AUCLERT Hubertine

Par Justinien Raymond

Née le 10 avril 1848 à Tilly (Allier), morte le 8 avril 1914 à Paris ; militante socialiste et féministe.

Née dans une famille républicaine, orpheline de bonne heure, Hubertine Auclert vint à Paris à vingt-deux ans et se lança dans l’action politique. En 1876, elle fonda la société Le Droit des Femmes. En 1878, au premier congrès international du Droit des Femmes, organisé par Léon Richer et Maria Deraisme, elle ne put prononcer, parce qu’on le jugea trop révolutionnaire, le discours qu’elle avait préparé.

En 1879, elle fut une des sept femmes déléguées au congrès ouvrier de Marseille. Elle habitait alors, 12, rue Cail, à Paris (Xe arr.). Elle représentait le Droit des Femmes et une association coopérative de vente et de production « Les Travailleurs de Belleville ». Elle rapporta au nom de la commission de la femme, le 22 octobre. « Esclave déléguée de neuf millions d’esclaves » et venue « faire entendre les réclamations de la moitié déshéritée du genre humain », elle déclara qu’« une République qui maintiendra les femmes dans une condition d’infériorité ne pourra pas faire les hommes égaux » (c. rendu, congrès de Marseille, p. 4). Le congrès se rangea à ses conclusions qui proclamaient sur tous les plans l’égalité des deux sexes. De telles proclamations rencontrèrent un large écho dans la presse et Hubertine Auclert eut son heure de célébrité. Si « Jean Prollo [la] félicite de tout son cœur » (Le Petit Parisien, 27 octobre 1879), à Marseille même, la conservatrice et catholique Gazette du Midi (25 octobre 1879) opposa à ces aspirations égalitaires « le rôle social et humain de la femme selon la loi et sous le regard de Dieu » et exhorta ses lectrices à être « de chères, d’aimantes et de fécondes mères pour l’humanité qui doit suivre ses voies, pour la patrie qui a besoin d’enfants et pour le ciel qui veut des élus. » Le Droit des Femmes fut encore représenté au « congrès ouvrier socialiste révolutionnaire de la région du Centre », c’est-à-dire de la région parisienne (18-25 juillet 1880) et au congrès national du Havre (14 novembre). C’était donc bien une organisation socialiste et elle devait son orientation comme sa vie même à sa créatrice.

Mais Hubertine Auclert ne se maintint pas longtemps sur ce terrain. Dès le congrès de Marseille, cette orientation future se profilait quand elle déclarait ne pas vouloir se laisser leurrer par des promesses d’égalité dans la société future. Elle finit par s’attacher à l’action purement féministe pour la conquête du droit de vote. À cet effet, elle lança, le 13 février 1881, le journal La Citoyenne qui fut l’organe du Droit des Femmes. Il n’y était pas question de socialisme. En 1880, déjà, elle avait appelé les femmes au refus de l’impôt puisqu’elles ne participaient pas à son établissement. En 1881, elle les invita à se soustraire au recensement puisqu’elles étaient bannies de la cité. La même année, elle organisa, en faveur des droits politiques de la femme, une pétition qui fut déposée, l’année suivante, sur le bureau de la Chambre des députés par Clovis Hugues (La Citoyenne, 2 juillet-6 août 1882). Pendant plusieurs années, Hubertine Auclert poussa les suffragettes à se faire inscrire sur les listes électorales.

Le droit de vote lui paraissait si essentiel pour la cause féministe qu’elle aurait accepté, si on l’avait proposé, un suffrage restreint (La Citoyenne, article « Malheur aux absents », no du 14 mai 1881). En 1883, le Droit des Femmes se mua en Suffrage des Femmes, marquant le terme et non le début d’une évolution. Il siégeait, 151, rue de la Roquette, XIe arr. au domicile d’Hubertine Auclert qui en fut la secrétaire générale. Ce groupement put compter des socialistes dans son sein, mais il avait cessé d’être une organisation socialiste et n’était plus représenté dans les congrès. Quand, aux élections législatives de 1885, la liste fédérative socialiste qui allait de Jules Guesde à Jules Joffrin, d’Édouard Vaillant à Leguerre, de Jean Allemane à Félix Pyat, s’adjoignit symboliquement cinq femmes, Hubertine Auclert n’y figurait pas, ce qui surprendrait si elle-même, son groupement, son journal avaient encore appartenu à une organisation socialiste. Par contre, on y trouvait Maria Deraisme, organisatrice du congrès de 1878, qui refusa sa tribune à Hubertine Auclert alors « révolutionnaire ».
En 1888, Hubertine Auclert épousa son secrétaire Antoine Levrier, et le suivit en Algérie, à Frendah où il venait d’être nommé juge de paix. Quand il y mourut, en 1892, elle regagna Paris et reprit ses campagnes féministes. Elle refusa toutefois de faire acte de candidature à la Chambre des députés en 1893.

Les principales féministes dans le Maitron : http://maitron-en-ligne.univ-paris1...

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article77091, notice AUCLERT Hubertine par Justinien Raymond, version mise en ligne le 30 mars 2010, dernière modification le 25 octobre 2018.

Par Justinien Raymond

ŒUVRE : Le Droit politique des Femmes. Question qui n’est pas traitée au Congrès international des femmes, Paris, 1878, in-8o 14 p., édition du discours que Hubertine Auclert n’avait pu prononcer, Bibl. Nat. (8o R. Pièce 806). — Le Vote des Femmes, Paris, 1908, in-12, 220 p. — Égalité sociale et politique de la femme et de l’homme, discours prononcé au Congrès ouvrier socialiste de Marseille, Marseille, 1879, in-16, 8o R. Pièce 1307. — Lettre-préface à Drigu (anagramme de Léon Giraud), Le Roman de la femme chrétienne, Paris, 1880, in-18, 322 p. D 2/14 728.

SOURCES : Arch. Nat. F7/12488, congrès ouvrier de Marseille (1879). — Bulletin officiel et compte rendu sténographique. — « Ceux qui nient notre égalité dans le présent la nieront dans le futur » : 22 octobre 1879, IIIe congrès ouvrier socialiste, à Marseille [éd. par] Mina Kaci, L’Humanité, mercredi 2 août 2017, p. 20. — Hélène Heinzely, Le Mouvement socialiste devant les problèmes du féminisme (1879-1914), DES Paris, 229 p., 1 carte, s.d. — Ch. Bard, Dictionnaire des féministes, op. cit..

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