AERNOULT Albert, Louis

Par René Gallissot et Jean Maitron

Né le 19 octobre 1886 à Romainville (Seine), mort le 2 juillet 1909 au pénitencier de Djenan-el-Dar (Algérie), incinéré le 11 février 1912 à Paris au columbarium du Père-Lachaise ; ouvrier couvreur ; syndicaliste du Bâtiment. Présenté ici pour l’exemple des « Bat. d’Af. »

Fils d’un ouvrier terrassier, Albert Aernoult exerce d’abord le métier de couvreur. Fin 1905, il participe activement à la grève des terrassiers du métro, qui prend place dans la grande vague en France des grèves dures de 1905-1906. Pour échapper aux poursuites sous le gouvernement de Clemenceau « briseur de grèves », il s’embauche aux mines de Courrières (Pas de Calais) ; il est condamné par défaut à deux ans de prison. De retour à Romainville, il est arrêté et passe dix mois à la prison de la Petite Roquette à Paris. À sa sortie anticipée en 1907, devançant l’appel au Service militaire, il signe un engagement de trois ans dans l’armée. Pour purger une peine de quelques jours d’emprisonnement, le commandement militaire l’envoie au camp de discipline du pénitencier de Djenan El Dar dans le sud algérien. À son arrivée, il subit de tels sévices qu’il meurt le lendemain même.

L’opinion métropolitaine est alertée par un autre soldat envoyé aux « Bat. d’Af. », lui aussi ancien terrassier, le lyonnais Émile Rousset, qui adressa au journal parisien Le Matin, une lettre de témoignage sur les horreurs commises dans ces bataillons disciplinaires. Les militaires montent alors contre lui une accusation de meurtre d’un autre soldat ; c’est « l’affaire Rousset ». Émile Rousset est en effet défendu par un Comité créé à Paris et comprenant non seulement des camarades anarchistes ou libertaires, mais des syndicats, la Ligue des droits de l’homme, la presse socialiste d’époque : la Guerre sociale et l’Humanité, et des personnalités de gauche. Le non lieu est prononcé le 24 septembre 1912. Cette campagne permet le retour du cercueil d’Albert Aernoult qui est conduit au columbarium du cimetière du Père Lachaise à Paris, le 11 février 1912, au milieu d’une foule considérable. Émile Rousset n’est libéré que huit mois plus tard ; incorporé au Maroc en 1914, il connaît encore les mauvais traitements des militaires qui cherchent à le traduire en conseil de guerre. Il poursuivra son action militante libertaire jusqu’à sa mort, à soixante-dix-huit ans, en 1961.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article76848, notice AERNOULT Albert, Louis par René Gallissot et Jean Maitron, version mise en ligne le 30 mars 2010, dernière modification le 2 novembre 2013.

Par René Gallissot et Jean Maitron

SOURCES :Du fond de l’abîme. Lettres d’Émile Rousset, brochure, revue Temps Nouveaux, n° 56, Paris 1912. —Jean Maitron, Histoire du mouvement anarchiste en France (1880-1914), Éditions ouvrières, Paris 1951. — Notices par Jean Maitron : Aernoult Albert et Rousset Émile, DBMOF (1871-1914), op. cit., t.10 et 15.

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