Né le 14 octobre 1876 à Pont-de-Roide (Doubs) ; tué le 28 avril 1912 à Choisy-le-Roi (Seine) ; illégaliste ; le plus connu des « Bandits tragiques ».

Jules Bonnot. Arch. Préfecture de Police
Jean Maitron, Ravachol et des anarchistes, René Julliard, 1964
Fichés ? Photographie et identification 1850-1960, Perrin, 2012.
Le père de Bonnot était ouvrier fondeur. À l’âge de cinq ans, Jules Bonnot perdit sa mère. Son instituteur le considérait dit-on, comme un élève intelligent mais paresseux, indiscipliné, insolent, brutal envers ses camarades. Il entra en apprentissage, mais subit plusieurs condamnations. Il accomplit trois ans de service militaire pendant lesquels il fut bien noté. En août 1901 il se maria et eut un fils en 1904. Habile ouvrier mécanicien, il travailla en Suisse, à Lyon puis à Saint-Étienne (un rapport daté 17 juillet 1907 dit qu’il a demeuré dans cette ville d’octobre 1905 à avril 1906 et indique que « les renseignements recueillis sur son compte [...] sont mauvais sous tous les rapports » (Arch. Dép. Loire 19 M 24). Depuis longtemps il militait dans les milieux anarchistes et syndicalistes, ce qui lui valut d’être souvent sans travail. Sa femme le quitta et Bonnot souffrit de ne plus voir son fils. Il revint s’installer à Lyon. En septembre 1907, il renonça à travailler, fréquenta les illégalistes, fabriqua de la fausse monnaie. À partir de 1910, il se spécialisa dans le vol des autos, et, avec un associé, il monta, en 1911, un atelier de réparations d’autos, motos et cycles, qui lui servait à écouler les objets volés. Depuis septembre 1908, il habitait chez le sieur Thollon, gardien de cimetière, dont la femme devint sa maîtresse. C’était alors un homme de trente-cinq ans, aux traits énergiques, à la parole brève et nette, aux yeux petits, gris et perçants. En octobre 1911, sur le point d’être arrêté, il gagna Paris, puis revint à Lyon pour liquider ses affaires et, le 27 novembre, il repartit pour Paris accompagné d’un anarchiste italien Sorrentino, dit Platane ou Platano qui venait d’hériter plusieurs dizaines de milliers de francs. Que se passa-t-il en cours de route ? Les deux compagnons manipulaient un revolver. Un coup partit. Platano fut atteint à la tête, accidentellement semble-t-il ; jugeant la blessure mortelle, Bonnot acheva son camarade non sans avoir pris l’argent.
À Paris, il entra en relations avec de jeunes illégalistes. Les antécédents de ce hors-la-loi ne pouvaient manquer de les influencer. Ces jeunes gens se retrouvaient à Romainville, siège du journal l’Anarchie. Rirette Maîtrejean, qui en assurait la direction, y vivait avec son ami Kibaltchiche dans un grand pavillon avec jardin. Les hôtes étaient des « en dehors », mais, végétariens, buveurs d’eau, ils goûtaient les promenades et aussi la lecture, la musique et le théâtre ; ils respectaient la femme en qui ils voyaient l’égale de l’homme. Généreux envers leurs amis, ils pratiquaient la solidarité ; un manquement à l’amitié, dira l’un d’eux, cause « une douleur morale insupportable » (Cité par E. Michon, Un peu de l’âme des Bandits).
Bonnot fit bientôt figure de chef auprès de ses jeunes compagnons. Ainsi naquit l’association de ceux qui allaient devenir « les bandits tragiques ». Des attentats furent préparés, nous n’en retiendrons que les principaux :
Le 21 décembre 1911, Callemin, Bonnot, Garnier et un quatrième individu attaquent deux employés : Caby et Peemans, de la Société Générale, rue Ordener à Paris. Garnier tire deux balles sur Caby, le blesse ; les bandits s’enfuient en auto emportant billets, or et titres.
Dans la nuit du 2 au 3 janvier 1912, à Thiais, assassinat d’un vieillard, M. Moreau, et de sa servante par six bandits qui se retirent en emportant 60 000 francs. Carouy participait à ce raid.
Le 27 février, Callemin et Bonnot, accompagnés d’autres bandits circulant en auto, tuent un agent qui les interpellait place du Havre à Paris.
Le 25 mars, attentat de Montgeron et de Chantilly auxquels participent Callemin, Garnier, Valet, Monier, Bonnot et Soudy : une succursale de la Société Générale est attaquée, deux employés sont tués, une somme importante est dérobée.
Des arrestations ne tardèrent pas à être opérées : le 30 mars, celle de Soudy ; le 2 avril, de Carouy et de Callemin ; le 24 avril, de Monier. Jouin, sous-directeur de la Sûreté et Colmar, inspecteur principal, se rendirent ensuite au Petit-Ivry où habitait le receleur Gauzy qui avait hébergé Monier ; au cours de la perquisition les policiers se trouvèrent soudain face à face avec Bonnot. Jouin fut tué, Colmar grièvement blessé, Bonnot réussit à fuir et se réfugia chez un garagiste de Choisy-le-Roi, nommé Dubois. Le 28 avril sa retraite fut découverte. Sous les ordres de Xavier Guichard, directeur de la Sûreté, un siège en règle fut organisé, auxquels participèrent gardiens, gardes républicains, pompiers... Le 29, vers 11 heures, on décida de faire sauter le garage à la dynamite ; une partie du garage s’écroula, le feu prit à la maison. On y trouva le cadavre de Dubois. Bonnot, quoique blessé, fit encore mine de se défendre. X. Guichard et Fontan, lieutenant de la garde républicaine, le blessèrent à la tête. On l’emporta couvert de sang à l’Hôtel-Dieu ; il mourut à son arrivée à l’hôpital.
Durant le combat, il avait eu le temps de griffonner un testament qui innocentait notamment Gauzy et Dieudonné.
Garnier et Valet furent tués par les policiers le 15 mai 1912, à Nogent-sur-Marne. Furent condamnés pour participation à l’affaire : Bélonie, Bénard, Boë (de), Callemin, Carouy, Crozat, Detweiller, Dieudonné, Dubois, Gauzy, Metge, Monier, Poyer, Soudy. Voir ces noms.
Rodriguez et Rirette Maîtrejean furent acquittés — Voir ces noms — ainsi que deux femmes : Le Clerch, Barbe, Marie-Josèphe née au Faouët (Morbihan) le 5 février 1891 et Vuillemin Marie, Félicie, femme Schoofs, née le 11 mai 1889 à Mons (Belgique).

SOURCES : Arch. PPo., B a/1 643 et neuf cartons récemment versés (1968). — Gazette des Tribunaux, 3, 4, 28 février 1913. — Jean Maitron, Histoire du mouvement anarchiste en France, op. cit. — Ravachol et les anarchistes, op. cit.

ICONOGRAPHIE : Arch. PPo E a/141 ; Bonnot à Choisy-le-Roi, garage Dubois à Choisy-le-Roi, les autos des bandits, tous les participants à l’« affaire Bonnot ».

Jean Maitron

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