RABIER Maurice [Dictionnaire Algérie]

Par René Gallissot, Fouad Soufi

Né le 12 novembre 1907 à Oran (Algérie), mort le 28 juillet 1999 à Pontault-Combault (Seine-et-Marne) ; dessinateur d’études aux chemins de fer au dépôt de Perrégaux (Mohammadia) ; militant socialiste SFIO d’Algérie, secrétaire de la section SFIO de Perrégaux (1929), ; révoqué en 1940 et interné ; premier adjoint au maire de Perrégaux en 1937, puis maire en 1943, député SFIO (1945-1956), rapporteur contrarié du Statut de l’Algérie de 1947 ; membre en 1948 du Rassemblement démocratique révolutionnaire de J-P. Sartre et D. Rousset ; réintègre la SFIO ; en 1965, conseiller municipal de Castelnau-le-Lez (Hérault).

Maurice Rabier
Maurice Rabier
Le Semeur, 1936.
Fourni par Claire Marynower

D’origine paysanne du midi de la France, les parents de Maurice Rabier étaient arrivés en Algérie en 1898. Le père devint gardien de prison à Saïda, chargé en particulier de surveiller les prisonniers mis à la disposition des colons de cette région oranaise. Le garçon suivit l’École nationale d’industrie de Dellys sur la côte de Kabylie, qui formait des techniciens pour les Ponts et chaussées, les PTT, les chemins de fer. Il adhéra aux Jeunesses socialistes à Oran en 1926, juste avant de faire son service militaire.

Démobilisé, il entra aux Chemin de fer en 1929, dessinateur d’études aux Ateliers de chemins de fer de Perrégaux (Mohammadia), adhèra à la SFIO et devint le secrétaire de la section. Il devint aussi membre de l’association de la Libre Pensée de Perrégaux qui était l’une des plus anciennes d’Algérie (1908). La ville était double : la ville elle-même avec d’anciennes familles musulmanes et juives et une implantation coloniale de fonctionnaires, d’employés et de commerçants dans la dépendance du colonat, et d’autre part, le dépôt de chemins de fer qui attirait et fixait des générations d’immigration, en premier lieu espagnole et devenant française. La section socialiste était composée d’instituteurs français, de fonctionnaires et de salariés voire de commerçants venant notamment des familles juives instruites ; elle représentait la gauche, laïque, volontiers franc-maçonne face au colonat qui tenait la municipalité y compris par des chefs de clans de musulmans administratifs. Le dépôt de chemins de fer (400 ouvriers), était dit « Moscou » ou « le Kremlin », avec ses communistes activistes, obligés de se cacher mais qui animaient un syndicat CGTU très fort, narguant la CGT composée de cadres et de fonctionnaires exclusivement français. Maurice Rabier choisit d’être à la CGTU ; il devint socialiste à gauche, proche des deux frères Henri et Arsène Caillet, cheminots communistes à Perrégaux, et de Lucien Sportisse* à Oran. En 1935, il fut sanctionné d’une mutation à Sidi-Bel-Abbès.

Le Front populaire le ramèna à Perrégaux. Il entra au bureau de la Fédération SFIO d’Oranie, fut candidat socialiste aux Législatives en avril 1936, et surtout élu au conseil municipal en janvier 1937, devenant le premier adjoint du maire, un petit industriel, Anglade, du parti radical. Cette municipalité de Front populaire fit voir rouge aux colons d’autant que grandissait l’audience communiste non seulement parmi les cheminots, mais en syndicalisant les ouvriers agricoles algériens en lutte. En 1937, le PPF (Parti populaire français lancé par J. Doriot*) voulut prendre d’assaut le Petit Moscou en faisant venir des cars de manifestants depuis Oran et Alger ; la manifestation fut bloquée par l’arrivée des paysans du massif des Beni Chougran qui se joignirent aux ouvriers. De sorte qu’en 1940, la municipalité fut dissoute, et Maurice Rabier révoqué des chemins de fer. Il fut interné en 1942 au camp d’El Aricha sur les Hautes steppes oranaises. Rescapé du typhus, il en sortit en mars 1943 alors qu’après le débarquement allié de novembre 1942, le général Giraud tenait encore la place à Alger avant l’arrivée de De Gaulle.

La municipalité fut rétablie en 1944, l’ancien maire était décédé ; Maurice Rabier fut donc maire de Perrégaux ; et il fut élu ensuite député SFIO aux deux assemblées constituantes et à la Chambre des députés de 1946 à 1955. Pour se consacrer à son mandat, il abandonna en 1947 la fonction de maire tout en restant au conseil municipal. Il fut membre du Comité directeur de la SFIO à partir de 1947 et un temps Délégué à la propagande. Surtout il fut rapporteur à la Chambre des députés, au titre de la Commission de l’Intérieur, sur le statut de l’Algérie débattu en 1947. Il défendit, avec Raoul Borra*, député socialiste de Constantine, mais plus âprement, le projet d’élargissement du premier collège. Il fut battu au nom du gouvernement, par l’intervention du président Ramadier, chef socialiste du gouvernement, qui entendait maintenir des limites afin que les « Musulmans » ne deviennent pas majoritaires dans les conseils élus. Maurice Rabier se retira de la charge de rapporteur. Ce fut le moment où Ramadier écarta les ministres communistes comme le faisaient les gouvernements d’Europe occidentale sous influence des États-Unis ; Maurice Rabier suivit en 1948 la gauche de la SFIO minoritaire derrière Yves Dechézelles*, un ami d’Algérie, pour se joindre au Rassemblement démocratique révolutionnaire à l’appel de Jean-Paul Sartre et de David Rousset. L’essai tourna court ; Maurice Rabier retrouva ses positions à la SFIO. En 1951, il restait le seul député SFIO d’Algérie, du 1er collège du moins, car Mostefa Benbahmed* à Constantine, fut élu du 2e collège.

En 1954, il vota contre la Communauté européenne de défense, aux côtés des communistes, ce qui lui valut une suspension provisoire de la SFIO. L’Algérie n’eut plus de députés après la dissolution de la chambre du 30 novembre 1955. Après le coup de force du 13 mai 1958 et l’arrivée de De Gaulle à la tête de l’État, la municipalité de Perrégaux fut dissoute en juin 1958 ; des élections législatives furent à nouveau organisées en novembre 1958 ; Maurice Rabier fut candidat à Oran sur une liste d’Union démocratique et de fraternité algérienne qui fut balayée par le succès de la droite gaulliste et les anciens du Comité de Salut public. De 1961 à 1962, secrétaire de la Fédération SFIO d’Oranie, Maurice Rabier essaya de freiner la débâcle des « Européens » ; à la demande de l’Exécutif provisoire après les Accords d’Evian, avec son collègue socialiste Joseph Begarra*, il lança un appel aux Français d’Algérie à rester ; lui-même demeura un temps après l’indépendance. En 1965, retiré à Castelnau-le-Lez, il fut élu au conseil municipal de cette bourgade près de Montpellier.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article7871, notice RABIER Maurice [Dictionnaire Algérie] par René Gallissot, Fouad Soufi, version mise en ligne le 30 juin 2008, dernière modification le 28 février 2014.

Par René Gallissot, Fouad Soufi

Maurice Rabier
Maurice Rabier
Le Semeur, 1936.
Fourni par Claire Marynower

SOURCES : Arch. Wilaya d’Oran, relevé de Fouad Soufi pour la notice dans Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, op.cit., t.39. — Arch. Outre-mer, Aix-en-Provence citées dans notice Maurice Rabier par A. Caudron et J-L. Planche, Parcours, op.cit., n°13-14, octobre 1990. — Interview de Maurice Rabier à Castelnau-le-Lez par M. Siblot, juillet 1989, et par J-L. Planche, avril 1990. — Lettre de M. Rabier à J-L. Planche, août 1990.

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