BARRÈS Maurice

Né le 19 août 1862 à Charmes-sur-Moselle (Vosges), mort le 4 décembre 1923 à Neuilly-sur-Seine (Seine) ; écrivain ; proche de l’anarchisme individualiste, puis nationaliste.

Les premières œuvres de Maurice Barrès ont pu faire penser à une certaine forme d’individualisme, voire d’anarchisme. Barrès manifesta d’ailleurs durant un temps des sympathies pour le mouvement anarchiste ou pour certains de ses adeptes. Augustin Hamon l’introduisit auprès de Jean Grave que Barrès vint visiter à la prison Sainte-Pélagie en 1891. Avec Zola, Octave Mirbeau, Jean Ajalbert et quelques autres écrivains, M. Barrès participa, en 1898, à une souscription en vue de permettre l’essai d’école libertaire que voulurent tenter, dans l’esprit de Paul Robin, des anarchistes connus pour tels comme J. Degalvès et Émile Janvion (cf. Les Temps nouveaux, 16-22 avril 1898).
Très rapidement, cependant, le culte du Moi individuel se mua en un culte du Moi national qui déboucha sur une conception organique de l’entité nationale. C’est ainsi que dès les premiers ébranlements de l’Affaire Dreyfus le nationalisme barrésien apparaît comme un nationalisme étroit et agressif, à la limite du racisme. Supporté par une certaine forme de darwinisme social, ce nationalisme fondé sur un déterminisme physiologique, sur un relativisme moral et sur un irrationalisme extrême traduit bien une vision complète de l’homme et de la collectivité. La pensée barrésienne jette alors les bases d’un nationalisme romantique et mystique qui exprime un refus de la décadence, de la société industrielle et des valeurs bourgeoises, une volonté de dépasser la banalité, le matérialisme et la platitude de la démocratie libérale.
Parce qu’elle constitue finalement beaucoup moins une réaction contre le désastre de 1870 qu’une révolte contre la démocratie libérale, parce qu’elle prend parti contre la misère ouvrière, la pensée de Barrès peut un instant faire illusion : le nationalisme populaire et autoritaire, le nationalisme des diatribes contre les riches, contre les injustices économiques, le nationalisme d’une certaine démagogie socialisante peut, dans une situation particulièrement ambiguë, apparaître comme une version du socialisme. Le « socialisme nationaliste » — l’expression est de Barrès — que professe alors l’auteur de Scènes et doctrines du nationalisme et qui vise essentiellement à l’intégration du prolétariat dans la collectivité nationale annonce déjà les mouvements de masse d’extrême-droite du XXe siècle.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article77318, notice BARRÈS Maurice , version mise en ligne le 30 mars 2010, dernière modification le 30 mars 2010.

SOURCES : Lettre d’Augustin Hamon à Jean Grave, 25 juin 1891 (IFHS). — Notes de Zeev Sternhell. — État civil de Charmes-sur-Moselle et de Neuilly-sur-Seine.

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