GIRAULT Mathilde

Par Jacques Éloy

Née le 9 septembre 1883 à Alençon (Orne), morte le 16 mars 1974 à Levallois-Perret (Seine, Hauts-de-Seine) ; « résidente sociale », chef d’équipe des infirmières visiteuses de Levallois-Perret, directrice de dispensaire anti-tuberculeux ; chrétienne, militante associative, secrétaire générale adjointe de la Résidence sociale de Levallois-Perret, présidente de l’association « Le Lien ».

Mathilde Girault était la fille aînée d’une famille chrétienne teintée de jansénisme et composée de sept enfants. Son père, au tempérament mystique, était receveur des postes à Bolbec (Seine-Maritime). Son grand-père paternel, quelque peu voltairien, était professeur à la faculté des sciences de Caen sous le second Empire, tandis que son grand-père maternel était notaire en Normandie. Ses parents exercèrent à son égard une éducation très surveillée et freinèrent ses élans religieux. Intelligente et vive, elle obtint son brevet élémentaire en 1899.

A vingt-deux ans, en 1905, elle fit part à ses parents de son désir d’entrer dans un couvent. Ceux-ci s’en inquiétèrent et la dissuadèrent de le faire en prétextant les difficultés que connaissaient à l’époque les congrégations. Conseillée par l’abbé Charles Lemercier, vicaire de sa paroisse à Bolbec, elle choisit de s’engager, avec l’accord concédé de ses parents, dans les « Maisons sociales » dirigées par Mme Mercédès Le Fer de la Motte, l’ancienne supérieure de la communauté oratorienne que celle-ci avait fondée à Paris en 1896. Elle avait eu connaissance des finalités apostoliques et sociales que Mercédès Le Fer de la Motte avait formulées pour celles qui la suivraient. Elle devint donc « résidente » bénévole en février 1906, dotée par ses parents d’une petite pension. Elle débuta à la Maison sociale de Ménilmontant puis ultérieurement, elle rejoignit celles de Montmartre et de Montrouge. Mais, dès la fin de l’année 1906, elle dut affronter l’hostilité de ses parents qui considéraient les Maisons sociales comme dangereuses pour leur fille. De même, sa jeune sœur, désireuse de l’imiter se vit interdire tout contact avec Mme Le Fer de la Motte.

Mathilde Girault sera prise dans le tourbillon de l’affaire Bassot opposant Marie-Jeanne Bassot, une résidente qui l’avait précédé aux Maisons sociales, et ses propres parents qui se dressaient contre son engagement. Contactés par le général Bassot, les Girault se liguèrent avec lui pour discréditer l’œuvre des Maisons sociales et intenter un procès civil à son encontre au motif de reconstitution illégale de congrégation. Mathilde Girault était avec son amie en juillet 1908 lorsque Marie-Jeanne Bassot fut enlevée en pleine rue par des hommes de main enrôlés par sa mère à fin de l’enfermer dans un hôpital psychiatrique en Suisse. S’en étant échappée, Marie-Jeanne Bassot intenta à son tour un procès à l’encontre de ses parents pour « séquestration arbitraire ». Ce procès, tenu en mars et avril 1909, fit la une des journaux parisiens, contribuant encore à déstabiliser les Maisons Sociales, provoquant démissions et suspensions de financements. En conséquence, le Comité directeur de l’œuvre dut se résoudre en octobre 1909 à prononcer la dissolution de l’association et la fermeture des six maisons sociales existantes.

En rupture familiale et donc sans ressources personnelles, Mathilde Girault n’en conserva pas moins sa détermination à exercer un travail social selon les finalités et les modalités initiées par les Maisons sociales et sa directrice Mercédès le Fer de la Motte. Lorsqu’en février 1910, Marie-Jeanne Bassot est revenue « résider » à Levallois-Perret, à sa demande, elle la rejoignit. Ensemble, dans un petit logement ouvrier rue Trézel, elles se rendirent utiles pour le voisinage tout en tirant un modeste revenu de quelques leçons données de musique et de français. Peu à peu, leur activité se développa et après plusieurs déménagements, elle acquit un rayonnement considérable, sous le nom de « Résidence sociale de Levallois-Perret ». Dès le début rue Trézel, Mathilde Girault se spécialisa dans les soins et l’hygiène. Lorsqu’à l’invitation de Marie Diémer et de Renée de Montmort se constitua en 1916, à la Résidence sociale de Levallois-Perret, une section d’infirmières-visiteuses, elle en devint la chef d’équipe. L’objectif était de lutter contre la tuberculose et la mortalité infantile. Dès l’année suivante cette équipe, patronnée par le Dr Louis Guinon, devint l’un des premiers dispensaires antituberculeux de France. En 1919, ce dispensaire fut rattaché à l’Office public d’hygiène sociale du département de la Seine et Mathilde Girault en resta l’infirmière chef jusqu’à sa limite d’âge en 1943.

Lorsque la Résidence sociale de Levallois-Perret se constitua en association en 1920, Mathilde Girault fut désignée secrétaire générale adjointe auprès de Marie-Jeanne Bassot. Toutes deux avaient leur domicile à la Résidence sociale, disponibles en permanence aux demandes de la population. Mais au fil des années, leur coopération devint moins effective, des divergences apparaissant entre elles, notamment quant au respect de la laïcité. En effet, Mathilde Girault était très religieuse et concevait son action médico-sociale comme apostolique. Auprès de ses malades ou encore plus explicitement auprès des stagiaires de l’Ecole d’action sociale de la Résidence sociale qui lui étaient confiées, elle exerçait une influence religieuse. En 1920, elle adhéra à l’Union Notre-Dame, ce groupe spirituel que constitua au Manoir du Ris Mercédès Le Fer de la Motte avec le Père Joseph Courtade et qui se rattachera, en 1937, à l’Ordre de la Merci. Elle-même créa en 1929, l’association « Le Lien » dont l’objet était d’apporter, d’abord aux anciennes élèves de l’Ecole sociale de Levallois puis à toute travailleuse sociale, un appui fraternel et spirituel catholique. Mathilde Girault en fut l’active animatrice jusqu’en 1969.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, elle développa une activité intense à Levallois-Perret. Elle devint la secrétaire du Comité de coordination des services sociaux publics et privés de Levallois-Perret en tant que déléguée technique du service social de la région parisienne, secteur de Levallois-Perret et déléguée à la famille du Prisonnier, aux Comités de Protection Infantile, de Placements d’enfants, des Postes d’accueil en prévision des bombardements. Elle sera aussi administratrice du Bureau de bienfaisance de Levallois.

Après la guerre, elle poursuivit son activité sociale jusqu’en 1949, en tant que déléguée technique au Groupement d’action des services sociaux de la préfecture de la Seine. Ensuite, Pierre Dufour, Président de l’Union des Industriels de Neuilly-Levallois, appréciant les qualités de cœur et d’esprit de Mathilde Girault, lui demanda d’être à la disposition de l’Union comme assistante-conseil sur les questions sociales et lui assura des conditions de fin d’existence décentes. Jusqu’en 1969 (86 ans), elle garda une activité, assurant par exemple la campagne du Timbre antituberculeux à Levallois-Perret.

Après sa mort en mars 1974, l’ampleur et la durée de l’action de Mathilde Girault à Levallois-Perret, lui a valu la reconnaissance de la municipalité, toute communiste qu’elle fut. Par délibération municipale du 18 avril 1978, une section de la rue Antonin Raynaud a été rebaptisée Mathilde Girault. Un parc, une résidence pour personnes âgées et plus récemment une résidence ont reçu aussi son nom.

Plusieurs titres honorifiques soulignèrent la portée de son action : Médaille d’honneur de l’Hygiène (1937), Chevalier de la Santé publique (1946), Chevalier de la Légion d’honneur (1948).

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article76817, notice GIRAULT Mathilde par Jacques Éloy, version mise en ligne le 29 septembre 2010, dernière modification le 29 mars 2010.

Par Jacques Éloy

SOURCES : Le Lien, Mathilde Girault (1883-1974), brochure imprimée, s.l., s.d.(1976 ?), 80 p. — Arch. Dép. Hauts-de-Seine, fonds Résidence sociale de Levallois-Perret. — Henri Rollet, L’Action sociale des catholiques en France, 1871-1914, T.2, Desclée de Brouwer, 1958. — Sylvie Fayet-Scribe, La Résidence sociale de Levallois-Perret (1896-1936). La naissance des centres sociaux en France, Toulouse, Editions Erès, 1990, 178 p.

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