Né le 21 avril 1860 à Anchamps (Ardennes), mort en 1898 au bagne ; mouleur à Revin (Ardennes) ; socialiste révolutionnaire.

À l’école primaire de Revin (Ardennes), Désiré Badré-Mauguière avait reçu de ses camarades le surnom d’« Émancipateur » sans doute parce qu’il était dépositaire du journal du même nom et aussi à cause de ses idées politiques et sociales. Il se lança de bonne heure dans le mouvement socialiste révolutionnaire. Il fit partie dès le début de sa création de la chambre syndicale de Revin, devint membre du cercle d’études sociales « L’Égalité » et fut influencé par les idées anarchistes. Dès 1891-1892, il était dépositaire, en plus du journal socialiste de la Fédération des Ardennes l’Émancipateur, du Père Peinard et de La Révolte.
Il fut de toutes les actions entreprises par les ouvriers de la vallée de la Meuse et l’un des principaux leaders de la grève Faure en 1890-1891.
En 1893, il devint conseiller municipal et ami intime du nouveau maire Henri Delobe qui venait de succéder à Arsène Dupont à la mairie de Revin. En 1894, il se lia avec le député socialiste Alexandre Avez venu passer le mois d’avril à Revin pour animer la campagne électorale. C’est alors qu’éclata l’affaire des incendies de Revin. Il y avait eu à Revin, depuis le 1er mai 1891, de nombreux incendies, dix-neuf en trois ans et, du 1er janvier au 25 avril 1894, neuf sinistres s’étaient succédé dont les victimes étaient des patrons, des contremaîtres et des « piloris ». Les 23 et 24 novembre 1893, le feu éclatait à quatre reprises dans les magasins d’Arthur Martin, industriel à Revin et chez Faure : le 11 avril 1894, nouvel incendie dans un magasin de l’usine Faure « L’Ardennaise » ; enfin le 25, jour même où Arsène Dupont, ex-maire de Revin et secrétaire du syndicat, comparaissait devant le tribunal correctionnel de Rocroi.
L’enquête aboutit à l’arrestation de quelques gamins qui se déclarèrent les auteurs des incendies ; ils affirmèrent y avoir été poussés par Badré-Mauguière qui voulait venger Pierre Bigel, Clovis Bourgeois et Henri Chuillot condamnés au bagne pour les attentats de 1891. Malgré des contradictions flagrantes lors de l’enquête, malgré le manque de preuves, malgré les cris d’innocence de l’accusé, la cour d’assises des Ardennes condamna, le 3 novembre 1894, sur simple dénonciation de quelques enfants, Badré-Mauguière à douze ans de travaux forcés.
En 1895, pour protester contre cette injustice, deux mille électeurs revinois votèrent pour Badré-Mauguière aux élections cantonales. Trois ans plus tard, le député socialiste des Ardennes, Albert Poulain, obtenait la révision du procès, lorsqu’on apprit que Badré-Mauguière venait de mourir au bagne. Il était marié et père de trois enfants.

SOURCE : Arch. Dép. Ardennes, série I U, dossier 2156 (recherches de M. Vuarnet).

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