires lui permit une libération anticipée le 12 janvier 1942.

Après sa démobilisation à Sathonay, près de Lyon, il regagna sa Creuse natale où il fit la connaissance de sa fille qu’il n’avait jamais vue. Il dut repartir immédiatement, car son épouse, qui était alors institutrice à Gartempe, au sud-ouest de Guéret, était en stage d’éducation physique à Beauvallon dans le Var.

A son retour, Marcel Raige fut affecté aux services du district SNCF de Guéret. Par l’intermédiaire de sa belle-sœur, Jeanne Darreau, il fut très tôt en contact avec le milieu de la Résistance. Il donna régulièrement des renseignements. Il « oublia » les publications clandestines dans les trains. Il utilisa le réseau interne à la SNCF pour transmettre des renseignements. Le commandant François, chef départemental maquis puis FFI, établit le contact avec lui en vue de la mise en place des plans après le débarquement. Le 20 mai 1944 il assista impuissant à l’arrestation par la Milice de plusieurs responsables de la Résistance devant la gare de Guéret.

Le soir du 6 juin 1944 le commandant François passe à Gartempe pour communiquer à Marcel Raige le mot de passe et un laissez-passer qui lui permirent de pénétrer dans Guéret sans encombre le lendemain. Le 7 juin les troupes de la Résistance investirent la capitale départementale. Marcel Raige apporta sa contribution en maîtrisant le soldat allemand chargé de la surveillance de la gare. Il intervint également pour qu’il ne fût pas l’objet de représailles. Dans les jours qui suivirent le retour des Allemands à Guéret, il assura son service malgré les risques encourus. Il parvint même à récupérer un poste émetteur caché chez sa belle sœur et à le mettre en lieu sûr. Le 14 juillet 1944, c’est au domicile des Raige à Gartempe que le colonel François rencontra un important responsable de la SNCF de la Creuse. A la fin de la guerre, Marcel Raige refusa la proposition de François de lui établir une attestation d’appartenance à la Résistance. Selon lui, il n’avait rien fait d’exceptionnel. Il présida durant quelques mois le comité communal de libération de Gartempe en tant que représentant des Mouvements Unis de la Résistance (MUR puis MLN).

Les années qui suivirent furent celles de la reprise des activités professionnelles et des engagements. Toujours employé au district de Guéret, il devint successivement employé, employé principal et chef de section. Il milita à la SFIO puis au Parti socialiste. Il resta fidèle à cet engagement, malgré les aléas jusqu’aux années 1980. Il siégea au sein de son comité fédéral de la Creuse et assura le secrétariat de la section d’Evaux-les-Bains durant plusieurs années. Proche des idées de Michel Rocard, il ne reprit pas sa carte après 1981.

Dès la Libération, il renoua avec le syndicalisme. Marcel Raige figura parmi les fondateurs du syndicat FO cheminot à Guéret. Il en était le secrétaire administratif en 1951, secrétaire adjoint en 1952, puis le secrétaire général. Parallèlement, il siégea au sein des instances interprofessionnelles. Il était membre de la commission de contrôle de l’Union départementale FO de la Creuse de 1954 à 1958 et de la commission administrative de cette UD de 1958 à 1961. Il intervint régulièrement lors de réunions de secteur et de congrès syndicaux comme lors du congrès départemental de 1958 au cours duquel il assura le compte-rendu d’activité des administrateurs de la Sécurité sociale. Il prit sa retraite en 1968 et s’installa définitivement à Evaux-les-Bains en 1970 après le départ en retraite de son épouse. Il resta membre du syndicat des retraités FO jusqu’à sa mort en 2005.

Membre de l’organisation d’anciens combattants ACPG-CATM, il assuma la présidence de la section de cette organisation à Evaux- les-Bains du milieu des années 1980 à la fin des années 1990. A ce titre il travail sans relâche à la défense des intérêts des combattants des différents conflits ou de leurs veuves. Il était également membre des instances dirigeantes départementales de l’Union fédérale des combattants.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article7886, notice RAIGE Marcel par Christian Penot, version mise en ligne le 5 août 2016, dernière modification le 8 août 2016.

Par Christian Penot

SOURCES : Arch. Nat. 72AJ117. — Arch. Dép. Creuse 105W61 et 62. — Arch. Fédération FO des cheminots (fonds André Mourlanne, transmis par Michel Gil). — Arch. syndicat FO des cheminots de Guéret. — Le Rail syndicaliste, avril 1960, octobre 2005. — Force ouvrière hebdo, 6 novembre 1958. — Compte rendu du congrès de 1959 de la confédération CGT-FO. — Louis Botella, FO chez les cheminots..., op. cit..— Témoignages familiaux. — Notes de Louis Botella et de Noël Mazet..

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