BONNEFF Léon et Maurice (pseudonyme GIVRY André)

Deux frères, Léon et Maurice. Les Bonneff, socialistes, journalistes, écrivains, enquêteurs sociaux.

Léon, Aron, Mathias Bonneff, né à Gray (Haute-Saône) le 20 septembre 1882 ; blessé le 13 décembre 1914 en Lorraine, en forêt de Morte-Mare ; mort des suites de ses blessures le 28 décembre 1914 à l’hôpital militaire de Toul.

Maurice Bonneff, né également à Gray, deux ans après son aîné, le 28 décembre 1884. Parti pour la guerre comme son frère en août 1914, Maurice fut porté disparu le 24 septembre 1914 à Mouilly (Meuse).

Léon Bonneff, l’aîné, mourut pendant la Première Guerre mondiale en 1914. Maurice Bonneff fut porté disparu le 24 septembre 1914 à Mouilly (Meuse) ; aucune trace de lui ne fut retrouvée et ce ne fut qu’en 1925 qu’on devait être fixé. Mais entre-temps, le père, devenu aveugle, douloureusement frappé par la mort de son aîné et ne voyant pas revenir Maurice, se jeta par la fenêtre et se tua (Le Journal du 14 mai 1924 publia une note sur ce suicide, intitulée « La dernière étape »).

Né dans un famille pauvre de brodeurs franc-comtois, les Bonneff rêvaient de devenir poètes. Dépourvus du certificat d’études dit-on, venus à Paris en 1900, ils y rencontrèrent le communard Lefrançais et l’écrivain Lucien Descaves. Ils devinrent de remarquables journalistes et écrivains sociaux, des observateurs militants dans les années de montée du mouvement ouvrier.

L’œuvre des deux frères nous est parvenue presque entière sous leur signature jumelée. Leur premier ouvrage : Les Métiers qui tuent avait déjà la double signature en 1900. La Vie tragique des Travailleurs (1908), « chef-d’œuvre inégalé de l’enquête sociale », que préfaça Lucien Descaves, les brochures publiées par La Guerre sociale, suite de monographies des métiers : boulangers, postiers, pêcheurs bretons, ouvriers terrassiers, compagnons du bâtiment, employés de magasin etc..., réunies sous le titre La Classe ouvrière, est « un modèle de précision et d’intelligence ». Ils signèrent encore ensemble un autre recueil de notations prises sur le vif, Marchands de folie, où défilèrent tour à tour les cabarets des Halles et des faubourgs, les cabarets d’exploitation les estaminets des mineurs et ceux des ports ; c’était un « livre qui venait comme un appendice, attristant mais obligatoire, à leur œuvre élevée à la gloire des travailleurs ».

Les articles qu’ils donnaient çà et là étaient toujours signés de leurs deux noms, aussi bien ceux que donnait Léon à l’Humanité que ceux de Maurice qui passaient à La Dépêche de Toulouse, et leur collaboration fut active aux Hommes du Jour, à La Vie ouvrière de Monatte, à La Guerre sociale, à La Bataille syndicaliste ou à Mon Dimanche.

Didier, homme du Peuple, dû à Maurice, et Aubervilliers, écrit par Léon en 1912, constituent les deux seules exceptions. Il y a peu d’exemples d’une telle fraternité d’âme et c’est par la confrontation d’Aubervilliers avec Didier, homme du Peuple révèle une nature plus fruste, passionnée.

Aubervilliers, documentaire plus que roman, se présente comme une « chronique au jour le jour d’une des banlieues les plus pittoresques ceinturant Paris ». L’ouvrage fut publié en 1922 et réédité en 1947 (L’Amitié par le Livre) avec une préface de Poulaille.

Didier, homme du Peuple, publié en fascicules en 1912 par La Grande Revue, fut édité au printemps de 1914 par Payot. C’est « un des chefs d’œuvre de la littérature prolétarienne » qui retrace la vie de Perault, secrétaire du syndicat des terrassiers de la Seine, mort à la tâche en mars 1908. Le manuscrit de Didier n’ayant pas été intégralement publié en 1914, H. Poulaille en a préparé le texte intégral.

En 1984, l’éditeur Jean Risacher (EDI) demanda à Michelle Perrot de faire une nouvelle édition de La Vie tragique des travailleurs qui, avec une préface remarquable, rencontra ainsi un nouveau public

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article77977, notice BONNEFF Léon et Maurice (pseudonyme GIVRY André), version mise en ligne le 30 mars 2010, dernière modification le 20 mars 2016.
Léon Bonneff
Léon Bonneff
Maurice Bonneff
Maurice Bonneff
Les Hommes du jour

ŒUVRE : (outre de nombreuses collaborations indiquées dans la biographie) de Léon et Maurice Bonneff : Les Métiers qui tuent, Paris, 1900, 132 p. — Le Cambrioleur malgré lui, comédie, 1906, 16 p. — La Vie tragique des travailleurs, préface de L. Descaves, couverture de Steinlen, Paris, s.d. [1908] XII-339 p. — La Classe ouvrière, monographies publiées en brochures par la Guerre sociale, puis réunies en volume. Dessins d’A. Delannoy et Galland, Paris, s.d. [1911] VI-339 p. — Marchands de folie. — Sous le pseudonyme d’André Givry, Notre Pain quotidien, pièce en un acte, l’Édition théâtrale, s.d. [1909].
— de Maurice Bonneff : Didier, homme du Peuple, éditions Payot, Paris, 1914.
— de Léon Bonneff : Aubervilliers, 1922, réédition en 1947 avec préface d’H. Poulaille.
L. et M. Bonneff ont écrit une préface pour le Compagnonnage de Jean Connay, pseudonyme de Bricheteau. Édité par l’Union des Charpentiers de la Seine, Paris, 1909, avec dessins de Grandjouan.

SOURCES : Biographie rédigée, pour l’essentiel, d’après des notes d’Henry Poulaille. — Réédition de La vie tragique des travailleurs, EDI, 1984. — Site sur les frères Bonneff http://www.bonneff.com/

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